Economie

Balance commerciale: L’euro conforte sa position à l’import

Par Abashi SHAMAMBA | Edition N°:5178 Le 28/12/2017 | Partager
Elle pèse 55% des règlements malgré le poids de la facture énergétique
Le statu quo du régime de change du dirham entraînera des dégâts
L’Espagne reste le premier fournisseur du Maroc devant la France
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Au titre des 4 dernières années, l’euro a été la première devise de facturation des importations du Maroc avec en moyenne 50,6% du total des importations, suivi du dollar avec 46,1%

La question du panier de cotation ne s’était pas, à juste titre, invitée dans le débat sur la réforme avortée de la flexibilisation du dirham en juillet dernier. Dès le départ, les autorités monétaires avaient indiqué que les pondérations de devises composant le panier resteraient inchangées: 60% pour l’euro et 40% pour le dollar.

Ces coefficients correspondent à la structure de devises de facturation des transactions commerciales avec le reste du monde. Les données publiées par l’Office des changes portent sur l’exercice 2016. 58,2% des échanges de marchandises avec l’extérieur étaient libellés en euro, soit 3 points au-dessus du niveau de 2015. La part du dollar s’élevait à 37,8%. C’est 2,2 points moins que sa pondération dans le panier de cotation du dirham. Face au «duel» entre le dollar et l’euro, les autres devises pèsent très peu:4%.

Cette photographie représente avant tout la géographie du commerce extérieur du Maroc tourné pour plus de 60% vers l’Europe. Elle renseigne par ailleurs sur le poids international du dollar et de l’euro en attendant la montée en régime de la monnaie chinoise, même si la part de la devise européenne dans les réserves des banques centrales reste limitée, autour de 20%. Il faudra attendre que l’intégration du RMB dans le panier du DTS (droit de tirages spéciaux) au Fonds monétaire international produise des effets pour menacer la suprématie du dollar.

Sur la période observée par l’Office des changes (2013-2016), l’on notera clairement une percée de l’euro dans les importations marocaines. La monnaie européenne est devenue la première devise de facturation à l’importation avec une moyenne de 50,6% contre 46% pour le dollar. La rupture est très nette en 2016: 55% des achats à l’étranger étaient libellés en euro. Voilà qui renforce encore plus les arguments en faveur d’une plus grande agilité du cours du dirham.

Car économiquement, le renvoi aux calendes grecques de la réforme sur la flexibilisation du régime de change prive les entreprises marocaines d’un outil de pilotage de leur business. Plus grave, cela équivaut de fait, à une prime à la création de richesses chez nos fournisseurs au vu de l’explosion des importations de biens de consommation courante et des engagements internationaux du pays par les accords de libre-échange. Pour les secteurs exposés à la compétitivité-prix sur les marchés internationaux, la rigidité du taux de change du dirham peut constituer un véritable obstacle.

Si la facture des produits énergétiques «protège» la position du billet vert, son recul au profit de l’euro s’explique par la spectaculaire progression des importations en composants automobiles destinés à l’usine de Renault à Tanger. A cela, il faut ajouter les achats de voitures de tourisme (85,5% des unités) et l’impact de la diversification du sourcing des importations des céréales. La part des facturations du blé importé est passée à 62,4% en 2016. Elle était à 57,8 points de pourcentage l’année précédente.

Qui sont nos grands fournisseurs

Les importations sont concentrées sur moins de dix pays (9 exactement). Ils représentent 64% du total. L’Espagne est le premier fournisseur des marchandises du Maroc avec une part de 15%, suivie de la France (12,5%), confirmant le recul des positions durant la deuxième moitié des années 2000.
La Chine arrive au troisième rang des fournisseurs du Royaume (9,6% de part de marché) devant les Etats-Unis (6,6%). L’«usine du monde», malgré la réorientation de son modèle économique reste un acteur-clé dans le système de production mondial, de l’électroménager à l’électronique. Les positions de la Chine sont montées avec la croissance du trafic conteneurisé. Comme toute l’Asie, le sourcing chinois est libellé essentiellement en dollar. Les importations provenant de Chine sont réglées pour 76% en billet vert. La différence tient probablement à la complexité de l’architecture du commerce international dominée par des intermédiaires.  
Derrière ces quatre pays viennent l’Allemagne (6% de part de marché), l’Italie (5,1%), la Turquie (avec laquelle le Maroc est lié par un accord de libre-échange) et le Portugal. Ces origines sont largement dominées par la facturation en euro, à l’exception de la Turquie.

 

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