Analyse

Béni Mellal-Khénifra: La pauvreté chevillée à la région

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5189 Le 17/01/2018 | Partager
Seulement 5,4% de baisse du taux de pauvreté en 10 ans
Développement durable ou territorial, peu de résultats sur le terrain
Alors les habitants misent sur l’entraide et l’autonomie
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Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, la vallée d’Aït Bougmez compte 15.000 habitants et encore trop peu d’investissements pour les sortir de la pauvreté (Ph. Mokhtari)

Ils sont 15.000 à vivre à Aït Bougmez. En vase clos pendant l’hiver. Cette vallée en forme de “Y”, longue de 35 kilomètres sur 3 kilomètres de large, se situe après les villes de Demnate et Azilal, à l’est de Marrakech, dans la région de Béni Mellal-Khénifra. Toute l’année, les habitants vivent essentiellement de l’élevage et de la culture des pommes. Le tourisme ouvre quelques autres horizons depuis son développement dans les années 1980, mais reste bien en deçà des potentialités.

Les passionnés de trekking viennent profiter des paysages préservés, d’une grande quiétude et de l’accueil des locaux, toujours heureux de les recevoir autour d’un thé. Un écomusée a même été ouvert dans une maison vieille de 200 ans, rénovée pour y réunir tous les objets du quotidien. «Ce projet permet aux visiteurs, qui n’ont pas l’occasion d’entrer chez les familles, de découvrir un siècle d’évolution de la vie dans la vallée», explique le fondateur, Said Marghadi.

Si le village espère voir son développement s'accélérer, la réalité de terrain a toujours imposé aux habitants d’être autonomes le plus possible. Ne pouvant compter que les uns sur les autres, la solidarité est la première condition de survie. Tout besoin individuel devenant la préoccupation de tous. Comment pourrait-il en être autrement quand le milieu devient hostile? Quand la neige tombe si fort que les routes sont coupées? Quand les surfaces de pâturage se raréfient?

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Dans la région de Béni Mellal-Khénifra, le taux d’activité dans le milieu rural est en perpétuelle baisse. Les derniers chiffres du HCP montrent qu’en 1999, il était de 69,9% pour atteindre 52,4% en 2014, année du dernier recensement

Et quand les températures négatives entraînent des maladies? Au moindre souci de santé, il leur faut composer avec un premier centre à Azilal, situé à 70 kilomètres. «Pour nous soigner, rien ne sert d’aller au dispensaire à 18 kilomètres de là, car il n’y a ni équipement ni personnel compétent», raconte un villageois.

«Pour les plus chanceux, le mieux est d’aller directement à Marrakech, continue-t-il, pour les autres, ça finit souvent au cimetière». Autre dureté de la vie, l’enseignement. Ici, les enfants parcourent à pied plusieurs kilomètres pour se rendre à l’école. Les conséquences étant un abandon scolaire précoce pour les filles, pendant que les garçons sont très rares à atteindre l’enseignement supérieur. Alors, ils font comme leur père, berger ou agriculteur, quand d’autres partent tenter leur chance en ville avec l’espoir d’une vie meilleure.     

Peloton de tête des zones rurales les plus affectées

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Avec un taux de pauvreté de 14,1 dans le rural, la région Béni Mellal-Khénifra affiche également, dans le dernier recensement du Haut-Commissariat au plan, un taux de vulnérabilité de 23,2%. Elle arrive dans le peloton de tête des zones rurales les plus affectées sur l’échelle nationale

Avec un taux de pauvreté de 14,1 dans le rural, la région de Béni Mellal-Khénifra affiche également, dans le dernier recensement du Haut-Commissariat au plan, un taux de vulnérabilité de 23,2%. Elle arrive dans le peloton de tête des zones rurales les plus affectées par la pauvreté, et celles qui ont le plus de mal à faire baisser cette tendance. En effet, entre 2001 et 2014, la pauvreté rurale a perdu 5,4 points de pourcentage seulement, contre 20,6 dans la région de Drâa-Tafilalet.

Logiquement, le sentiment de pauvreté se répand parmi les catégories inférieures de l’échelle sociale. Cette perception étant plus forte à mesure que les dépenses sont faibles. Alors comptons sur les projets développés dans le cadre du Plan agricole régional, élaboré conformément aux principaux fondements du Plan Maroc Vert, qui visent à augmenter les niveaux de production des différentes filières, avec une meilleure commercialisation, le tout au bénéfice de l’emploi. Mais pour l’instant, au sein même des familles dans les zones les plus reculées, domine le sentiment d’isolement, de pauvreté, et très peu d’espoirs pour l’avenir.

                                                                              

Les internats de la honte

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Les murs suintent, l’eau fuit même du plafond, il n’y a rien pour se laver et les repas sont si sommaires que les enfants ne mangent pas à leur faim. Pour ceux qui sont domiciliés loin de leur collège, deux internats ont été ouverts dans la vallée d’Aït Bougmez. D’abord celui des garçons, et plus récemment celui des filles. Mais depuis leur construction, aucun entretien n’est au programme, pas même un coup de peinture.

Du coup, tout s’épuise et se dégrade. Si les conditions d’accès réservent les places aux familles les plus démunies, une fois à l’intérieur, la misère perdure. Il faut donc aux élèves d’être très motivés pour ne pas abandonner trop tôt les bancs de l’école, et au minimum en sortir avec les bases de la lecture et de l’écriture.

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Il n’y a que l’association locale «L’Arbre du voyageur» pour se démener à quelque peu améliorer leurs conditions. Des bonnes volontés qui ont permis de leur offrir des couvertures, du matériel scolaire et de nombreux livres pour passer le temps. Car ce sont eux qui pourraient travailler plus tard au développement économique et social de la région.

 

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