Analyse

Sécurité routière: La révolution n’est pas pour demain!

Par Nadia DREF | Edition N°:5188 Le 16/01/2018 | Partager
Les choses avancent lentement sur le terrain
Piétons, enfants de moins de 14 ans: les cibles prioritaires
Le détail du plan d’actions 2017-2021
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Les routes provinciales tuent le plus. Elles enregistrent 59% des accidents graves et mortels contre 33% pour les routes nationales et 29% pour les routes régionales

Application stricte des dispositions du code de la route, instauration d’amendes pour piétons et conducteurs, annonce de nouveaux objectifs, refonte du système d’octroi du permis de conduire… L’année 2018 a démarré en trombe. Les amendes imposées ont même fait le buzz. Reste que l’application stricto sensu traîne encore. Une fois l’effet d’annonce passé, la réalité est tout autre. A la mi-janvier, il y a encore des véhicules qui circulent avec des pare-buffles.

Les triporteurs n’ont pas tous leurs plaques d’immatriculation. Les piétons continuent à traverser n’importe comment, même s’il y a un passage clouté à proximité (50 m). Le volet communication relève de l’improvisation. La mise à niveau des artères, au niveau de la signalisation, traîne encore.

Que faut-il vraiment faire pour appliquer la loi? Qu’attendent les responsables de ce méga-chantier? L’implication du secrétariat d’Etat chargé du Transport est-elle efficiente? Le ministère de l’Intérieur est-il assez engagé dans ce chantier de verbalisation des contrevenants? En tout cas, la lenteur et le laisser-aller restent de mise.  

Pour doter le secteur d’actions à court et moyen termes, le département du Transport, chapeauté par le secrétaire d’Etat, Mohamed Najib Boulif, a actualisé et revu la stratégie nationale de la sécurité routière déjà existante, dont les réalisations ont montré leurs limites.

La nouvelle feuille de route, présentée par le ministre Pjdiste couvrant la période 2017-2026, vise à doubler d’efforts pour favoriser l’émergence d’un comportement citoyen et un système routier sécuritaire. Cette stratégie a pour objectif  de réduire de 25% le nombre de tués suite aux accidents de la circulation en 2021 (2.800 cas) et de 50% en 2026 (1.900 cas). Pour y arriver, le grand ménage s’impose dans le secteur de la sécurité routière et du transport. Ce qui n’est pas de tout repos.

■ L’hécatombe continue
Pour l’heure, la situation est alarmante. Selon les statistiques fournies par la tutelle, près de 4.000 personnes décèdent sur les routes dont un quart sont des piétons qui sont les usagers les plus vulnérables, soit une moyenne de 11 morts par jour. Pire encore, 217 tués sont des enfants âgés de moins de 14 ans. Concernant les 2 roues et les 3 roues motorisées, le nombre de victimes augmente de manière continue représentant près du quart des tués.

En atteste le nombre important impliquant des triporteurs ayant causé récemment des accidents mortels, à cause de l’erreur humaine. Aussi, 16% des accidents impliquent un seul véhicule dont 70% concernent les voitures légères. Le transport professionnel n’est pas en reste. Les accidents causés par ces transporteurs sont généralement graves, totalisant près de 10% des tués.

Par ailleurs, les premières causes des accidents hors agglomération sont l’excès de vitesse (50%) et l’absence de prise de précaution (25%). A l’intérieur du périmètre urbain, c’est l’inverse qui se produit. 40% des accidents sont la conséquence directe du manque de prise de précautions et 33% par excès de vitesse.
Pour stopper cette hémorragie, le secrétaire d’Etat chargé du Transport parie fort sur le plan d’actions arrêté pour la période 2017-2021. Cette feuille de route cible à la fois, les piétons et les transporteurs.  

■ Les mesures visant les piétons
Le Secrétariat d’Etat axe son intervention au niveau de 12 villes cumulant 52% des tués. Les principales agglomérations ciblées sont Casablanca, Settat, El Jadida, Kénitra, Rabat-Salé, Marrakech, Beni-Mellal, Nador, Safi, Meknès, Fès et Tanger. S’y ajoute l’intégration de la sécurité routière dans les plans de mobilité urbaine (mise en place de 3 nouveaux PDU par an par le ministère de l’Intérieur). Il est également prévu la limitation de la vitesse au niveau des zones de grande concentration d’habitation à 30 km/h. Pour faire respecter cette disposition, des radars fixes seront implantés au sein de ces agglomérations.

