Justice

Affaire Merdass : Un fait divers pas si divers que ça...

Par Faiçal FAQUIHI | Edition N°:5187 Le 15/01/2018 | Partager
Un parlementaire assassiné en 2017 à Casablanca
L’épouse et son amant confrontés aux pièces à conviction
L’arme du crime n’est pas formellement identifiée par le tribunal
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L’image retrace la reconstitution du meurtre du parlementaire Abdellatif  Merdass. Le procès de cette affaire reprend ce lundi 15 janvier devant la Cour criminelle de Casablanca (Ph. Jarfi)

Sans préavis, la salle d’audience plonge dans l’effroi! Les yeux exorbités rouge-sang de la victime surgissent de la photo. Les enquêteurs avaient saisi dans un plan serré la tête inerte d’Abdellatif Merdass. L’assassinat du parlementaire de l’Union constitutionnelle s’est produit courant 2017 devant son domicile à Casablanca. Au début, l’enquête judiciaire n’a pas écarté la piste d’un assassinat politique avant d’établir qu’il s’agit d’un «banal» crime passionnel.

Le procès de quatre personnes se tient durant ce lundi pluvieux du 8 janvier devant la Cour d’appel de Casablanca. L’épouse de la victime, Wafaâ Samadi, son amant, Hicham Mouchtarai, le neveu de ce dernier, Hamza Makboul, et une autre femme présentée comme une voyante, Roukia Chahboun. Ils sont accusés de constitution de bande criminelle, de meurtre prémédité, de dissimulation de preuves, de détention d’arme à feu sans autorisation...

Les accusés avancent vers le président de l’audience. Hassan Ajmi a entre ses mains plusieurs pièces à conviction. L’une d’elles est justement la sinistre photo du cadavre. Le magistrat la dresse devant les regards anxieux des mis en cause. La veuve de la victime, Wafaâ Samadi, détourne sa tête. Des larmes coulent de ses yeux. Le froid, le silence et l’émoi rythment le débat dans cette affaire macabre.

L’examen des pièces à charge se poursuit. Place au fusil de chasse qui aurait servi à tuer Abdellatif Merdass. La cour s’apprête à défaire le scellé aux rubans rouges. Une avocate de la défense intervient au moment décisif: «Mon client n’est pas présent. Il passe ses examens universitaires du 4 au 9 janvier 2018. Je réclame à la cour de surseoir à l’examen de l’arme à feu. Le temps que Hamza Makboul puisse se représenter devant vous.

D’autant plus que mon client était présent lors des faits». La requête de la défense est rejetée. A quoi bon reporter la procédure? Le président assure garder à l’accusé son droit d’examiner le fusil de chasse au moment opportun. La cour continue donc sa tâche. L’arme à feu de marque Benelli apparaît enfin à un public impatient. L’un des principaux accusés, Hicham Mouchtarai, avance en boitant devant la présidence.

Il va devoir jeter un coup d’œil sur le fusil avant de dire s’il en est le propriétaire ou pas. Les avocats s’agglutinent autour du prétoire. «J’espère que l’arme n’est pas chargée», lance l’un d’eux pour détendre l’atmosphère. Magistrats et assistance rient avec retenue. La pièce à conviction examinée s’avère finalement appartenir au concerné. Sauf que... Hicham Mouchtarai formule une réserve de taille: «Le chargeur était de couleur noire et non pas cuivrée».

Son avocat réclame au président une expertise technique «pour savoir si l’arme a servi» à commettre ou pas le crime. La défense demande aussi de faire examiner cette fois-ci les photos en couleur du fusil par son client. Histoire de dissiper le doute. La cour acquiesce à cette dernière demande.

Mais sans parvenir finalement à savoir si c’est le bon ou le mauvais chargeur. Les grands écrans installés dans la salle d’audience sont là juste pour la décoration! Pas de data show pour avoir une vue grandeur nature de l’arme. Et permettre par la même occasion à la presse d’accomplir sa mission dans les meilleures conditions possibles.

Bref, la posture de l’accusé complique encore la donne. Et pour cause, son neveu avait déjà déclaré au début de ce procès «ne pas avoir tué» la victime. Selon les enquêteurs, Hamza Makboul «était au volant de la voiture» identifiée comme «ayant servi au meurtre». Les déclarations du neveu ont laissé entendre que l’auteur de l’assassinat n’est autre que son oncle, Hicham Mouchtarai. Ce dernier élude donc l’accusation en mettant en cause l’authenticité du chargeur.

Pas de preuve, pas de crime. Que faire? «Diligenter une nouvelle expertise» à part celle de la police scientifique. Face à l’opposition du procureur du Roi, la défense insiste en proposant au tribunal «de recourir à la banque de données détenue par la Gendarmerie royale. Elle contient l’identité de tous les détenteurs d’armes à feu résidents au Maroc», précise l’avocat de Mouchtarai.

La base d’information permettrait  a priori de confirmer si le fusil de chasse appartient effectivement au mis en cause. Et d’en vérifier la provenance et les caractéristiques mécaniques dans le but de savoir si c’est bien l’arme du crime. En regagnant le box des accusés, appuyé à une béquille, Hicham Mouchtarai perd son sang-froid.

«Je n’ai pas besoin d’être à 1,5 mètre pour atteindre ma cible», clame-t-il haut et fort en tant que chasseur confirmé. Cet élu communal de Casablanca avait quitté le Mouvement populaire pour rejoindre le RNI. Un parcours politique qui prend fin à la barre des accusés. 

Qui a tué le mari?

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L’un des enquêteurs en possession du fusil de chasse supposé ayant servi à l’assassinat de Abdellatif Merdass au quartier Californie à Casablanca

Dans cette histoire, qu’avons-nous au final? Un amant qui «n’a tué personne». Un neveu qui «ignorait qu’on fomentait» un quelconque meurtre. Une épouse qui «avoue sa relation extraconjugale», mais sans plus. S’ajoute une accusée «amie» de la veuve et «non pas une voyante», et encore moins inspiratrice du forfait. Qui a alors tué le parlementaire Merdass? «C’est le juge peut-être», ironise une jeune dame présente au procès. Cette affaire a éclaté une famille. Ses proches s’entredéchirent à coup de procédures. Certains d’entre eux se sont portés partie civile. L’affaire Merdass est loin de se résumer à un banal fait divers.

 

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