Culture

«Un parfum de liberté…» ou la mémoire d’un artiste complet

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5181 Le 03/01/2018 | Partager
Rétrospective de l’œuvre de Kacimi à Marrakech
Peintre, poète, humaniste, militant…
Une œuvre toujours contemporaine
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Avec ses silhouettes évanescentes  qui habitent ses toiles, l’artiste fera le choix d’une figuration libre au moment où l’abstraction lyrique était la règle, comme en témoigne son travail dès la fin des années 70 (Ph. DR)

S’il est une œuvre intemporelle dans le paysage plastique marocain, c’est bien celle de Mohamed Kacimi. Un ensemble d’une modernité et d’une contemporanéité saisissante au regard de l’exposition  qui lui est consacrée  à la galerie Comptoir des Mines à Marrakech. «Un parfum de liberté…», donne à voir  une rétrospective de l’œuvre de l’artiste, de 1964 à 2002, et met l’accent sur l’évolution tant graphique que thématique de son travail. 

Profondément humaniste, résolument africain, portant un intérêt certain à la défense des droits de l’homme, la lutte contre l’exclusion, contre l’injustice, l’engagement sincère, de l’artiste, disparu en 2003,  pour un monde meilleur se reflètent directement sur son œuvre.

Acteur majeur de la scène plastique marocaine des années 70/90 et jusqu’aux années 2.000, Kacimi est toujours resté fidèle à une éthique de l’engagement qui lui fera parcourir le monde de la Palestine à l’Irak, du Sénégal au Mali, mettant les humains au cœur de  son œuvre et portant sur ses semblables un regard à la fois tendre et lucide.

Ses silhouettes évanescentes  qui habitent ses toiles comme «une présence spectrale dans un monde qui leur demeure hostile et étrange», comme le notera Mostafa Chebbak dans une biographie réservée à l’artiste, feront de Mohamed Kacimi un artiste libre presque à contre-courant de ses condisciples.

L’artiste fera le choix d’une figuration libre au moment où l’abstraction lyrique était la règle, comme en témoigne son travail dès la fin des années 70. Kacimi aimera plus que tout cette liberté, pour autant son travail n’existerait pas sans l’abstraction, qu’il pratiquera à ses débuts sous l’influence d’un Gharbaoui et d’un Cherkaoui, ou encore celle de ses aînés à l’époque, les pionniers de l’école de Casablanca.

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Un portrait géant de Kacimi, disparu en 2003, dessinant avec une gestuelle nerveuse un de ses personnages clés, suscite beaucoup d’émotion auprès des visiteurs qui ressentent la présence de l’artiste dans les lieux (Ph. CMG)

Ceux là même qui avaient investi l’espace Jamaa El Fna à Marrakech, en 1969, inspirant à Kacimi une pratique nouvelle de l’art contemporain que l’artiste ne cessera jamais d’explorer. Dressant des étendards face à l’atlantique à Haroura, intervenant sur un théâtre antique en Turquie, installant des oriflammes à Limoges, traçant des mémoires peintes sur la route de l’esclavage au Bénin… autant d’interventions qui font de Kacimi l’un des rares artistes de sa génération à investir l’espace public par sa peinture, ce qui donne à son œuvre aujourd’hui une intense modernité.

Moderne également par les matériaux utilisés : papier, toiles, goudron, métaux et autres objets non identifiés, qui donnent à son œuvre une rugosité traversée par des reliefs irréguliers lui donnant un aspect inédit emprunt de mystère. Le tout incrusté parfois de fragments de poèmes ou d’un balbutiement de prose. «Écrire n’est pas décrire, peindre n’est pas dépeindre» disait Georges Braque, Kacimi peintre mais également poète fera sienne cette expression philosophique.

Ses écrits autant que ses dessins, ses toiles, ses installations… rappellent continuellement ses doutes, ses remises en cause, ses questionnements lui donnant une portée universelle dans le respect des diversités culturelles qu’il aura traversées. Un aspect que l’exposition «Un parfum de liberté…» met en exergue en montrant également plusieurs aspects de l’artiste méconnu du public.

Une vision plus intime d’un  Kacimi plus réservé,  plus discret avec des travaux d’ateliers, des œuvres préparatoires et des dessins sur papier, puis une vision plus monumentale avec les toiles géantes, les sculptures et les travaux sur bois. A voir à la galerie Comptoir des Mines, à Marrakech jusqu’au 10 février.

 

 

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