Economie

Dirham: JP Morgan sème le doute

Par Franck FAGNON | Edition N°:5190 Le 18/01/2018 | Partager
La banque américaine anticipe d’autres ajustements cette année
Les autorités monétaires attendues lors de la conférence de ce jour
Le pouvoir d'achat serait limitée
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Après la pression subie l'été dernier à l'approche de la migration vers le régime de change flexible, les réserves de change se sont reconstituées permettant d'entamer la première phase de la réforme

Depuis l'élargissement de la bande de fluctuation du dirham, les banquiers des salles des marchés sont assaillis par les interrogations des opérateurs. Pour les céréaliers, les pétroliers, les entreprises exportatrices...le risque de change est un sujet de haute importance puisqu'il y a en jeu la préservation des marges.

L'agrandissement de la bande de fluctuation à plus ou moins 2,5% va entraîner plus de volatilité de la devise. «Il y a beaucoup d'interrogations, mais très peu d'opérations de couverture sont initiées», relève un professionnel de marché. L'activité dans les salles des marchés est jugée normale depuis la mise en œuvre de la réforme.

«Le fait que le dirham soit proche de sa juste valeur et que la position de change ouverte du secteur financier et des entreprises soit limitée, expliquent que la monnaie n'ait pas subi de pression. En outre, les prêts en devises ne représentaient que 2,7% de l'encours des crédits en 2017», commente JP Morgan dans une note adressée à ses clients.

Ce premier pas vers le régime de change flexible est qualifié de modeste par la banque américaine. «A ce stade, l'impact sur l'économie sera limité», estiment ses analystes. Mais, ils anticipent de nouveaux ajustements au cours de l'année: «nous pensons que la Banque centrale va maintenir le panier actuel pendant au moins deux trimestres avant de prendre de nouvelles mesures pour accroître la flexibilité de la monnaie. Ces prochaines étapes pourraient inclure l'élargissement de la bande de fluctuation, menant éventuellement à un flottement géré». Sur un horizon de 12 mois, le dirham pourrait se déprécier de 7% selon le scénario de JP Morgan.

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Le taux de change pourrait être un soutien au commerce extérieur. Mais à lui seul, ce levier n'aidera pas les produits marocains sur les marchés étrangers

La conférence conjointe du ministre des Finances et du gouverneur de Bank Al-Maghrib ce jeudi 18 janvier devrait donner des indices sur le calendrier de la réforme mais également les anticipations d'inflation notamment. La variation des prix sera plus qu'auparavant à surveiller de près avec les changements introduits dans la cotation du dirham. Les prévisions d'inflation sur les deux prochaines années sont proches de 2% mais elles pourraient être actualisées au regard des anticipations d'évolution du taux de change.

Pour l'heure, les bornes de fluctuation du dirham ne seraient pas une menace pour le pouvoir d'achat des ménages. «A court terme, nous ne voyons pas d'impact pour les particuliers à moins que les liquidités du système se resserrent et entraînent une hausse des taux d'intérêts. En outre, le risque d'une poussée de l'inflation avec le dirham qui se déprécierait de 2,5% au maximum est limité», analyse un banquier. JP Morgan prévoit une inflation de 2% en 2018.

De toute façon, l'évolution du dirham sur les prochaines semaines sera scrutée. Il y a un peu plus d'un mois, l'agence de notation financière Fitch anticipait une remontée de 0,25 point du taux directeur de Bank Al-Maghrib en 2018. Deux principales raisons à cela selon les analystes: l'ajustement monétaire aux Etats-Unis (cela pousserait BAM à relever son taux directeur pour endiguer les sorties de devises et atténuer les pressions sur la parité) et le regain d'inflation. Aujourd'hui, rien n'est exclu, même si l'économie ne montre pas la vigueur nécessaire pouvant supporter une remontée des taux.

 

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