Société

Violences faites aux femmes: «Parce que ça pourrait être moi»

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5188 Le 16/01/2018 | Partager
Rabia Moukhlesse Franoux lance une opération de vente de t-shirts anti-harcèlement
L’artiste plasticienne expose aussi des autoportraits engagés à Dar Bouazza
Après les serviettes hygiéniques, une exposition sur les soutiens-gorges
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L’artiste plasticienne pose elle-même pour ses photos militantes en faveur des femmes battues, opprimées. «Parce que ça pourrait être moi», explique-t-elle (Ph. A.Na)

«Je me suis radicalisée en voyant trop de femmes maltraitées», confie Rabia Moukhlesse Franoux. Au fil du temps, l’artiste plasticienne s’est transformée en «radicaliste» de la défense de la cause féminine. Après dix-sept ans passés en France, elle retourne dans son pays d’origine, le Maroc. Ici, comme en France, l’égalité hommes/femmes relève toujours de l’utopie. «Mais en revenant dans mon pays, je me suis rendue compte que les choses n’ont pas tellement changé, elles sont même pires qu’avant», regrette-t-elle.

Les femmes doivent toujours se faire toutes petites dans l’espace public. La violence et l’oppression continuent d’être cautionnées. «Le comble de l’aberration a été cette émission télévisée où l’on a montré aux femmes battues comment camoufler leurs blessures. C’est donc à la victime de se cacher? Quelle absurdité», s’indigne l’artiste.

Rabia, ex-membre d’une association française de soutien aux femmes battues, se définit comme une artiste engagée. Mardi dernier, dans un centre d’autonomisation des femmes défavorisées à Dar Bouazza (Casablanca), géré par l’ONG Espod, l’artiste a lancé une nouvelle initiative: une campagne de vente de t-shirts dont elle a créé les designs, comportant des messages anti-harcèlement. Utilisant le hashtag «saffi baraka», elle dit stop au harcèlement de la gent féminine sur la voie publique, aux discriminations basées sur le genre, à la violence… Le projet dure trois semaines.

Chaque t-shirt est facturé 150 DH, qui seront répartis à parts égales entre l’association Espod, la fabrication et la création & graphisme. Des casquettes sont également proposées. Leurs revenus seront aussi partagés entre les trois rubriques.
Après Espod, la même opération sera menée pour récolter des financements au profit d’autres associations.

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Autoportraits dénonçant la soumission des femmes dans certaines sociétés où la négation du corps devient la norme (Ph. A.Na)

L’artiste prépare, en outre, une exposition sur les soutiens-gorges, qu’elle espère terminer d’ici mars prochain. Rabia est un brin provocatrice. «Il s’agit de dévoiler tout ce que les islamistes veulent cacher», livre-t-elle. D’ailleurs, elle a déjà pris pour thème artistique les serviettes hygiéniques.Les grandes galeries, ce n’est pas tellement sa priorité. Dernièrement, elle a exposé ses œuvres dans le même centre de l’ONG Espod à Dar Bouazza.

Ses autoportraits, où elle se met dans la peau de victimes de violences et d’oppression, ont orné les murs du bâtiment. «Si une femme maltraitée s’arrête devant ces photos et comprend qu’elle doit dénoncer son agresseur, ce sera pour moi une victoire, une fierté», argue-t-elle.

En France, elle avait pour habitude de s’allier aux collectivités territoriales pour organiser des manifestations engagées, sur les révolutions arabes, les femmes migrantes, ou encore celles contraintes au chômage après la fermeture de leurs usines. Son nom s’effaçait souvent derrière ses créations à vocation éducative. Au Maroc, impossible de reproduire le même schéma.

Déçue par le monde politique (ancienne membre du parti socialiste), elle a fini par s’en détacher. «Avec l’art, les messages passent mieux», estime-t-elle. Egalement écrivaine, elle compte plusieurs productions à son actif, dont l'ouvrage «Marine Présidente, et alors?» en 2015.

 

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