Analyse

Béni Mellal-Khénifra: «Notre seul lien avec l’Etat, c’est notre carte d’identité...»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5189 Le 17/01/2018 | Partager
Complètement livrés à eux-mêmes, les montagnards anticipent les périodes de grand froid
Stock d’aliment pour bétail, eau, nourriture... et essayent de ne pas tomber malade
Où est donc cette stratégie de développement du tourisme rural?
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Said Marghadi s’investit pleinement pour améliorer le quotidien des habitants de la vallée d’Aït Bougmez, où il a ouvert l’écolodge Touda, tourné vers le tourisme vert. En parallèle, il travaille à promouvoir le Maroc à l’étranger, comme il l’a fait en coordonnant des émissions comme «Echappées belles», «Secret d’histoire» ou «Faut pas rêver» pour la télévision française (Ph. Mokhtari)

Enfant du pays, Said Marghadi est à la fois propriétaire de l’écolodge Touda dans la vallée d’Aït Bougmez, au centre du Haut-Atlas, photographe et guide accompagnateur. Perché à 2.200 mètres d’altitude, son village Zawyat Oulmzi est le plus reculé. Rencontre avec un homme engagé à sortir les habitants de leur isolement et à promouvoir un tourisme responsable au Maroc sous sa casquette de coordinateur pour France Télévision.

- L’Economiste: Nous sommes dans la région la plus pauvre du pays. Comment s’organisent les habitants de la vallée pendant l’hiver?
- Said Marghadi:
Les habitants ont depuis longtemps l’expérience d’hivers rudes dans la région, même si les changements climatiques influent concrètement sur les saisons, les précipitations et entraînent des pénuries d’eau. Ils ont appris à anticiper leurs stocks, que ce soit pour leur propre alimentation comme celle de leur bétail, et font tout pour ne surtout pas tomber malade. Une des façons de pallier la rudesse du temps dans cette zone enclavée, c’est la solidarité, car aucune solution toute faite ne vient de l’extérieur. D’ailleurs, ils disent ici avec ironie que le seul lien qu’ils ont avec l’Etat est leur carte d’identité. Ils se sentent complètement livrés à eux-mêmes. Alors plutôt que de distribuer des paniers alimentaires gratuits, si l’on veut vraiment les aider, il faudrait subventionner la nourriture pour leurs bêtes et ouvrir, gérer et entretenir des centres de santé de proximité où ils pourraient se faire efficacement et dignement soigner. Ce sont là leurs seules demandes de citoyens.

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Une des façons de pallier la rudesse du temps dans cette zone enclavée, c’est la solidarité, car aucune solution toute faite ne vient de l’extérieur. D’ailleurs, ils disent ici avec ironie que le seul lien qu’ils ont avec l’Etat est leur carte d’identité. Ils se sentent complètement livrés à eux-mêmes (Ph. Mokhtari)

- Parlez-nous de votre association L’Arbre du voyageur, quels sont ses objectifs?
- Elle est constituée depuis 4 ans, et est entièrement gérée par les locaux. En tant que président, je suis en perpétuelle quête de financements pour mener des projets à long terme au bénéfice des habitants.
Je n’agis pas pour des opérations ponctuelles, les investissements doivent servir à développer la région dans le temps. Nous avons pu, par exemple, construire des châteaux d’eau et amener l’eau courante dans les maisons, distribuer des arbres fruitiers ou organiser des stages de photographie pour les enfants de l’internat, histoire de leur ouvrir d’autres horizons, et surtout leur expliquer que les images n’ont rien de maléfiques, mais peuvent notamment constituer une bonne base d’archives. Actuellement, je cherche la possibilité, à Casablanca ou à Rabat, d’organiser une exposition photographique sur les femmes du pays pour une vente aux enchères au profit de nos actions. Avis aux bonnes âmes...

- Comment se porte le tourisme dans la région? Et comment le développer?
- Le tourisme se porte mal. Tout se focalise sur Marrakech, et malgré la tendance officielle qui veut encourager le tourisme vert, nous ne voyons pas ces bonnes intentions se transformer en actions concrètes sur le terrain. D’ailleurs, la communication sur notre région n’existe pas, il n’y a pas de site Internet pour promouvoir tout ce qu’il y a pourtant comme potentiel ici. Je reste persuadé que le développement, sous toutes ses formes, doit venir de l’intérieur.
 L’espoir repose sur l’investissement des enfants du pays, partis gagner leur vie dans d’autres régions du Maroc ou à l’étranger. Les solutions pour sortir la région de son isolement sont entre leurs mains.

Propos recueillis par Stéphanie JACOB

 

 

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