Justice

Procès des événements d’Al Hoceïma: La défense plaide l’atteinte aux droits humains

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5192 Le 22/01/2018 | Partager
De «graves abus» de l’interpellation à la garde à vue
Des accusés se plaignent de torture, menaces de viol, PV tronqué

Le procès des événements d’Al Hoceïma garde le rythme. Deux audiences par semaine, le mardi et le vendredi. La Cour d’appel de Casablanca poursuit ainsi le débat ce 22 janvier. Le ministère public, la partie civile, à savoir l’Etat, et les avocats des 54 accusés se sont relayés depuis fin 2017 début 2018 pour plaider.

Nous n’en sommes pourtant qu’aux requêtes préliminaires et vices de forme soulevés par la défense. Ses avocats contestent la légalité des procédures engagées par la police judiciaire et réclament par ricochet leur annulation. L’enjeu juridique est énorme dans ce dossier où l’accusation porte sur l’atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat, les manifestations sans autorisations, les actes de violence…

Les avocats des accusés ont tenu à «apporter des précisions et des éclaircissements» pour démonter «les prétentions infondées» de l’accusation et de la partie civile. La semaine dernière, l’auditoire a eu droit à trois audiences dont deux exclusivement dédiées à la défense, celles du 18 et 19 janvier.
Ecoutes téléphoniques, arrestations, perquisitions, garde à vue, expertise médico-légale, PV de la police judiciaire sont passés au peigne fin.

La défense insiste: «La majorité des accusés ont bien été victimes de torture, de maltraitance et de contrainte depuis leur interpellation jusqu’à leur garde à vue. Garder le silence sur de tels actes nous rend complices», plaide Me Mohammed Moussaoui. L’un de ses confrères, Me El Hariri, livre quelques détails: «Nasser Zefzafi et ses compagnons ont été transférés par un avion militaire, depuis Al Hoceïma à Casablanca, les yeux bandés, les poings liés, les bouches muselées».

Sur le tarmac, des photos ont été prises des personnes arrêtées par les services de sécurité. «N’est-ce pas là une atteinte à la dignité?», clame la défense. Me Asmaâ El Ouadi, ira encore plus loin. «Dans le cas de Karim Amghar, les menaces de viol émises lors de sa garde à vue ont porté aussi sur sa mère, sa sœur et sa fille», accuse l’avocate.

La partie civile écoute, elle, qui a également déclaré via Me Mohammed El Housseini Kerrout, que «s’il y a torture dans ce dossier, ce sont plutôt des agents de la force publique qui en ont été victimes». «Comment peut-on prétendre l’existence de 800 blessés? La partie civile n’a présenté aucun certificat médical qui le prouve», rétorque la défense. L’Etat dans ce procès réclame «un dirham symbolique» et uniquement pour «les dommages matériels». Il a exigé aussi la convocation de «blessés graves» comme témoins.

Pour les avocats de la défense, les allégations de torture sont «persistantes» et les illustrent par plusieurs cas, comme «les aveux arrachés à Brahim Bouziane et Mohamed Jelloul». Il est notamment reproché à la police judiciaire «d’user de pratiques dolosives lors des interrogatoires, de n’avoir pas averti les suspects de leur droit de garder le silence, de n’avoir pas informé leurs familles de leurs arrestations qu’après plusieurs jours…».

Le but est d’annuler les procès-verbaux et donc les poursuites. «Où est donc le professionnalisme de la police judiciaire comme l’a vanté l’accusation?», critique la défense à l’unisson. La balle est dans le camp des juges. 

 

 

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