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Rétrospective 2017

Les rebondissements d’une année politique très mouvementée

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5179 Le 29/12/2017 | Partager

Blocage pour la formation du gouvernement, remerciement de Abdelilah Benkirane et son remplacement par Saâdeddine El Othmani à la tête de l’exécutif, séisme politique… L’année qui s’écoule a été particulièrement mouvementée sur le plan politique. Au-delà des avancées diplomatiques liées au retour du Maroc à l’Union africaine, plusieurs événements ont marqué la scène politique nationale, qui semble amorcer un nouveau virage, avec le départ de certains chefs de parti, ayant marqué les esprits par leurs discours populistes. A cela s’ajoute l’opération mains propres, ayant mis un terme aux missions des ministres et responsables défaillants. Cette dynamique devra se poursuivre l’année prochaine. Surtout que 3 mois après le limogeage de 4 ministres de l’actuel gouvernement, Saâdeddine El Othmani semble encore incapable de les remplacer.

                                                                    

■ UA: Retour au sein de la famille

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«Il est beau le jour où l’on rentre chez soi, après une longue absence», a affirmé le Souverain au début de son discours historique devant les membres de l’Union africaine en janvier dernier. Ce moment fort, plein d’émotions, a marqué les esprits. Il s’agit aussi de l’un des principaux événements de l’année. Après une longue période où le Maroc avait choisi la politique de la chaise vide, Rabat a inversé la tendance. La diplomatie africaine menée par le Roi depuis quelques années a favorisé un retour triomphant du Maroc «au sein de sa famille».
Les tournées royales dans plusieurs pays du continent avaient balisé le terrain à la réintégration de l’Union africaine. Face aux manœuvres du Polisario et de son soutien algérien, Rabat a fait preuve de pragmatisme, en insistant sur les questions de co-développement du continent. L’accueil réservé au Souverain lors du Sommet de l’UA à Addis-Abeba témoigne de l’importance du retour du Maroc à cette institution panafricaine. D’autant que le Roi a clairement donné le ton, en insistant sur «la détermination du Maroc à partager son expertise avec tous les pays africains, et leur apporter toute l’aide nécessaire pour leur développement économique et social». En face, les Etats africains sont réceptifs à ces messages basés sur des projets concrets, qui se démarquent des discours démagogiques des adversaires du Maroc. Résultats, plusieurs pays commencent à revoir leurs positions. En témoignent les dernières rencontres du Souverain avec les présidents de l’Afrique du Sud et de l’Angola, à l’occasion du Sommet Afrique-UE. Le repositionnement du Maroc en tant que véritable puissance régionale se confirme aussi par la demande d’adhésion à la Cedeao. La machine est en marche, selon une démarche progressive, pour intégrer ce marché commun qui compte plus de 350 millions de consommateurs.

                                                                    

■ Gouvernement: De blocage en blocage

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Après plusieurs mois de tractations, Abdelilah Benkirane, nommé par le Souverain à la tête du gouvernement, à la suite des législatives de 2016, n’a pas réussi à former une majorité. L’enlisement de la crise a eu des répercussions négatives en termes de manque de visibilité, qui s’est traduit par un ralentissement de la dynamique économique, liée à l’attentisme des opérateurs. Le Roi a mis fin à cette situation en nommant, le 17 mars à Casablanca, Saâdeddine El Othmani, ex-président du Conseil national et actuel secrétaire général du PJD, en remplacement de Benkirane. La différence du style des deux responsables a été rapidement ressentie. Au moment où l’ex-chef du gouvernement campait sur ses positions, El Othmani a fait preuve de plus de pragmatisme et de flexibilité. Ce qui avait permis d’accélérer la formation du nouveau gouvernement, installé officiellement un mois plus tard. Toutefois, le chef du gouvernement semble se diriger actuellement vers un nouveau blocage. Trois mois après la révocation de 4 ministres dans le cadre de l’affaire d’Al Hoceïma, El Othmani n’a pas encore réussi à les remplacer. Rien n’a filtré concernant les négociations. Seuls quelques chefs de partis de la majorité ont avancé qu’ils ont soumis leurs listes au chef du gouvernement. Vu l’évolution des choses, il faudra attendre les premières semaines de 2018 avant de connaître les nouveaux ministres de l’Education nationale, de la Formation professionnelle, de la Santé, de l’Habitat, en plus du responsable qui sera chargé du portefeuille des Affaires africaines.

                                                                    

■ Patrons des partis: La fin du populisme?

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L’année 2017 semble avoir été celle du renouvellement des chefs des partis politiques. Après une période marquée par une montée du populisme, certaines formations veulent faire peau neuve. C’est l’Istiqlal qui a ouvert le bal, avec le départ du tonitruant Hamid Chabat, après une véritable bataille interne. Les Istiqlaliens ont opté pour un nouveau leadership, incarné par Nizar Baraka. Abdelilah Benkirane, qui s’est accroché jusqu’au bout pour briguer un 3e mandat, a été également forcé de céder la direction du PJD à Saâdeddine El Othmani. Il faut dire que pour cette formation, il ne s’agit pas réellement d’un renouvellement du leadership, dans la mesure où El Othmani avait déjà dirigé le PJD dans la période post-16 mai 2003. Le PAM semblait également s’inscrire dans cette dynamique de changement des têtes dirigeantes. Ilyass El Omari avait annoncé sa démission. Mais pour l’instant, il pilote toujours cette formation, suite au refus du Conseil national d’approuver cette décision. Partira, ne partira pas… El Omari continue d’entretenir le suspense.

