Régions

Fès-Meknès/Crise économique: Les opérateurs réclament un plan Marshall

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5193 Le 23/01/2018 | Partager
Tourisme, économie, industrie… tous les secteurs concernés
Interpellé, le Chef du gouvernement au pied du mur
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Le taux de chômage de la population âgée de 15 ans et plus au niveau de la région Fès-Meknès est très inquiétant. Il varie entre 7,3 et 19,6% selon les provinces. A noter que les taux les plus élevés sont enregistrés à Fès et Meknès avec respectivement 18,7% et 19,6%. Taux de chômage de la population âgée de 15 ans et plus par province ou préfecture (en %) / RGPH 2014

«Arrêtons de baratiner… La région Fès-Meknès nécessite un véritable plan Marshall». Le cri d’alarme d’Aziz Lebbar, parlant devant le Chef du gouvernement au nom des opérateurs de la région, a été vivement applaudi. Avec son accent fassi, ce professionnel du tourisme n’a pas mâché ses mots devant Saâdeddine El Othmani et ses ministres, samedi dernier à Fès. Pour lui, «la crise est bien réelle et concerne tous les secteurs: tourisme, commerce, artisanat, industrie et services».

«Où sont les projets du PDRT, le Palais des congrès… annoncés, mais jamais réalisés? L’absence de projets structurants fait que Fès, autrefois célèbre et fière de ses enfants, vit aujourd’hui une situation critique», martèle Lebbar. Ce dernier remettra un dossier revendication au Chef de l’exécutif.

«J’y crois peu dans sa volonté. J’ai demandé à ce qu’une chaîne chinoise puisse filmer, samedi dernier, la gare ferroviaire de Casablanca, en guise de promotion… ça ne coûte rien, mais en vain», confie Lebbar. En effet, opérateurs et élus de la région sont désespérés. Au point de parler un discours de sinistrose. Pour eux, la situation actuelle de la région Fès-Meknès nécessite une véritable réflexion et surtout des projets conséquents.

A Taza, à titre d’exemple, Mohamed Boudass, président du Conseil communal et également député PI, déplore un fort taux de chômage parmi les jeunes. Selon le HCP, le taux de chômage de la population âgée de 15 ans et plus au niveau de cette province est de 25% en milieu urbain et 13,2% en milieu rural, soit une moyenne de 17,9%.

«En outre, le programme de mise à niveau urbaine de plus de 100 millions de DH, qui a été annoncé il y a plus de 10 ans, n’a pas été exécuté», renchérit Boudass. A Ifrane, Sefrou et Boulemane, la situation est lamentable. «Nous sommes enclavés et nos jeunes n’ont aucune opportunité d’emploi», scande un élu de Boulemane. Du même avis, Mohamed Ouzzine, président de la Commune d’Oued Ifrane, a appelé à la création d’une «Agence pour les montagnes de l’Atlas».

Selon lui, «ce projet qui devrait soulager les habitants reculés existe, mais il n’a jamais été exécuté». La principale doléance de l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports est relative au Plan de développement régional (PDR). «Si ce plan n’est pas financé en partenariat avec l’Etat, tout le reste ne serait que de la masturbation politique», lâche Ouzzine.

Unanimes, les représentants de la CGEM Fès-Taza et Meknès-Ifrane ont lancé un appel de détresse. Pour eux, l’activation des mécanismes de la région avancée doit doter les gouvernants de cadres compétents et surtout de moyens financiers. Il en est de même pour la dépolitisation des projets structurants, et l’interaction active et symbiotique, en considérant le territoire et son développement  en synergie et dynamique de groupe une priorité absolue.

Pour certains économistes, «la région traverse une zone de turbulence inquiétante et interpellante». «Nous réclamons un hôpital pour Ouislane (100.000 habitants), une gare ferroviaire aux normes, une partie des projets publics à l’instar des autres régions (Tanger, Casablanca et Kénitra) et une orientation des projets privés vers la région», demande Abdallah Bouano, maire de Meknès.

S’en sont suivies des interrogations pertinentes sur le manque de projets structurants: la P2I, l’autoroute Fès-TangerMed, le foncier industriel, les mesures d’appui, devraient logiquement constituer le centre d’intérêt du Chef de l’exécutif. Notons que certains élus de la CCIS ont boycotté sa rencontre. C’est le cas notamment de Hamza Benabdallah, trésorier de la CCIS.

«Y a-t-il des projets qui ont émergé suite aux deux premières escales régionales à Draâ-Tafilalet et Beni-Mellal- Khénifra? La réponse est «Non». Donc, pas besoin de gaspiller le temps et l’énergie», conclut Benabdallah. Faut-il noter enfin que la rencontre du 13 janvier avec le Chef du gouvernement a duré plus 8 heures. L’accès aux journalistes a été refusé lors de la deuxième séance se déroulant au siège de la région.

Disparités sociales

«Quoique la région Fès-Meknès participe au PIB national à hauteur de 10%, les disparités sociales entre ses différentes provinces sont énormes», estime Saâdeddine El Othmani. Selon lui, il faut trouver un équilibre entre les différentes localités. A noter que «celles-ci regorgent d’innombrables potentialités, mais mal exploitées». La région constitue aussi des pépinières, de ruches de jeunes cadres et chefs d’entreprise, assoiffés de challenge. Ces derniers ne demandent qu’à être bien encadrés pour reprendre le témoin et redresser une région (deux villes impériales) en perte de vitesse, de passé et de célébrité. Pour y remédier, il faut créer un consensus autour d’objectifs, travailler en commun, soulever les difficultés majeures et créer les organes d’exécution avec des structures stables… En clair, il faut établir rapidement les plans d’exécution, avec le contrôle et le suivi qu’il faut, et trouver les moyens de financement.

De notre correspondant, Youness SAAD ALAMI

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