Culture

Marrakech fait l’éloge de la «femme gravée»

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5182 Le 04/01/2018 | Partager
L’exposition annuelle de la Fondation Dar Bellarj
A travers le regard de 5 artistes en résidence
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Le réalisateur vidéaste et photographe, Nour Eddine Tilsaghani, a choisi de rendre hommage, en sons et en images, aux femmes tapissières (Ph. Mokhtari)

Il y a le geste. Permanent et irrémédiable. Puis la signification. Au Maroc, le tatouage se fait éphémère avec le henné ou définitif, tracé sur le corps avec une aiguille, des pigments d’origine végétale ou du charbon, mélangés à de l’eau ou à du sang. Ce langage visuel marque l’appartenance à la tribu, souvent berbère.

C’est aussi l’identification du statut social de la femme mariée ou veuve, qui l’arbore sur le visage ou les mains, pour signifier une étape importante vers la fin de la première enfance, à la puberté ou après les noces. Le tatouage faisant pleinement partie des codes féminins de séduction. Aux côtés de la commissaire d’exposition, Maha El Madi, 5 artistes présentent toute l’année 2018 le résultat de leur résidence à Dar Bellarj, une prolifique fondation installée au cœur de la médina de Marrakech.

Ce lieu, qui se veut porteur d’une mémoire collective marocaine, abrite donc l’événement «Femme gravée», le tatouage berbère, art et tradition. Dans son décor lumineux, ouvert à tous gratuitement, les salons se partagent entre l’installation «Les poteries savantes», signée Maha Mouidine, ou la magie du signe et du symbole. «La création de la poterie chez les amazighes est une histoire de femmes» confie l’artiste.

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L’installation «Les poteries savantes», signée Maha Mouidine, met en lumière la magie du signe et du symbole à travers la créativité des femmes potières (Ph. Mokhtari)

Un bel hommage au corps de la femme à travers une poterie tatouée dont les formes suspendues s’entrelacent, se juxtaposent et finissent par se compléter. Ce travail met également en lumière Mama Aicha, l’une des dernières potières des montagnes de l’Atlas, gardienne de ce savoir-faire ancestral. Un peu plus loin, derrière de grands rideaux noirs, les visiteurs entrent dans l’imaginaire de Nour Eddine Tilsaghani.

Ce réalisateur vidéaste et photographe, bourré de talent, nous raconte en sons et en images le tatouage sur tapis, inspiré là encore des symboles du corps féminin. Les 4 écrans géants, aux murs et au sol, se répondent dans un ballet d’une quarantaine de photographies, tout en sensualité, partant de la tonte du mouton à l’ouvrage abouti de ces tapissières aux gestes experts. Leurs chants résonnent dans cette pénombre, insufflant comme un vent d’intimité.

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La Fondation Dar Bellarj à Marrakech présente, depuis le 16 décembre dernier, «Femme gravée», le tatouage berbère, art et tradition. Le résultat de la résidence de 5 artistes inspirés par ce langage visuel irrémédiable, qui marque l’appartenance à la tribu, souvent berbère (Ph. Mokhtari)

Un peu comme si le regardant était assis aux côtés de ces femmes créatrices. Wassim Ghozlani et Marouane Bahrar font aussi partie de ce voyage, tout comme Moulay Youssef El Khafai, dont les œuvres récentes viennent d’être exposées, en cette fin d’année, à la galerie Noir sur Blanc.

Pour Dar Bellarj, l’artiste peintre joue avec le multiple déclinant 1 personnage féminin aux yeux vagues qui veille sur les visiteurs, 34 figures à la façon d’un puzzle et 100 nuances de points qui se révèlent être les visages tatoués d’une foule. Une initiative culturelle précieuse à une époque où la compréhension de l’histoire du tatouage berbère tend à s’effacer.

 

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