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Assurances: Le groupe Axa revoit ses ambitions en Afrique

Par Franck FAGNON | Edition N°:5195 Le 25/01/2018 | Partager
«De la même manière que nous avons été très actifs en Asie... nous sommes ambitieux et volontaires sur l’Afrique»
Le groupe pilote une partie de son activité sur le continent depuis le Maroc
Face à la révolution numérique et la concurrence, la seule boussole reste le client
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Benoît Claveranne, directeur International et Nouveaux marchés du groupe Axa: «Il est intéressant de voir comment l’Afrique va développer sa propre innovation pour répondre à ses besoins. En Asie, des acteurs innovants, qui n’existaient pas il y a cinq ans, ont émergé pour développer une nouvelle manière de s’assurer. Aujourd’hui, l’Afrique va définir la sienne en innovant comme elle le fait dans les télécoms et d’autres domaines» (Ph. Jarfi)

Benoît Claveranne pilote depuis novembre la direction International et Nouveaux marché» du groupe Axa. Nouvellement créée, «cette structure est la traduction de la conviction que les marchés émergents sont, à long terme, le futur moteur de la croissance du monde ainsi que la certitude, fondée sur notre expérience, qu’ils appellent une manière de gérer différente et spécifique», confie le dirigeant de passage au Maroc.

Le Royaume abrite la plus grande filiale du groupe en Afrique. Si jusqu’ici le développement d’Axa sur les marchés émergents s’est focalisé sur l’Asie, le groupe rehausse ses ambitions en Afrique en concrétisant des opérations au Nigeria ou encore en Egypte. Benoît Claveranne détaille sa feuille de route à L’Economiste et revient par ailleurs sur la conjoncture sur les marchés développés et les transformations qui touchent l’industrie de l’assurance.   

- L’Economiste: Comment s’est comporté le groupe Axa sur ses différents marchés en 2017 et à quoi faut-il s’attendre cette année?
- Benoît Claveranne
: Les chiffres de 2017 seront publiés officiellement le 22 février 2018 et en attendant, nous sommes tenus de ne pas communiquer. Ce qu’il faut savoir, c’est que nous déroulons depuis deux ans une stratégie qui consiste, d’une part, à nous concentrer sur la transformation de notre activité et, d’autre part, à nous focaliser sur la réalisation de nos objectifs. De ce point de vue, nous sommes en phase avec notre ambition au troisième trimestre 2017(ndlr: dernières publications du groupe).
Nous relevons une reprise de la croissance mondiale et notamment en zone euro. Un acteur comme Axa se réjouit que la croissance reparte dans cette zone. Cela nous conforte dans notre ambition pour 2020. Nous avons fait le choix d’une croissance sélective. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, nous sommes très vigilants sur les segments sur lesquels nous voulons croître (santé, risques d’entreprises...). Dans le cas du Maroc, la stratégie est complètement alignée sur celle du groupe. Nous avons une croissance très satisfaisante qui, là aussi, est sélective. Nous choisissons très soigneusement les risques que nous souhaitons assurer.
- En Europe, vous continuez à souffrir de la baisse continue des taux. Quelle est la parade pour pouvoir proposer des rendements attractifs?
- Les taux d’intérêt bas posent d’abord un problème pour l’économie, parce qu’une économie qui se retrouve dans cette situation ne donne pas le juste prix au temps. Elle n’investit plus suffisamment et n’épargne pas assez. Sur le long terme, c’est dangereux pour la croissance. Ceci étant, c’est un environnement dans lequel nous avons appris à vivre depuis une dizaine d’années. Nous avons adapté notre modèle économique pour faire face à cette situation. Nous avons ainsi arrêté la commercialisation de certains produits qui garantissent un taux d’intérêt tout simplement parce que ce n’est pas tenable dans l’environnement actuel européen. Dans le même temps, nous avons réalisé des économies pour avoir un business model qui soit profitable dans cet environnement de taux bas.
La bonne nouvelle est que nous avons toujours considéré que cette situation prendrait fin un jour. Nous pensons qu’il va y avoir une remontée progressive des taux d’intérêt. Les annonces récentes de la Banque centrale européenne de mettre fin au «quantitative easing» vont dans ce sens. Nous pensons que c’est une très bonne nouvelle pour les particuliers, pour l’économie et pour l’industrie.

