Entreprises

Compensation: Le gouvernement hésite à franchir le pas

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5195 Le 25/01/2018 | Partager
Craintes de l’impact social de l’augmentation des prix
Une démarche progressive pour la décompensation du gaz butane
Restructurer la chaîne de production avant de libéraliser les prix du sucre
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Depuis 2014, la charge de compensation du gaz butane a connu une baisse, passant de 13,5 milliards de DH à 7 milliards de DH en 2016. Toutefois, ces efforts restent encore à la merci de l’évolution des prix à l’international. En 2017, le coût de subvention unitaire du gaz butane a connu une nouvelle hausse, avec 49 DH par bonbonne de 12 kg contre 33 DH l’année précédente

L’image de Lahcen Daoudi, ministre délégué en charge des Affaires générales et de la Gouvernance, brandissant des sachets de sucre granulé au sein de l’hémicycle pour critiquer la subvention de ce produit, est devenue virale. Loin de ces sorties à portée populiste, aucune réforme de ce système n’est encore à l’ordre du jour. Après la décompensation des produits pétroliers, le gouvernement semble hésiter à franchir le pas pour les autres produits.

Les craintes portent essentiellement sur le coût social de cette réforme. Devant les membres de la Chambre des conseillers, Saâdeddine El Othmani a mis l’accent sur «le rôle vital de certains produits, comme le gaz butane, dans la vie quotidienne des citoyens».

Cela concerne à la fois le gaz butane, le sucre et la farine. Pour l’instant, le premier produit qui devra être touché par ce processus est le gaz, dont la charge de compensation s’est élevée à 7 milliards de DH en 2016, soit 33 DH pour chaque bonbonne de 12 kg.

■ Gaz: Libéraliser  les importations d’abord
Avant de procéder à la décompensation du gaz butane, le gouvernement veut procéder par étape. L’idée est de réduire progressivement la subvention de ce produit. La première étape consiste à «améliorer les performances de ce secteur à travers la libéralisation des importations». A cela s’ajoute la mise en place d’une nouvelle grille de référence, comme l’a indiqué le Chef du gouvernement. Cela devra s’accompagner de l’élargissement de la liberté de gestion des importations par les opérateurs, favorisant une limitation de l’intervention de la Caisse de compensation. Depuis 2014, le gouvernement a réussi à réduire la charge de ce produit dans le budget, selon El Othmani, passant de 13,5 milliards de DH en 2014, soit 80 DH par bonbonne de 12 kg, à 7 milliards en 2016, soit 33 DH par bonbonne. Le Chef du gouvernement a évité de préciser que ce coût était en hausse l’année dernière, pour atteindre 49 DH par bonbonne.

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La réduction de la charge de compensation du sucre passe, selon le gouvernement, par le renforcement de la production locale, afin d’éviter d’être sous la pression de la volatilité des prix à l’international. L’année dernière, la production locale couvrait à peine la moitié de la demande nationale en sucre

■ Sucre: L’incontournable mise à niveau de la chaîne de production
La réforme de la compensation du sucre passe par la mise à niveau de la chaîne de production nationale et la restructuration du secteur. C’est ce qu’a expliqué Saâdeddine El Othmani. Il a insisté sur les difficultés de ce secteur, liées notamment à la baisse de la production locale. D’où l’augmentation de la charge de compensation, à cause de la hausse des prix à l’international. Le coût de l’appui public pour le sucre est passé de 3,24 milliards de DH en 2015 à 3,66 milliards en 2016. El Othmani a estimé que les mesures axées sur le renforcement de la production locale en amont, à travers des contrats-programmes avec les professionnels du secteur (2013-2020), permettront de couvrir la demande locale. En 2016, le taux de couverture des besoins par la production nationale a atteint 50% contre 20% en 2012.

■ Farine: Renforcer le contrôle
Si la décompensation de la farine nationale n’est pas encore à l’ordre du jour, le gouvernement veut renforcer le contrôle pour éviter les déperditions. L’idée est d’assurer que la farine de blé subventionnée bénéficie uniquement aux catégories ciblées. El Othmani a annoncé que le gouvernement va sévir également pour garantir la qualité de la farine subventionnée. Une question qui avait soulevé la polémique à plusieurs reprises au sein du Parlement. Des élus ayant déploré que ce produit, distribué dans certaines zones, est souvent de qualité médiocre. Aujourd’hui, le gouvernement a réduit la part distribuée, fixée à 6 millions de quintaux en 2016 contre 9 millions les années précédentes. Cela devra s’accompagner de mesures pour la restructuration de ce secteur, selon le Chef du gouvernement. Celui-ci semble redouter les effets sociaux de cette réforme, notamment à travers une éventuelle augmentation du prix du pain. El Othmani s’est voulu rassurant en insistant sur «la garantie de la stabilité du prix du pain, suite à l’application du contrat-programme signé avec les professionnels du secteur des boulangeries».

 

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