Competences & rh

Reportage/Education non formelle: Comment dégoûter les enfants en décrochage scolaire

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5180 Le 02/01/2018 | Partager
Visite sous couverture dans une école primaire publique
Classes non électrifiées, vitres cassées, tables trouées…
Qui contrôle les ONG qui œuvrent dans le secteur?
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Dans cette salle dénuée de vitres le climat est glacial et l’ambiance est pour le moins austère
(Ph. A.Na)

Curieux de découvrir comment se déroulent les cours d’éducation non formelle (ENF), nous avons décidé il y a deux semaines de nous introduire en mode incognito dans une école publique. Notre choix s’est porté sur un établissement primaire à Hay Hassani à Casablanca, qui abrite un centre d’ENF, géré par une association nommée «Derb Jadid». L’ONG y dispose de 2 classes, avec une quarantaine de bénéficiaires répartis sur deux groupes (matin et après-midi).

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Un placard vide sans portes, qui rajoute une touche supplémentaire de délabrement (Ph. A.Na)

Un personnel de l’école nous fait visiter les deux classes réservées à Derb Jadid. L’association n’en utilise en fait qu’une seule. La deuxième, dont le tableau noir est décroché, est fermée. A notre arrivée, vers 11h20, il n’y avait déjà personne. Les élèves venaient de quitter, nous a-t-on avancé. Les conditions d’enseignement y sont pour le moins lamentables.

Des vitres  cassées et remplacées par une grande affiche en plastique, une température glaciale, des tables toutes égratignées et trouées, et un placard sans portes. Pour couronner le tout, la salle n’est pas électrifiée. D’après les informations recueillies, dans cette classe, des élèves de différents niveaux scolaires sont mélangés. Comment donner envie à des jeunes et enfants en décrochage scolaire de réintégrer l’école formelle, et de croire en un avenir meilleur, en leur témoignant si peu de considération?

L’ONG dispose de cinq autres classes dans la même école. Trois sont dédiées au préscolaire. Nous en avons visité deux. Le temps passé sur les lieux ne nous a pas permis de nous en faire une idée claire. Cependant, deux choses nous ont interpellés. Un sol couvert d’un revêtement en couleur, mais noir de saleté, et des toilettes dont se dégage une odeur étouffante d’urine. Pour chaque

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Au plafond, des luminaires rouillés et sans ampoules. Les classes dédiées aux élèves de l’éducation non formelle ne sont pas électrifiées (Ph. A.Na)

enfant, l’association impose un tarif de 100 DH par mois.

Les deux dernières classes servent à des cours d’alphabétisation. Elles sont ouvertes entre 17h et 22h.
Les classes d’ENF abritées dans les écoles publiques ne sont que rarement inspectées. Les directeurs des établissements, pour leur part, ne sont pas tenus de les contrôler. Leur rôle se limite à en noter le nombre de bénéficiaires et l’emploi du temps. Ils ignorent tout de leur cahier de charges et des contenus pédagogiques qui y sont dispensés. Le manque de contrôle de ces acteurs fait partie des raisons de l’échec du programme d’ENF lancé en 1997.

D’autres réalités sont à déplorer, notamment des partenariats avec des ONG manquant souvent de moyens et de compétences, l’insuffisance des budgets et le fort turnover des animateurs. Généralement, les deux tiers des bénéficiaires de ce programme finissent par abandonner.   

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Toutes les tables sont dans un état de dégradation avancé. Les élèves de cette «école de la deuxième chance» n’ont pas bénéficié de l’opération de renouvellement des tables, lancée par l’ancien ministre Mohamed Hassad à la dernière rentrée (Ph. A.Na)

En mars dernier, le Conseil supérieur de l’éducation a relevé l’échec de ce modèle, qu’il recommande d’arrêter d’ici 2025. Selon l’organe, il existe aujourd’hui 14 fois plus d’enfants en dehors de l’école qu’il y a vingt ans. Ils sont près de 700.000 contre 50.000 en 1997. Le Conseil a, entre autres, préconisé la mise en place d’un nouveau système de veille et d’évaluation annuelle de l’ENF, ainsi que la révision du modèle d’association avec la société civile.

En attendant, des dizaines de milliers d’enfants sont perdus.

L’entrée de l’école envahie par les ferrachas!

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Un spectacle hallucinant. L’espace immédiat de l’école Al Akhtal Banine est envahi par des vendeurs à la sauvette. Les ferrachas se sont même permis de fixer des barres en fer sur les murs de l’établissement et d’y accrocher leur marchandise. Comble de la défiance, un porte cintre exposant des vêtements féminins est placé devant l’entrée réservée aux enseignants et à l’administration. La rue est entièrement occupée par les commerçants informels, impossible qu’un véhicule y pénètre. Qui a pu autoriser une telle anarchie?

 

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