Politique

Renouvellement, transparence... les partis politiques en ordre de bataille

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5181 Le 03/01/2018 | Partager
Le cap décisif des élections législatives de 2021
Trois partis forts se distinguent
Le PAM traverse une crise existentielle
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Sept partis ont émergé des élections législatives d’octobre 2016. Toutefois, les changements intervenus concernent le RNI qui a gagné 3 nouveaux sièges pour totaliser 40 et l’USFP qui a perdu un siège et se retrouve en dessous de la barre de 20, nécessaires pour former un groupe parlementaire

L’année qui démarre sera décisive pour les partis. Sur l’échiquier, trois formations fortes auront le vent en poupe et joueront les premiers rôles en 2021, en raison de leurs potentiels et leur organisation. Il s’agit du RNI, de l’Istiqlal et du PJD. Le PAM, qui vit une crise existentielle, traverse de fortes turbulences.

Qu’importe, les partis politiques sont invités à revoir leur fonctionnement pour se conformer aux recommandations de la Cour des comptes. Malgré l’adoption de la loi sur les partis, la gestion de leurs finances reste opaque, avec des dirigeants qui s’accrochent aux postes. Les élections partielles de demain jeudi 4 janvier à Nador et à Guercif seront suivies par la classe politique. L’USFP compte sur le soutien de la majorité pour décrocher un siège, histoire de retrouver les 20 sièges nécessaires pour disposer de son groupe parlementaire.

Le contexte  politique est marqué par le retard dans la nomination des ministres et par l’organisation des congrès de plusieurs partis. En tout cas, l’évolution qu’auront connue ces partis impactera l’élection du président de la Chambre des conseillers en octobre prochain et de celui de la Chambre des représentants en 2019.

■ La dynamique du RNI en marche
Le RNI donne une image positive, emprunte de dynamisme. Il surfe sur une courbe ascendante qui s’illustre dans le gain de trois sièges au cours des élections partielles. Ainsi, il dispose de 40 sièges au lieu de 37 au sein de la Chambre des représentants. A Sidi Yahya, commune rurale près de Rabat, le parti a décroché 7 sièges lors d’une élection partielle. Visiblement, le RNI a le vent en poupe, particulièrement depuis qu’il s’est lancé dans une restructuration tous azimuts. L’arrivée de Aziz Akhannouch à la tête de cette formation qui piquait du nez, avec des résultats en recul, a permis à l’appareil de se mettre en branle. Pas une semaine ne passe sans qu’une grande partie du bureau politique n’accompagne le président dans ses virées régionales, à la rencontre des militants. Le parti a également mis en place les organisations parallèles comme notamment celle des femmes, des jeunes et des avocats. D’autres corporations suivront. Le secret de cette relance vient de la personnalité du président, un homme pragmatique, venant du secteur privé, avec toutefois une expérience politique en tant qu’élu local, président du conseil régional du Souss et membre du bureau politique du RNI. Ce secret s’explique également par la résistance aux chocs vécus par ce parti. Ainsi, son bureau politique compte 15 ministres, y compris les anciens qui conservent le titre. Ces derniers ayant cumulé de l’expertise et de l’expérience, ne quittent pas le navire après qu’ils ne soient plus au gouvernement. Cette instance comprend également 6 ex-présidents de région et 2 anciens présidents de la Chambre des représentants. Malgré les différentes prises de responsabilité, ils sont restés dans les rangs. Même les deux anciens présidents du RNI, Salaheddine Mezouar et Mustapha Mansouri, n’ont pas pris leurs distances vis-à-vis du parti. Pis, ils sont membres de son bureau politique.  

