International

Neutralité du Net: La libre-concurrence face à la libre-information

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5173 Le 21/12/2017 | Partager
La liberté défendue par les deux camps
Les consommateurs vont devoir payer pour le bénéfice des «Big Tech Firms»
Un marché oligopolistique
neutralite_du_net_073.jpg

La bataille pour Internet fait rage aux Etats-Unis depuis l’abolition de la neutralité du Net(1) par la FCC (Federal Communication Commission). Le régulateur et les défenseurs de la neutralité du Net se disent tous les deux pour le principe de la liberté. Normal, les Américains se battent toujours pour la liberté.

D’une part, la FCC veut déréguler le marché pour «encourager la concurrence, l’investissement et l’innovation» des fournisseurs d’Internet. D’autre part, les gardiens de la neutralité d’Internet y voient la fin d’une ère de libre-circulation de l’information et de la connaissance. Les deux positions ne sont pas à court d’arguments.

Ceux qui d’entre eux s’opposent à la neutralité du Net avancent le fait que la réglementation donne à l’Etat le droit de contrôler les flux de données. L’idée est qu’on ne peut pas contrôler l’usage de ce pouvoir par le gouvernement. Il demeure que l’enlever à l’Etat pour le mettre entre les mains d’acteurs privés est loin de résoudre le problème. Alors que le gouvernement est redevable au citoyen, le fournisseur d’Internet ne rend compte qu’à ses actionnaires.

La FCC affirme aussi qu’une réglementation du marché d’Internet limite la liberté du marché, l’investissement et la croissance. L’institution reconnaît le risque que les fournisseurs puissent utiliser leur pouvoir pour surfacturer l’accès à quelques sites ou même les bloquer.

Elle estime toutefois que les firmes qui auront recours à de telles pratiques verront leurs clients déserter vers la concurrence. Le «Financial Times» constate la faiblesse de ce raisonnement. «Seule la moitié des Américains ont accès à plus d’un fournisseur d’Internet. La plupart de l’autre motié sont desservis par de paresseux duopoles».

«Il est néanmoins vrai que le traitement égalitaire qu’implique la neutralité du Net crée de l’injustice», précise le «Financial Times». «Seules deux firmes, Netflix et Youtube, consomment la moitié de la bande passante d’Internet. Malgré cela, les fournisseurs d’accès à Internet ne peuvent pas leur faire payer ce monopole. Ils peuvent utiliser ce revenu additionnel pour améliorer l’infrastructure». Sauf que si la neutralité du Net n’est plus à l’ordre du jour, ce ne sont pas les firmes «Big Tech» qui vont devoir payer pour le bénéfice que leur confère l’accès à Internet, mais le consommateur. 

Les défenseurs de la neutralité du Net avancent quant à eux un argument loin de toute analyse économique. Une position simple mais claire Il s’agit d’un droit de l’Homme. Le gouvernement doit veiller à ce qu’aucune entité ne puisse avoir le contrôle de l’information disponible. Il y va de la liberté d’expression. Sans la neutralité, les fournisseurs d’Internet vont pouvoir diviser le réseau en des voix rapides et d’autres lentes.

Ils peuvent ralentir ou bloquer n’importe quel contenu posté par une firme rivale ou une organisation politique indésirable. Les entreprises ayant le plus de moyens seront également privilégiées au détriment des startups. L’égalité n’équivaut souvent pas à l’équité, ni à la liberté. Elle comporte néanmoins toujours une douce saveur de justice.

---------------------------------------------------------------------

(1)   La neutralité du Net a été abolie par la FCC au 14 décembre 2017. C’est une réglementation qui oblige les fournisseurs d’Internet à traiter toute l’information de manière égalitaire.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc