Economie

Croissance modérée, investissement soutenu… La radioscopie Coface pour le Maroc

Par Fatim-Zahra TOHRY | Edition N°:5194 Le 24/01/2018 | Partager
Reprise des exportations, stabilité de la dette publique
Le risque crédit «convenable»
Le risque social à surveiller
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A l’occasion de son colloque annuel consacré aux risques pays et sectoriels, le spécialiste mondial de l’assurance-crédit Coface a livré, hier 23 janvier à Paris, ses prévisions économiques et notations pour ce début d’année. Le Maroc voit sa notation A4 (risque convenable et la meilleure note de la région) confirmée autant en matière d’évaluation des risques pays que d’environnement des affaires.

Cette notation pour le pays revient depuis au moins 2011(1). En comparaison, la Tunisie s’est vu attribuée la note B (risque assez élevé), l’Algérie C (risque élevé) et la Libye E (risque extrême).

S’agissant des perspectives pour le Maroc, l’institution prévoit  un léger ralentissement: 2,9% en 2018 contre 4,3% en 2017. Depuis le début de l’année, les instituts et organismes de prévisions sont unanimes quant au ralentissement de la croissance marocaine.

Elle devrait être plus modérée cette année en raison principalement, de l’effet de base lié au ralentissement du PIB agricole. L’économie, hors agriculture, devrait, cependant, continuer de se montrer dynamique, soutenue par une demande interne toujours résiliente. La consommation des ménages, bien que bénéficiant d’une inflation modérée serait légèrement pénalisée par la baisse des revenus agricoles.

L’investissement devrait rester soutenu. D’abord, grâce au maintien d’une politique publique d’investissement expansive basée sur les grands projets principalement portuaires (TangerMed 2, complexe portuaire Nador West-Med…). Puis du dynamisme de l’investissement privé favorisé par une politique d’incitation fiscale (exonération des droits d’enregistrement pour les nouvelles entreprises, baisse des taux d’imposition pour certains secteurs). Les exportations, en hausse en 2017, devraient suivre la même tendance positive en 2018 avec une reprise qui se consolide chez les principaux partenaires commerciaux du Royaume.

Autre levier potentiel, la consolidation budgétaire. Les dépenses publiques devraient être en légère augmentation. Elles seront portées par une hausse de l’effort d’investissement des entreprises publiques, mais également des dépenses de fonctionnement liées à l’augmentation du nombre de fonctionnaires dans l’éducation nationale. Financée principalement sur le marché domestique à des conditions avantageuses, la dette publique devrait rester stable en 2018. Aussi, le service de la dette devrait continuer à rester modéré.

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D’après les prévisions de Coface, le Maroc devra enregistrer un taux de croissance de 2,9% cette année. Financée principalement sur le marché domestique à des conditions avantageuses, la dette publique devrait rester stable.

Le creusement du déficit commercial a pesé sur les comptes extérieurs. La combinaison de facteurs temporaires tels que l’augmentation des achats en biens d’équipement et de la facture énergétique a accru les importations. Cette progression masque, cependant, le dynamisme des exportations agroalimentaires, automobiles et aéronautiques.

Les ventes de phosphate ont également augmenté et ce en dépit du recul des cours mondiaux. Cette année, la fermeté des prix pétroliers continuerait de peser sur le coût des importations, tandis que la hausse attendue de l’investissement continuerait de soutenir les importations en biens d’équipement.

Contrairement à 2017, l’augmentation des transferts des expatriés, l’amélioration des recettes touristiques et la hausse des IDE permettraient de consolider les réserves de change à un niveau satisfaisant.  Le Maroc renforce son enracinement aussi bien économique que politique sur le continent africain en devenant un acteur clef de la région après sa réintégration au sein de l’Union africaine le 30 janvier 2017, ainsi que son adhésion à la CEDEAO.

Parmi, les défis auxquels doit faire face le nouvel exécutif, la révolte qui touche les régions enclavées au Nord du Maroc, selon Coface. Ce dernier cite le mouvement Hirak ainsi que les mesures qui ont été prises.

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(1) Coface évalue le risque de crédit moyen des entreprises d’un pays. Pour ce faire, il utilise des données macroéconomiques, financières et politiques. Son originalité est de prendre également en compte l’expérience de paiement qu’il enregistre sur les entreprises du pays et son appréhension de l’environnement des affaires du pays.

                                                                             

L’embellie se poursuit, mais attention aux vulnérabilités

Après les bonnes nouvelles du FMI (cf. notre édition N°5193 du mardi 23 janvier 2018), c’est au tour de Coface d’afficher son optimisme. Cette année, la croissance mondiale pourrait atteindre 3,2%. Cette embellie mondiale ne sera pas exempte de risques:
• Des contraintes d’offres plus fortes: A partir du second semestre, la question de la surchauffe sera particulièrement d’actualité pour les entreprises de pays avancés. Les niveaux historiquement bas du chômage en Allemagne, aux Etats-Unis mais aussi en Europe centrale indiquent que les entreprises sont proches des limites de leur capacité de production. Ce problème d’offre est partagé par les entreprises françaises qui, paradoxalement, sont confrontées à une pénurie de main d’œuvre malgré un niveau élevé du chômage, ce qui pourrait brider leur croissance.
• Risque bancaire toujours présent en Chine: Dissimulées temporairement en 2016 et 2017 grâce aux investissements publics, les faiblesses structurelles de l’économie chinoise refont surface. Les surcapacités dans l’acier et l’envolée de la dette des entreprises sous la forme de crédit bancaire et de shadow banking. Dans ce contexte, le risque bancaire augmente sensiblement, en particulier au sein des petites et moyennes banques.
• Risque politique à surveiller: La résurgence de risques politiques n’est pas à exclure en 2018. La frustration sociale reste élevée dans les pays émergents au début d’une année riche en élections et s’accompagne d’un niveau élevé de l’indice de risque de troubles sociaux de Coface en Iran (score de 71%), au Liban (65%), en Russie (64%), en Algérie, au Brésil ou encore au Mexique (61% chacun). Au Moyen-Orient, ce risque est exacerbé par la volatilité des prix du pétrole. L’Arabie Saoudite est aussi marquée par un niveau de risque élevé en la matière (score de 65%). Coface abaisse d’ailleurs son évaluation pays à C.

 

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