Régions

Marrakech: Le Guéliz perd ses trottoirs

Par Badra BERRISSOULE | Edition N°:5191 Le 19/01/2018 | Partager
Ils sont envahis par les motos, les voitures électriques et les terrasses de café
L’exploitation abusive et illégale de l’espace public nuit à l’image du centre-ville
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Pour beaucoup de Marrakchis, l’occupation du domaine public, qu’elle soit autorisée ou pas, est devenue insupportable (Ph. Mokhtari)

On ne peut plus se promener au Guéliz! Ses trottoirs qui ont pendant longtemps fait sa fierté n’existent presque plus. Ils se sont transformés en parking clandestin de stationnement pour les motos et les voitures électriques ou encore en terrasses de café qui, de visu, dépassent de loin les limites autorisées. Tellement que les passants doivent emprunter la chaussée pour circuler.

Enfin, certains jours, ces trottoirs sont aussi envahis par les marchands ambulants amplifiant l’anarchie qui y règne. Et ce, au vu et au su des autorités locales qui, contrairement à leurs collègues de Casablanca ou de Fès, ne se sont pas encore attaqués au phénomène. Pour beaucoup de Marrakchis, l’occupation du domaine public, qu’elle soit autorisée ou pas, est devenue insupportable. Les commerçants du centre-ville eux aussi s’insurgent.

Dans une pétition qu’ils ont adressée aux autorités locales, ils parlent de graves nuisances portées à leurs activités par ce phénomène et une détérioration de l’image de la cité ocre. On retrouve parmi les signataires, les enseignes mythiques du centre-ville comme le lunettier Wrédé, l’antiquaire Birkmeyer, le bazariste Ben Rahal, la boutique de cuir Place Vendôme… Des commerçants qui ont plus de 40 ans d’existence!

L’histoire de ce quartier centenaire remonte à 1912  lorsque le maréchal Lyautey, résident général de France au Maroc, décide de créer une ville très basse (immeubles limités à 3 étages et villas à 18 mètres de hauteur) pour mettre en valeur le paysage existant et plus précisément les montagnes de l’Atlas. Une ville nouvelle, le Guéliz fut donc érigée à l’écart de la médina sur la base d’un camp militaire établi aux pieds du mont Guéliz.

Et pendant longtemps, le Guéliz fut le deuxième poumon de la cité ocre à préserver. A partir de 1994, un nouveau découpage communal est amorcé, autorisant la construction d’immeubles de 5 étages, à l’origine d’un véritable élan immobilier. Enfin, dans les années 2000, le coup de grâce est donné par la municipalité qui décide de démolir l’ancien marché pour en faire un ensemble plurifonctionnel regroupant des habitations, des bureaux et des commerces.

Le projet sera confié à l’Erac -ancêtre de l’aménageur public Al Omrane- qui finalement le cède à Eden Developpement et Maghreb Siyaha. Les deux promoteurs réussiront à construire un beau projet, le Carré Eden, mais les Marrakchis restent nostalgiques et regrettent cet ancien marché et ce qu’il représentait pour le Guéliz. Pour eux, les efforts de sauvegarde du patrimoine se sont focalisés sur la médina,  alors que le reste de la ville est en proie à la spéculation.

De notre correspondante, Badra BERRISSOULE

 

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