Régions

Sidi Boubker, l’autre bombe de l’Oriental

Par Ali KHARROUBI | Edition N°:5196 Le 26/01/2018 | Partager
Encore un drame dans un foyer d’extraction de plomb clandestin
Des centaines d’exploitants malgré l’interdiction
La situation plus grave qu'à Jerada, les galeries étant fermées depuis plus de 40 ans

Le pire que redoutaient  les autorités locales et les habitants de la localité de Sidi Boubker (une trentaine de kilomètres au nord-est de Jerada) est arrivé. L'écroulement partiel d’une galerie traditionnelle d’extraction de plomb a causé de graves blessures à un quadragénaire (Baazi. L).

Il a été sauvé, in extremis,  grâce à l’intervention d’autres mineurs qui prospectaient le minerai aux alentours, mais souffre de lésions et blessures à l’épaule et aux jambes. Il suit actuellement des soins intensifs au Centre hospitalier d'Oujda.  Toutes les informations qui ont circulé sur son éventuel décès, sont dénuées de tout fondement, confirme une source de la province de Jerada.

Toutefois la propagation de fausses informations et le retard dans l’arrivée des secours rappellent le douloureux épisode vécu par Jerada il y a peu. Drame à l'origine des protestations qui secouent la région, mettant à mal les autorités qui défilent les unes après les autres pour calmer les tensions en proposant une série de solutions à court et moyen terme, qui n'ont pas l'air de satisfaire la population.

Les protestataires venaient tout juste de mettre en place un calendrier de marches revendicatives pour cette fin de semaine, avant que l'éboulement de Sidi Boubker ne se produise. Un accident qui n'arrange évidemment pas la situation, ravivant le brasier et poussant les habitants de cette localité à improviser un sit-in sur les lieux même du drame de l’accident et organiser une  marche de contestation vers Touissit. Ils protestent également contre la présence de mineurs, venus d’autres localités, qui les concurrencent dans l’extraction du plomb.

Depuis la fermeture de la Société des mines de Zelidja (usine d'exploitation de plomb et de zinc), en 1975 et en dépit des sommations des autorités locales, des centaines de personnes s’aventurent, de manière illégale, dans les anciennes mines pour extraire le minerai avec tous les risques encourus. L’absence d’alternatives en matière d'emploi les pousse à s’aventurer dans des galeries souterraines qui peuvent s’écrouler à tout moment, avec comme seul outil de travail des compresseurs reliés à des moteurs à gasoil. 

Les mineurs sont conscients du danger qui les guette mais s’aventurent et refusent que la presse relate cette situation, rapporte un habitant de la localité qui préfère l’anonymat. «Vos articles nous causent du préjudice car les autorités locales vont confisquer notre matériel, notre seule ressource de revenus», répète un groupe de mineurs, rencontré par L’Economiste sur place.

Les mineurs se méfient de toute personne qui débarque sur les lieux de peur de les dénoncer auprès des gardes forestiers qui veillent sur la protection du couvert végétal et les arbres forestiers. «Lorsqu’ils dénichent un minerai en surface, ils broient les arbres et portent un grand préjudice à l’environnement», précise un garde forestier. «En dépit de tous nos efforts pour remettre en état certains sites forestiers, ils sont envahis par des mineurs clandestins qui les dégradent», ajoute notre source.

Tout un commerce prolifère aux alentours de ces zones et rend la tâche difficile aux autorités qui veulent interdire ce type anarchique d’extraction, mais sont confrontées à la problématique du chômage qui sévit dans la province. Le minerai extrait est vendu entre  400 et 600 DH le quintal et lorsque le mineur découvre un endroit qui regorge de cette matière première,  il peut gagner plus de 1.500 DH/jour.

L’opération de vente se fait sur place par des intermédiaires. Ces grossistes transportent leurs marchandises via camions et la vendent à Casablanca», rapporte Ahmed.  «La situation est plus grave à Sidi Boubker qu'à Jerada car les chercheurs de plomb descendent en groupes et travaillent dans des galeries qui ne tiennent qu’aux piliers laissés par la société «Mines de Zellidja» qui exploitait ce minerai, il y a plus de 40 ans. En cas d’écroulement, les morts seront comptés par dizaines souligne un ancien ingénieur des «Mines de Zellidja».

                                                                                    

Faux investissement et donc vaines promesses...

En janvier 2014, une bonne nouvelle attendait la localité de Sidi Boubker (voir notre édition n°4203 du 31 janvier 2014). Le wali de l’Oriental, le gouverneur de la province de Jerada et du président de la Chambre du commerce et de l’industrie d’Oujda et le PDG de la Somed  annonçaient la reprise de la Fonderie de Zellidja en compagnie du «nouvel» exploitant, India minerals and metals morocco (IMMM).

Tout le monde a cru à cette reprise qui aurait pu alléger le taux de chômage de la localité, avec l’annonce de création de 200 emplois directs et 400 indirects. Mais l’investissement pourtant annoncé en grandes pompes n’a jamais vu le jour, et les investisseurs indiens ont filé à l’anglaise laissant intentions et autorités sur le carreau. Sur les pages jaunes des annuaires, une seule trace de cette société subsiste.

Des numéros de téléphone qui ne répondent pas, et un capital d’à peine 475.000 DH! Un entrefilet dans la presse britannique qui remonte au 27 novembre 2005 signé par «The Telegraph» fait mention d’une affaire judiciaire dans laquelle serait impliqué «le patron» indien du groupe India minerals and metals morocco (http://www.telegraph.co.uk/finance/2927031/Britains-richest-man-sues-former-partner-for-damages.html).

En voici un extrait: «Lakshmi Mittal, le magnat de l’acier et l’homme le plus riche de Grande-Bretagne, poursuit en justice un ancien partenaire commercial de la Haute Cour de Londres dans le cadre d’une dispute sur un investissement dans un projet de cuivre zambien [...] Allenby Finance (NDLR: détenue par Mittal) poursuit Dallah Albaraka pour des dommages de 3,7 M $ (2 M £).

Le différend porte sur un «accord de financement» signé en octobre 1997. En vertu de l’accord, Allenby Finance, Dallah Albaraka et un tiers, Gokul Binani, ont engagé des fonds pour acquérir deux mines de cuivre en Zambie à partir de la Zambian Consolidated Copper Mine.»

DNES, Ali KHARROUBI

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