■ L’Istiqlal sur les rails
L’Istiqlal se refait une santé. Il dispose d’une capacité à résister aux chocs. Après le congrès qui a placé Nizar Baraka à sa tête, l’Istiqlal entre dans une phase de renouvellement de ses instances locales pour couper court avec les pratiques du passé. Il s’agit de moderniser ce vieil appareil ankylosé par le temps. Le nouveau patron sera à la hauteur des enjeux. En effet, Nizar Baraka a cumulé de l’expérience et «pris de la bouteille» après les différents postes occupés (ministre des Affaires générales, argentier du Royaume et président du Conseil économique, social et environnemental). Autant d’atouts précieux pour mener la barque de l’Istiqlal à bon port. Les membres du comité exécutif sont conscients de cette opportunité et de l’ampleur du travail à faire pour remettre l’Istiqlal sur les rails. Il ne s’agit pas de perdre de vue «l’objectif de s’imposer en 2021». Après le diagnostic, une nouvelle méthodologie de travail se met progressivement en place. Le choix des inspecteurs du parti, une pièce maîtresse de l’appareil, sera revu. Désormais, le choix de ce rouage devra obéir à l’appel à candidature. Une opération de réconciliation nationale sera entreprise prochainement. En outre, Nizar Baraka compte régler une fois pour toutes les comptes du parti. L’Istiqlal doit disposer de moyens conséquents s’il veut avoir son mot à dire lors des prochaines législatives. C’est d’ailleurs pour cette raison que Hassan Sentissi, membre du comité exécutif, est chargé de ce dossier. L’une des prochaines actions consiste dans le renouvellement des cartes des adhérents. Mais sur le plan de la task force, l’Istiqlal n’est pas très bien loti. En effet, le comité exécutif ne compte que trois anciens ministres, Yasmina Baddou, Karim Ghellab, Abdessamad Kayouh et un ancien secrétaire général (Rahhal Mekkaoui). Comparativement au RNI, l’Istiqlal n’a pas su retenir ses élites qui ont cumulé de l’expérience dans différents domaines.

■ Le PJD sous le choc post-traumatique
Abdelilah Benkirane est rentré chez lui. Il rumine sa défaite du 3e mandat et sa responsabilité morale et politique d’avoir divisé le parti en deux blocs. Pour l’heure, les fissures ne sont pas encore béantes, mais le PJD ne sortira pas indemne de cette épreuve. En outre, concrètement, le bilan de ses ministres n’a pas été reluisant au cours du mandat précédent. Ils ont démontré que la gestion des affaires publiques exigeait d’autres talents que d’être de bons orateurs.
Pendant ce temps, le nouveau secrétaire général est à la manœuvre pour restructurer le PJD et y placer ses lieutenants. Déjà, le congrès de la Jeunesse est prévu en février. La majorité de cette organisation s’était rangée derrière Benkirane dans sa bataille pour un troisième mandat. Saâdeddine El Othmani va vouloir dégager le secrétaire général de la Jeunesse Khalid Boucarîi pour mettre un de ses proches. Dans ce même mouvement, les congrès régionaux devront déboucher sur le changement des responsables locaux. L’organisation des femmes du PJD n’est pas en reste. Son congrès est prévu pour mars. Là encore, même démarche.   

■ Le PAM dans un virage difficile
Le PAM n’a pas encore soldé les comptes des élections législatives du 7 octobre 2016. Lors de son Conseil national extraordinaire à la fin de ce mois, une commission devra se prononcer sur la vraie-fausse démission de son secrétaire général, Ilyass El Omari. Plusieurs membres du bureau politique mettent la pression pour qu’il parte. C’est le cas d’Abdellatif Ouahbi, qui a démissionné du bureau politique, suivi par Fatima Zahra Mansouri, présidente du Conseil national du PAM. Plus, «l’argument Benkirane» pour justifier son maintien à la tête du PAM ne tient plus. «Comme l’ancien secrétariat général du PJD a quitté la scène, il devra en faire de même», affirment ses adversaires. Ses partisans voient les choses autrement. Il est incontestable que cette séquence a affaibli le PAM qui compte 102 sièges à la Chambre des représentants. La mauvaise gestion des désaccords internes, avec un déballage du linge sale en public, des règlements de comptes sordides par médias interposés, devra faire le reste. Cette vraie-fausse démission ne va pas reluire la crédibilité de la pratique politique. Du coup, l’engouement dont le PAM a bénéficié en tant que tête de pont pour combattre les islamistes semble bel et bien terminé.
 