- Quels chantiers prioritaires allez-vous attaquer dans vos nouvelles responsabilités?
- Cette structure «International & Nouveaux marchés» a été annoncée en novembre dernier dans le cadre d’une réorganisation du groupe Axa. Ce réaménagement avait deux mots d’ordre: simplicité et responsabilité. Simplicité dans la manière dont Axa fonctionne sur le plan international et responsabilité plus grande donnée à nos dirigeants locaux pour mener les affaires. Axa a toujours eu, depuis sa création, une conviction profonde: pour être un leader d’assurance, il faut être un leader international. A ce titre, il faut être présent sur les marchés émergents qui sont, à long terme, le futur moteur de la croissance du monde. «International & Nouveaux marchés» est donc la traduction de cette conviction  ainsi que la certitude, fondée sur notre expérience, que les marchés émergents appellent une manière de gérer différente et spécifique. Vous ne pouvez pas diriger de la même manière la France et le Maroc ou le Mexique et le Japon. Cette direction a donc été créée pour conforter notre ambition sur les marchés émergents et nous donner toutes les chances de réussir en ayant une organisation adaptée.
- Le développement du groupe sur les marchés émergents s’est jusque-là focalisé sur l’Asie. Quelles sont vos ambitions sur les marchés africains?
- Axa est convaincu depuis très longtemps du potentiel de l’Afrique. C’est pourquoi nous sommes toujours restés présents dans des marchés clés notamment au Maroc et dans plusieurs économies d’Afrique subsaharienne. Cette conviction n’a cessé de se renforcer au cours des dernières années. Nous avons récemment effectué des acquisitions très importantes au Nigeria et avons créé une entité en Egypte. Nous avons également conclu un partenariat avec un acteur extrêmement innovant, Jumia. Le groupe a, par ailleurs, pris une participation dans AfricaRe, un acteur africain de la réassurance. Enfin, nous développons de nouveaux risques sur le continent à travers l’entité  «AfricaSpecialityRisks».
Très simplement, nous pensons que de la même manière que nous avons été très actifs en Asie depuis plusieurs décennies, nous sommes aujourd’hui ambitieux et volontaires sur l’Afrique. Nous sommes décidés à apporter aux clients africains la même qualité de service, la même innovation, la même ambition que dans les autres pays.

- Quelles opportunités avez-vous décelées sur ces marchés?
- Tout d’abord, nous sommes persuadés que l’Afrique va développer sa propre assurance. Nous n’allons pas y calquer un modèle qui a été développé ailleurs. Le continent a des atouts immenses: une démographie forte, une croissance soutenue depuis plusieurs années et qui va continuer. Les Africains accédant à la classe moyenne vont avoir un besoin légitime de protéger leurs biens, de financer leur croissance en couvrant leur risque, de protéger leurs proches et leur propre personne. Il est intéressant de voir comment l’Afrique va développer sa propre innovation pour répondre à ses besoins. En Asie, des acteurs innovants, qui n’existaient pas il y a cinq ans, ont émergé pour développer une nouvelle manière de s’assurer. Aujourd’hui, l’Afrique va définir la sienne en innovant comme elle le fait dans les télécoms et d’autres domaines. Le message que nous adressons aux acteurs africains dans leur ensemble, à travers le partenariat avec Jumia et les opérations que nous pilotons depuis le Maroc, est que Axa a de l’ambition pour ce continent et l’envie de contribuer à l’innovation.

