Economie

Refonte du modèle de développement: La recette du Conseil supérieur de l’éducation

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5193 Le 23/01/2018 | Partager
Miser sur le capital humain en tant que levier de croissance
Les inégalités au sein du système éducatif consacrent la ségrégation sociale
La résorption des disparités passe par la mise à niveau de la gouvernance des écoles
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Pour Rahma Bourkia, les inégalités dans le système éducatif ne sont pas limitées aux cycles primaire et secondaire. Cela concerne également l’enseignement supérieur, caractérisé par une dualité des systèmes. D’un côté, les universités dont l’accès est ouvert, dont les lauréats sont sous-valorisés sur le marché du travail, et de l’autre, les institutions dont l’accès est conditionné (Ph. Bziouat)

Le Conseil supérieur de l’éducation et de la formation se greffe sur le débat autour de la refonte du modèle du développement économique. C’est l’un des principaux points à l’ordre du jour de la 13e session de cette instance présidée par Omar Azziman. L’idée est de proposer des pistes en mettant l’accent sur le rôle de l’école dans la promotion de la justice sociale, comme l’a expliqué Rahma Bourkia.

Celle-ci a chapeauté le groupe de travail ayant élaboré la conception du Conseil dans ce domaine. Elle a mis l’accent sur une série de principes, devant constituer le fil conducteur de la participation de l’école dans le développement: égalité, équité, qualité… Bourkia a expliqué que ce rapport analytique, s’est focalisé sur l’examen des inégalités au sein de la structure éducative et son impact sur le modèle de développement.

Le premier constat est sans équivoque: «les élèves ne sont pas tous égaux au niveau social. Ce qui a un impact direct sur leur apprentissage et leur réussite scolaire». Concrètement, «l’effet social sur l’élève représente 80% au moment où l’impact de l’établissement scolaire ne dépasse pas 20%», selon Bourkia. Ce qui pousse à interpeller le rôle de l’école dans la reproduction des inégalités et leur accentuation.

D’autant que l’architecture du système éducatif favorise cette situation, au point de consacrer une véritable ségrégation sociale. Cela résulte notamment des disparités territoriales, des discriminations liées au genre en plus de la différenciation entre les systèmes public et privé. Résultat: le système actuel reste peu inclusif.

Cela se traduit par la consécration de certains phénomènes comme la déperdition scolaire, l’échec du système d’orientation… Cette situation ne se limite pas aux cycles primaire et secondaire. Même «l’enseignement supérieur a été rattrapé par ces inégalités», a déploré Bourkia. Cela est lié essentiellement à la dualité des systèmes. D’un côté, les universités à accès ouvert, dont les lauréats sont sous-valorisés sur le marché du travail, et les institutions dont l’accès est conditionné.

Résultat: le principe de méritocratie est plombé par une série de facteurs d’exclusion et par le creusement des inégalités. D’où l’importance, selon ce rapport, de miser sur la réduction des disparités sociales entre les élèves. Cela passe notamment par l’éradication de l’analphabétisme, en assurant l’effectivité de la scolarité obligatoire pour les enfants de 4 à 15 ans, selon Bourkia. Pour elle, il est aussi important d’améliorer l’efficacité de certains programmes d’aide sociale, comme Tayssir.

L’idée est de se concentrer sur les établissements à faible performance ou sur certains territoires, particulièrement dans le rural. Pour le Conseil, la résorption des déficits et l’atténuation des inégalités passent par «une scolarité obligatoire, de qualité, équitable, permettant de maintenir tous les élèves sur les bancs de l’école».

Pour y arriver, ce rapport propose d’opter pour une approche basée sur des méthodes pédagogiques différenciées. L’objectif est d’assurer à tous les élèves un socle commun de connaissance, leur permettant de réussir dans leur vie. Cette dynamique passe d’abord par la mise à niveau de l’école, en tant que «patrimoine commun de la nation».

Concrètement, il s’agit de renforcer la gouvernance de proximité. L’idée est de renforcer le pouvoir de décision au sein des établissements. Cela devra être couplé à «la consécration de la culture d’évaluation».

«Des métiers qui n’existent pas encore!»

La contribution du Conseil supérieur de l’éducation et de la formation au débat autour de la réflexion autour de la refonte du modèle économique est axée sur l’apport du capital humain. «Le renforcement de la part des personnes instruites favorisera l’élargissement de la classe moyenne et donnera un nouveau souffle à la dynamique économique», selon le rapport élaboré par cette instance. Mais cela passe par la consécration de la justice linguistique et digitale, décisive pour assurer l’équité de l’apprentissage. Cela devra être couplé à une approche prospective, permettant d’anticiper les évolutions sur le marché du travail. D’autant que «65% des enfants inscrits à l’école aujourd’hui, devront exercer des métiers qui n’existent pas encore», selon Rahma Bourkia.

 

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