 

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Si trois partis ont le vent en poupe, d’autres traversent de fortes turbulences, menaçant même leur position sur l’échiquier politique. C’est le cas notamment du PAM ou encore du MP et du PPS en quête d’un nouveau souffle et de nouveaux leaders (Ph. Bziouat)

■ Le MP dans l’expectative
Bien avant le congrès prévu en juillet prochain, les manœuvres pour succéder à Mohand Laenser à la tête du MP ont déjà commencé. Le secrétaire général sortant devait en principe passer le relais à un de ses proches, en l’occurrence Mohamed Ouzzine. Sauf que l’entrée au gouvernement de Mohamed Hassad, sous l’étiquette du MP en avril dernier, a changé la donne. Beaucoup voyaient dans la nomination du ministre de l’Education nationale en service commandé pour prendre en main le secrétariat général du MP. Il a d’ailleurs commencé par participer, de manière très active, aux réunions de son bureau politique. Son limogeage a remis en selle le dauphin de Laenser. Toutefois, il semble que Hassad n’a pas dit son dernier mot puisqu’il a continué à prendre part aux réunions du bureau politique. Lors de l’anniversaire de la disparition de feu Hassan II le 28 décembre dernier, Mohamed Hassad faisait partie de la délégation du MP qui s'est déplacée au Mausolée Mohammed V. Le MP a été malmené au cours des cinq dernières années. Deux de ses ministres ont été limogés (Mohamed Hassad et Larbi Bencheikh), trois autres du gouvernement Benkirane bannis (Hakima El Haite, Lahcen Haddad et Lahcen Sekkouri). Ce coup de balai a été précédé par le départ de deux autres ministres priés de quitter le gouvernement de Benkirane: Mohamed Ouzzine (pour la fameuse affaire appelée «karrata») et Abdeladim El Guerrouj (pour l'affaire du chocolat). Un bilan que certains qualifient de «maudit»: 7 ministres défaillants en l’espace de 5 ans.

■ L’USFP au creux de la vague
 Le parti de Driss Lachgar est dans une mauvaise posture. Même s’il dispose de la présidence de la Chambre des représentants, l’USFP vient de perdre son groupe parlementaire à l’issue des élections partielles. Le parti mise sur le soutien de la majorité qui l’avait appuyé pour décrocher le perchoir. C’est la condition pour remporter un siège lors des élections partielles de ce jeudi à Guercif et à Nador. Pourtant, l’USFP a obtenu trois portefeuilles ministériels, en plus de la présidence de la première Chambre. Visiblement, le parti n’a pas résisté aux chocs et beaucoup reculé. Son expérience au gouvernement l’a affaibli au point de dégringoler du premier rang qui faisait trembler le pouvoir, à celui d’aujourd’hui, à peine 19 sièges. La plupart de ses dirigeants l’ont quitté. Certains ont créé un parti. Les autres, de loin, observent la flamme qui s’éteint petit à petit.

■ Le PPS dans de mauvais draps
Le parti de Nabil Benabdallah prépare son congrès, prévu en mai prochain. Va-t-il rempiler? Il en a le droit. Lors du congrès extraordinaire de 2016, le parti avait imposé deux mandats au secrétaire général. Cette disposition n’est pas rétroactive d’autant qu’aucun candidat à sa succession ne s’est encore déclaré. En tout cas, le PPS a fini par payer cash son rapprochement avec le PJD. Quoique, sur un autre plan, son alliance avec Benkirane lui a permis d’obtenir plus de portefeuilles ministériels que ne lui permettait son poids électoral. Le parti a reculé lors des élections législatives au point de perdre son groupe parlementaire dont il disposait par le passé. Cependant, le coup de grâce a été le limogeage de son secrétaire général, du ministre de la Santé (El Houssaine Louardi) ainsi que le bannissement de celui qui était en charge de la Culture (Amine Sbihi).

 

 

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