Economie

Amine Diouri: «Nous nous dirigeons vers une stabilité des défaillances pour 2018»

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5197 Le 29/01/2018 | Partager
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Amine Diouri, responsable études et communications à Inforisk (Ph. Khalifa)

L’année 2017 a été meurtrière pour les entreprises opérant dans le commerce, le BTP et l’immobilier. Baisse du CA sectoriel et des marges bénéficiaires, allongement des délais de paiement... plusieurs facteurs sont en cause. Explications du responsable études à Inforisk, Amine Diouri.    
 
- L’Economiste: Plus du tiers des défaillances en 2017 ont été enregistrées au premier trimestre. Quelle lecture en faites-vous?
- Amine Diouri:
L’année a été coupée en deux. Au 1er trimestre, le nombre de défaillances a augmenté de près de 40%. Cela peut être imputé à l’absence de gouvernement, qui a ralenti le fonctionnement normal des marchés publics, notamment dans sa phase de règlement. Les entreprises dont l’activité repose sur la commande publique ont subi de plein fouet l’allongement des délais de paiement. En revanche, à partir d’avril, les signaux ont été plutôt positifs. La hausse des défaillances n’a été que de 2,4% par rapport à 2016, soit dans le rythme de la croissance mondiale des défaillances d’entreprises (selon Dun & Bradstreet). Il faut dire aussi que le terrain macroéconomique était propice puisque la croissance du PIB a dépassé les 4% durant l’année.   

- Le BTP, l’immobilier et surtout le commerce sont plus touchés. Pourquoi  ces secteurs sont-ils les plus exposés?
- Pour commencer, les entreprises du BTP et de l’immobilier ont subi ces dernières années la dégradation du CA sectoriel et les baisse des marges bénéficiaires, la concurrence accrue, et les problèmes de financement bancaire… Le commerce, de son côté, connaît des problématiques liées à la concurrence déloyale des unités informelles. Ces dernières peuvent pratiquer des prix défiant toute concurrence, car elles ne s’acquittent pas d’impôts. Bien entendu, la question des délais de paiement reste toujours centrale. Ces trois secteurs sont aussi ceux qui accusent les délais les plus longs.

- La loi sur les délais de paiement peut-elle aider à inverser la courbe des défaillances?
- La loi 32-10 sur les délais de paiement, adoptée en 2011, n’a eu aucun impact sur les délais fournisseurs puisqu’elle ne s’appliquait qu’aux entreprises privées. La nouvelle loi 49-15 vient corriger les défauts de la première mouture. Maintenant, les arrêtés d’application, notamment sur les pénalités de retard applicables, doivent être publiés pour réellement rendre la loi opérationnelle. Espérons que les grands donneurs d’ordre joueront cette fois-ci le jeu, sans quoi la loi ne servira encore à rien.

- Quelles sont vos projections pour 2018 en matière de défaillances d’entreprises?
- Plusieurs paramètres sont à prendre en compte. D’un côté, la croissance du PIB va s’essouffler pour redescendre autour de 3%. D’un autre, une série de mesures annoncées pourront avoir un impact bénéfique sur la trésorerie des entreprises. D’abord, en matière de délais de paiement, les entreprises publiques sont concernées, depuis le 1er janvier, par la loi 49-15, qui devrait mettre fin au retard de plus de 12 mois pour la commande publique. S’ajoute à cela la volonté affichée récemment par le ministre des Finances de régler au plus vite la question des arriérés de TVA auprès des sociétés privées. Si ces messures se concrétisent en 2018, cela représentera pour nos entreprises une grande bouffée d’oxygène au niveau de la trésorerie. Compte tenu de ces éléments, je miserai sur une stabilité des défaillances d’entreprises en 2018.

Propos recueillis par Tilila EL GHOUARI

                                                                   

Sociétés en difficulté, 3 ans de répit...

La loi de finances 2018 accorde une exonération de la cotisation minimale et l’allègement de la déclaration de la TVA pour les sociétés en difficulté. Ces mesures sont applicables aux entreprises qui déclarent une cessation d’activité (cf. L’Economiste N°5183 du 5 janvier 2018). La circulaire d’application sera publiée dans les mois à venir.

Cette nouvelle loi pourra, entre autres, faire baisser le niveau de défaillances d’entreprises. Sur cette question, Amine Diouri, responsable études et communications, estime que le nouveau dispositif de la loi de finances 2018, relatif à la cessation temporaire d’activité, est une mesure intéressante pour les entreprises qui connaissent des difficultés conjoncturelles et qui souhaitent geler leur activité sans mise en liquidation.

«Après 3 ans maximum, si la conjoncture est meilleure, la société reprendra son activité opérationnelle. Maintenant, ce n’est pas non plus une solution miracle qui réglera le problème des défaillances d’entreprises. Une société structurellement fragilisée (niveau d’endettement élevé, fonds propres faibles, trésorerie insuffisante, insolvabilité) ne pourra pas être sauvée par ce mécanisme. En revanche, elle nous fait prendre conscience d’une autre réalité de la défaillance», fait-il observer.

A côté des chiffres officiels de redressement et de liquidation judiciaire, se trouvent ceux des entreprises en sommeil. D’après les chiffres d’Inforisk, plus de 90.000 sociétés, soit 20% de la totalité des entreprises actives, sont aujourd’hui en sommeil. Ces entreprises existent au niveau  juridique, mais elles ne sont plus que des «coquilles vides». «L’entrepreneur quitte simplement l’ancienne coquille défectueuse, et transfère dans une nouvelle structure son activité opérationnelle», conclut Diouri.

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