La feuille de route englobe aussi la construction de 15 ponts pour piétons, à Oujda (1), Berkane (3), Khemisset (1), Chtouka Ait Baha (1), Taroudant (2), Nador (2), Sidi Kacem (1), Marrakech (3) et Midelt (1). Par ailleurs, le Secrétariat d’Etat lancera des études au niveau de 9 villes pour déterminer les zones dangereuses, les points noirs et proposer les solutions idoines.

Pour inciter les piétons à emprunter le passage clouté le plus proche (au cas où il se trouve à 50 m), une amende forfaitaire de 25 DH a été fixée depuis décembre dernier. Il est prévu le renforcement du contrôle de la vitesse au niveau des zones à risques pour les piétons. C’est la police et la gendarmerie royale qui se chargent du contrôle à ces niveaux-là.
Un programme de communication et de sensibilisation a démarré. Il porte sur les règles de la traversée et de l’utilisation des passages piétons par le Comité national de prévention des accidents de la route.

■ Les conducteurs dans la ligne de mire
Autre mesure programmée, le contrôle des sociétés de vente de voitures ou des vendeurs indépendants pour vérifier l’adéquation des véhicules vendus et leur conformité par rapport au Code de la route. Concrètement, 200 opérations annuelles sont programmées. Ces contrôles seront effectués par des cabinets privés sélectionnés par l’Etat. Les voitures vendues devront avoir des attestations de conformité délivrées par le Centre national des essais et de l’homologation (CNEH).  En vertu de la loi 52-05 faisant office du Code de la route, ce centre contrôle les caractéristiques et la conformité des véhicules selon la catégorie du véhicule concerné.

L’interdiction des pare-buffles est également imposée par cette réglementation. Des amendes de 5.000 à 30.000 DH sont prévues pour les automobilistes et de 20.000 à 50.000 DH pour les personnes morales, en cas d’infraction. En cas de récidive, le contrevenant est puni de trois mois à un an d’emprisonnement et du double de l’amende visée ou de l’une de ces deux peines seulement.

Pour les entreprises, la loi prévoit qu’en cas de récidive, l’amende passe du simple au double. Le tribunal peut également ordonner la réquisition du véhicule au profit de l’Etat. La mise en œuvre de ces dispositions est applicable dès ce mois de janvier.

■ Protéger les enfants de moins de 14 ans
Les enfants de moins de 14 ans représentent près de 15% des tués sur les routes. Cette catégorie vulnérable est identifiée en tant que cible prioritaire par la stratégie nationale. Pour mieux sécuriser le périmètre et le chemin de l’école, le nouveau plan d’actions prévoit de renforcer le contrôle de la vitesse (limitation à 30km/h) à proximité des établissements scolaires en instaurant des radars fixes.

Il vise aussi à poursuivre le programme «Safe School» destiné à équiper les abords de chaque établissement de garde-corps métalliques. Au niveau du monde rural, il est prévu de renforcer la visibilité des écoliers avec des couleurs (flashy) ou des rubans adhésifs sur les équipements distribués dans le cadre de l’opération «un million de cartables». Les véhicules de transport scolaire sont également ciblés.

Chaque enfant transporté doit avoir son propre siège équipé d’une ceinture de sécurité. Chaque école doit se conformer désormais à la loi car le contrôle technique sera corsé dès cette année. En cas d’infraction ou de mauvaise conduite de la part d’un chauffeur de transport scolaire, le Secrétariat d’Etat demande aux citoyens de dénoncer tout écart au centre d’appels numéro 4646.

La tutelle insiste également sur l’éducation routière dans le cursus scolaire. Sachant que seulement 23.000 écoliers ont pu bénéficier des ateliers pédagogiques entre janvier 2013, date du lancement de ce programme, et l’année 2016. S’y ajoutent des actions menées au niveau des colonies de vacances. Mohamed Najib Boulif compte les généraliser au niveau des écoles publiques et privées. Un plan d’actions devra être adopté d’ici 2021 sachant qu’une étude est en cours portant sur la mise en place d’une feuille de route pour introduire l’éducation routière à l’école.

L’accent sera également mis sur l’application stricte de sanctions en cas de transport des enfants de moins de 10 ans sur les sièges avant des véhicules. Certains citoyens ont même été sanctionnés début 2018. Dans ce cas, la loi prévoit le retrait d’un point du permis de conduire et une contravention de 500 DH.

La feuille de route vise, par ailleurs, à équiper plusieurs villes de parcs éducatifs pour la sécurité routière. Objectif: exposer le danger des accidents de la route et les méthodes de prévention aux écoliers pour mieux les sensibiliser au respect des mesures prévues par le Code de la route.

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