Competences & rh

Attijari sensibilise aux dangers des addictions des jeunes

Par Karim Agoumi | Edition N°:5193 Le 23/01/2018 | Partager
Une conférence animée par deux éminents spécialistes de la question
Une pratique qui menace sérieusement les capacités cognitives des adolescents
Ecoute des parents, programmes de sensibilisation dès le primaire… Les clés pour combattre le phénomène
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Les addictions touchent de plus en plus de jeunes sous nos latitudes. C’est pour sensibiliser le public sur ses effets nocifs pour la santé que la Fondation Attijariwafa bank vient d’organiser une conférence-débat animée par deux spécialistes de la question dont le psychanalyste Hachem Tyal (Ph. Khalifa)

Le phénomène des addictions touche beaucoup de jeunes au sein du Royaume. Pourtant, à l’échelle nationale, aucune stratégie préventive n’a été adoptée jusqu’à aujourd’hui. C’est pour y remédier et sensibiliser le public à un sujet de santé particulièrement grave que la Fondation Attijariwafa bank vient d’organiser une conférence-débat intéressante sur cette thématique. Une rencontre stratégique durant laquelle deux éminents psychiatres et psychologues spécialisés en addictologie ont prodigué de précieux conseils à une assistance attentive avant tout en quête de réponses.

La consommation de drogue frappe une jeunesse de plus en plus exposée, tout âge et classes sociales confondus. Ainsi, 20% des jeunes ont fumé au moins une cigarette et 10% d’entre eux ont déjà essayé le cannabis, nous révèle le docteur Hachem Tyal, psychanalyste et fondateur de la clinique psychiatrique la «Villa des Lilas». Par ailleurs, même le cannabis a ses adeptes. L’on apprend ainsi que 1 à 2% de la population estudiantine s’en est déjà procuré.

L’alcool, quant à lui, reste un classique et gagne progressivement la gente féminine. «Bon nombre de jeunes lycéennes et étudiantes commencent à boire de l’alcool en grande quantité. Une pratique qui était auparavant réservée aux hommes», précise le docteur Amine Benyamina, professeur de psychiatrie et Président de la Fédération française d’addictologie.

Cette montée des addictions est notamment présente chez les adolescents de 12 à 18 ans. «L’adolescence représente un moment de la vie où le jeune mue physiquement et psychologiquement. Une période de grande fragilité au cours de laquelle ces derniers peuvent aisément tomber sous l’emprise de telles substances», nous apprend ainsi Tyal.

Une consommation poussive qui s’explique notamment par le caractère encore «tabou» du phénomène sous nos latitudes, poussant ainsi les jeunes à vouloir transgresser l’interdit. «Les adolescents constituent des proies faciles et cherchent continuellement à désobéir aux règles dictées par la société», précise ainsi Benyamina. L’addiction à ces produits sert également d’échappatoire à ces étudiants. «Un moyen de contourner la confrontation à la réalité qui les contraint à vivre enfermés dans une bulle imaginaire», renchérit Tyal.

Une pratique dont les retombées sont particulièrement désastreuses sur la santé des plus jeunes, insistent les deux experts. L’absorption de telles substances détruit en effet progressivement leurs capacités cognitives, qui plus est pas encore arrivées à maturité. «Chez l’adolescent, le tissu du cerveau n’est pas encore construit. La consommation de cannabis occasionne alors des dégâts irréversibles allant jusqu’à empêcher leur maturation intellectuelle», précise Tyal. Le jeune consommateur risque ainsi par la suite de développer des handicaps de personnalité majeurs une fois arrivé à l’âge adulte.

Pour contrôler ce dangereux phénomène et réduire la consommation de drogues sur le territoire, les deux spécialistes insistent sur le rôle capital des parents. Ces derniers doivent apprendre à identifier aussi tôt que possible cette pratique auprès de leurs enfants et adolescents. «Un jeune consommant de la drogue développe un caractère irritable voire même violent et multiplie les insomnies», explique ainsi Tyal.

Une fois ces changements repérés, les parents doivent communiquer avec sincérité et en employant le ton juste en évitant de tomber dans le piège du discours «moralisateur». Il est également possible d’avoir recours aux services de spécialistes de la question tels que des addictologues et des psychiatres. Des thérapies familiales qui ont avant tout pour objectif de provoquer un déclic stratégique chez le jeune.

L’école a également de son côté un rôle crucial à jouer dans la lutte contre les addictions. Les spécialistes conseillent ainsi de sensibiliser au sujet dès le primaire en instaurant des programmes complets de sensibilisation impliquant à la fois parents, enseignants et élèves. Des campagnes qui ont pour but d’informer les adolescents des risques qu’ils encourent et de leur livrer des solutions concrètes pour ne pas se laisser prendre au jeu.

La culture peut également pousser les plus jeunes à échapper aux dangers de l’addiction. «Créer des activités culturelles offrirait aux adolescents la possibilité de se défouler en toute sécurité et sans porter atteinte à leur santé», souligne Tyal. Enfin, instaurer un cadre légal a également été envisagé. «Régulariser la consommation de drogue permettrait de responsabiliser nos jeunes et les sortir de la violence», ponctue Benyamina.

Et l’addiction à Internet?

La conférence sur les addictions récemment organisée par la Fondation Attijariwafa bank n’était pas uniquement animée par les deux spécialistes présents. La manifestation a également permis de donner la parole au public. Plusieurs échanges pertinents et intéressants ont tenu en haleine la salle comble, donnant même du fil à retordre aux deux spécialistes invités. Ainsi, une sociologue a mis le point sur la dérive sociale de la société actuelle tandis qu’un adolescent élève au lycée Lyautey a tenu à aborder un problème d’addiction qui touche de plus en plus de jeunes: la dépendance au numérique (jeux, réseaux sociaux, smartphones....)

 

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