- L’une des conséquences de la crise financière de 2008 a été la remise en cause de la norme IAS 39 qui a été remplacée depuis le 1er janvier par IFRS 9. Quelles contraintes pose son application?
- C’est très sain dans une société que les institutions financières qui gèrent l’épargne de leurs clients soient régulées aussi bien sur la solidité de leurs comptes que sur la bonne gouvernance de leurs affaires. De ce point de vue, Axa est un acteur responsable et l’est d’autant plus qu’il a toujours eu une vision de long terme. Nous pensons qu’il est normal que l’on s’assure de la bonne tenue des comptes, que la concurrence s’exerce sur des bases saines et que les acteurs soient tous sur le même niveau d’équité. Par principe, nous sommes favorables à ces points de régulation. Là où nous exprimons nos souhaits, parfois nos inquiétudes, c’est lorsque nous avons le sentiment que la régulation prend insuffisamment en compte les spécificités de l’assurance par rapport à d’autres industries. Certains régulateurs peuvent avoir la tentation d’appliquer ce qui est valable pour les banques à l’assurance en perdant de vue que ce ne sont pas du tout les mêmes business models, que les risques ne sont pas de même nature. La régulation ne doit pas oublier que l’assurance a une vision de long terme, notamment dans sa manière d’investir. Un des risques liés à IFRS 9 est un accroissement de la volatilité pour la part de nos investissements en actions, ce qui peut avoir des conséquences sur le niveau de nos investissements dans cette classe d’actifs.

Taux bas: Les prescriptions de l’assureur

- L’Economiste: A quelle rémunération doivent s’attendre les clients pour leur contrat 2017?
- Le client a raison de s’interroger sur le rendement de son contrat. Mais nous pensons qu’il y a une autre question encore plus importante à se poser. Il doit savoir que pour avoir le même capital qu’il y a vingt ans pour sa retraite, il va devoir épargner deux fois plus. La vraie question que doit se poser un client pour sa propre retraite, pour l’éducation de ses enfants... est la manière de mettre en place un programme d’épargne adapté pour faire face à ses projets. Le grand risque de cet environnement de taux d’intérêt bas dans lequel nous sommes est que les gens sous-épargnent et préparent insuffisamment leur retraite.
En bon père de famille, nous conseillons aussi de diversifier les placements. Sur le long terme, il faut avoir des placements en actions, en obligations ou encore en immobilier. Il ne faut pas se focaliser sur un seul produit. Nous encourageons les clients à effectuer d’abord une analyse de leurs besoins et définir avec un conseiller un programme d’épargne diversifié. En tant qu’assureur, nous ne pouvons que recommander aux gens de s’arrêter également sur des sujets sur lesquels ils n’aiment pas forcément réfléchir, mais qui doivent les aider à faire face aux aléas de la vie et prendre soins de ceux qu’ils aiment.

Propos recueillis par Franck FAGNON

                                                                          

La révolution numérique modifie l’approche client

Comme dans les banques, la révolution numérique bouscule les habitudes dans l’industrie de l’assurance. En dehors des acteurs classiques, les assureurs doivent composer avec de nouveaux entrants plus dynamiques. «Chez Axa, nous avons une seule boussole qui est le client.

La seule manière de garder le cap dans une situation très mouvante est de s’interroger tous les jours sur ce que veut le client, ses attentes et la meilleure manière d’adapter notre réponse», confie Benoît Claveranne, qui était en charge de la transformation du groupe avant de prendre la direction International & Nouveau marchés. L’émergence des fintech a mis en évidence la nécessité pour les acteurs classiques de revoir en profondeur la relation client.

«Les clients demandent à leur assureur de ne pas être uniquement présent pour régler un sinistre, mais d’être un partenaire. Nous voulons passer d’un statut de payeur à celui de partenaire parce que les attentes ne sont plus les mêmes et que les innovations technologiques et la concurrence changent la donne». Environ 80% des clients n’ont pas de sinistre et l’enjeu est de leur apporter au quotidien de la valeur. «Nous vivons une époque formidable avec les révolutions technologiques.

Régulièrement, nous nouons des partenariats avec les acteurs de la nouvelle économie pour créer des écosystèmes et nous développer ensemble». Le groupe a choisi de se concentrer sur certains segments sur lesquels l’attente des clients est plus forte: la santé et les risques d’entreprises.

«Cela ne veut pas dire que nous allons abandonner les autres segments. Mais ces deux branches sont des segments dans lesquels nous considérons qu’un acteur comme Axa a un rôle différent à jouer», estime Claveranne.

 

 

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