                                                                    

■ El Malki au perchoir

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Le bras de fer mené entre Abdelilah Benkirane et certains de ses anciens alliés, particulièrement le RNI de Aziz Akhannouch, s’était également répercuté sur l’action législative. Le Parlement était bloqué durant plusieurs mois faute de renouvellement des structures. Il aura fallu négocier un compromis avec les différentes formations pour permettre l’élection de Habib El Malki à la présidence de la Chambre des représentants, au moment où l’entrée de son parti dans la majorité n’était pas encore tranchée.
D’autant que l’USFP est sorti fragilisé des dernières élections. Le parti du président de la 1re Chambre a été de nouveau secoué à l’occasion des dernières élections partielles. Actuellement, il est privé de groupe parlementaire après avoir perdu deux sièges.

                                                                    

■ Séisme politique

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Les discours royaux durant l’année 2017 ont été marqués par des réguliers rappels à l’ordre. Gouvernement, élus et responsables sont mis face à leurs responsabilités. Le discours donné par le Souverain à l’occasion de l’ouverture de la session parlementaire a constitué un véritable tournant. C’est dans ce discours que le Souverain avait évoqué l’expression de «séisme politique», dont les répercussions se font encore ressentir.  Le Roi a été on ne peut plus clair: «Nous appelons tout un chacun à faire montre d’objectivité en appelant les choses par leur nom, sans complaisance ni fioriture». Le ton est donné. Quatre ministres ont ainsi été révoqués. Il s’agit de Mohamed Hassad, ex-ministre de l’Intérieur et de l’Education nationale, Nabil Benabdallah, ex-ministre de l’Habitat, El Houssaine Louardi, ex-ministre de la Santé et Larbi Bencheikh, ex-secrétaire d’Etat à la Formation professionnelle. A cela s’est ajoutée une autre vague de limogeage de secrétaires généraux des ministères, de plusieurs responsables de l’administration territoriale, dont un wali, des gouverneurs, des agents d’autorité...
Les ondes de choc risquent de se prolonger jusqu’en 2018. Pour l’instant, le gouvernement s’est contenté d’annoncer des sanctions. Or le Roi avait clairement appelé à proposer «des solutions innovantes et audacieuses», en vue de répondre aux attentes des citoyens.

                                                                    

■ Sahara: Rabat reprend les choses en main

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Après une période de tension sous le mandat de Ban Ki-moon, l’arrivée d’Antonio Guterres au secrétariat général de l’ONU a permis un apaisement des relations. La neutralité de Guterres et son alignement sur les positions officielles de l’ONU tranchent avec le parti pris de Ban Ki-moon, qui avait suscité la protestation du Maroc. La nomination d’un nouvel envoyé spécial pour le Sahara s’inscrit dans cette volonté de remettre sur les rails le processus de résolution de ce dossier. L’évolution des relations a été confirmée lors du rendez-vous annuel de la présentation du rapport du SG de l’ONU et du vote de la résolution concernant ce dossier par les membres du Conseil de sécurité. Cette année, la tension a été moins ressentie. Rabat ayant décrédibilisé sur le terrain les allégations des adversaires de l’intégrité territoriale et leurs manœuvres visant à élargir les missions de la Minurso à certaines questions comme les droits de l’Homme. Résultat: la résolution du Conseil de sécurité a donné raison au Maroc. «Le texte réaffirme clairement les paramètres du processus politique tels que définis depuis 2007», selon la réaction officielle de la diplomatie marocaine.
Parallèlement, Rabat poursuit ses efforts sur le terrain. Dans les trois régions du Sahara, le nouveau modèle de développement, doté de 77 milliards de DH, a été mis en marche. Plusieurs projets structurants, prévu par ce programme, sont actuellement en cours de réalisation.

                                                                    

■ Antiterrorisme: Tolérance zéro

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Les coups de filet se succèdent pour le Bureau central des investigations judiciaires (BCIJ). Depuis la mise en place de cet organe, dirigé par Abdelhak Khiam, les démantèlements des cellules terroristes sont régulièrement annoncés. Durant cette période, le BCIJ a réussi à mettre la main sur plus de 42 cellules terroristes et plus de 548 personnes. Ce qui a permis d’épargner le Maroc d’attentats sanguinaires, qui étaient déjà en préparation.
L’une des cellules démantelées début 2017 prévoyait de faire du pays une base arrière de Daesh. Lors de multiples descentes des forces du BCIJ, les armes saisies constituent un véritable arsenal de guerre: pistolets, mitrailleuses, munitions, armes blanches, ceintures explosives… Le rôle de cet organe a été aussi décisif à l’international, notamment en matière de coopération avec les services de sécurité européens et africains. Cette coopération ne se limite pas à l’antiterrorisme, dans la mesure où  le BCIJ a réussi le coup de l’année, en faisant tomber un réseau international de trafic de cocaïne, avec une saisie record de 2,5 tonnes.

 

 

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