Economie

Dirham: Jour J dans les salles des marchés

Par Franck FAGNON | Edition N°:5187 Le 15/01/2018 | Partager
A partir d’aujourd’hui, la bande de fluctuation portée à +/-2,5%
Les professionnels anticipent une hausse des commissions de couverture
La réaction des opérateurs sera surveillée
flexibilite_dirhams_087.jpg

Le marché attend la réaction des opérateurs après l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham à 2,5% de part et d’autre. Ce changement marque le début de la transition vers le régime de change flexible

Avec six mois de retard, les autorités monétaires ont décidé d’élargir la bande de fluctuation du dirham à plus ou moins 2,5% contre 0,3% auparavant. L’Economiste avait été le premier à révéler le schéma du «Serpent monétaire» marocain dans son édition du 18 mai 2017 (Voir page suivante).

Le changement est opérationnel dès ce lundi 15 janvier. C’est le démarrage d’un processus de plusieurs années qui aboutira à la détermination du prix du dirham par le marché. Avec la libéralisation des échanges et les réformes mises en œuvre ces dernières années, ce réaménagement fait partie du processus normal. Cette première phase dans la transition vers le régime de change flexible sera conduite avec un panier du dirham inchangé (60% euro et 40% dollar).

Il y aura sans doute un rush des clients vers les salles de marché pour voir les niveaux de prix et comprendre ce qui se passe, anticipent les professionnels de marché. «Comme c’est un nouveau mode opératoire, les banques appliqueront des spreads importants sur les opérations avec la clientèle au début en attendant que les choses se stabilisent», confie un banquier.

Théoriquement, le changement du mode de cotation du dirham est censé améliorer la compétitivité de l’économie et la préserver contre les chocs exogènes. Pratiquement 2 dirigeants sur 3 estiment que le régime de change actuel est défavorable à la compétitivité des entreprises et 76% pensent qu’un taux de change flexible la stimulerait, selon un récent sondage du Centre marocain de conjoncture (CMC). Mais il ne faut pas attendre des miracles du taux de change.

La souplesse du dirham sera peut-être un atout pour certaines entreprises exportatrices mais elle ne suffira pas à elle seule à améliorer durablement leur compétitivité. Il faudra aussi miser sur des ressources humaines de qualité, l’innovation... c’est-à-dire la compétitivité structurelle. Or, ce sont des facteurs qui plombent le classement du Maroc dans le baromètre du World Economic Forum sur la compétitivité des économies.

flexibiliet_dirhams_087.jpg

Le changement de mécanisme va modifier profondément la politique monétaire de BAM qui devra adopter un modèle de ciblage d’inflation. Les prix à la consommation devraient progresser en moyenne de 1,5% en 2018 selon les dernières prévisions

La rareté des ressources qualifiées est le premier frein à la compétitivité identifié par les dirigeants dans l’enquête du CMC. Ils le placent quasiment au même rang que la faiblesse des investissements en recherche et innovation. Si un taux de change plus agile pourrait améliorer la compétitivité des entreprises sur les marchés extérieurs, cela met cependant du temps à se dessiner. En revanche, la manipulation du taux de change a un effet immédiat sur les importations.

L’élargissement de la bande de fluctuation du dirham va donc considérablement modifier la politique monétaire de Bank Al-Maghrib pour mieux juguler l’inflation.  Le régime de change fixe a jusqu’ici permis de maîtriser l’inflation aux alentours de 2%. Le changement de mécanisme va requérir la mise en place d’une politique monétaire basée sur des cibles d’inflation. Cette nouvelle orientation de la politique monétaire pourrait donner lieu à une manipulation régulière du taux directeur.

L’inflation devrait s’établir en moyenne à 1,5% en 2018 et 1,6% l’année suivante selon les dernières prévisions de Bank Al-Maghrib. Peut-être que des réajustements seront nécessaires dans les prochains mois. «Une transition ordonnée ne devrait pas impacter les ménages de façon substantielle dans un environnement d’inflation maîtrisée.

Bien au contraire, un régime de change flexible permettra d’absorber les chocs exogènes et évitera la transmission des effets négatifs de ces chocs vers les prix ou vers les niveaux de salaire en préservant ainsi le pouvoir d’achat des ménages», analyse un banquier (L’Economiste N°4762 du 29 avril 2016: «Le dirham en liberté conditionnelle»).

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc