Analyse

Produits du terroir: Accélération de la valorisation dès 2018

Par Nadia DREF | Edition N°:5171 Le 19/12/2017 | Partager
Un 4e programme de mise à niveau ciblant 130 coopératives prévu
Plateformes logistiques et commerciales, partenariats avec les GMS…, les axes
Détail du plan d’action de l’Agence de développement agricole
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Les visiteurs du pavillon marocain au Sial Moyen-Orient qui s’est tenu du 12 au 14 décembre à Abu Dhabi étaient impressionnés par le packaging, la qualité des produits labélisés et surtout leur caractère bio (Ph. ADA)

Nouveaux packagings, labellisation, appui marketing et commercial, formation, accompagnement des groupements… Le Maroc parie sur les produits du terroir, un des piliers de l’économie solidaire. En atteste l’intérêt porté à sa valorisation et sa promotion tant au niveau national qu’international.

«Depuis l’avènement du Plan Maroc Vert, nous assistons à une révolution au niveau des produits du terroir. Cette stratégie s’est traduite par une importante mise à niveau de coopératives et de groupements d’intérêts économiques. Nous insistons beaucoup sur la qualité, la traçabilité et le respect de l’étiquetage», fait valoir El Mahdi Arrifi, directeur général de l’Agence de développement agricole (ADA).

D’ailleurs, le Pilier II du Plan Maroc Vert a érigé le développement de cette filière en tant qu’objectif prioritaire de la stratégie nationale. Et pour cause, c’est une alternative prometteuse pour un développement local viable et durable, particulièrement dans les zones éloignées et difficiles.

Ce sont les femmes issues du monde rural, dont une grande partie est analphabète ou sous-scolarisée, qui en profitent le plus. «Nos vies ont complètement changé après la création de notre coopérative dédiée à la fabrication artisanale du couscous, du miel et des huiles. La demande locale est très importante. Pour ce qui est de l’export, nous comptons énormément sur notre première participation au Sial Moyen-Orient pour tester le marché et nous espérons prendre part à d’autres manifestations internationales», confie Zahra Rguig, trésorier de la coopérative Jawharat Ennahl, sise à Sidi Kacem.

Safran, huile d’olives, huile d’argan, couscous, miel, dattes, olives conditionnées, henné, huiles essentielles, cosmétiques bio… le «made in Morocco» profite des potentialités que recèle le pays en matière d’écosystèmes propices, de biodiversité variée et de savoir-faire dans le domaine.

Une liste de plus 325 produits du terroir a été recensée dans le cadre des études régionales d’identification des produits du terroir. Ces derniers bénéficient tous de l’agrément de l’ONSSA. «Le processus de référencement auquel les coopératives sont soumises est très exigent et nous prend beaucoup de temps. Mais à la fin, nous sommes satisfaits des résultats obtenus, tant au niveau de la qualité que de la satisfaction du client», insiste Abdelkader Abbouchi, représentant de la Coopérative Tizi d’huile d’olive, sise à Oujda. 

«Ce qui nous encourage davantage à aller de l’avant, c’est l’impact positif sur la  vie des adhérents des coopératives. La femme rurale représente 55% des bénéficiaires. A titre d’exemple, les revenus issus de l’argan se sont multipliés par 3 ou 4 dans certaines régions depuis le lancement du Plan Maroc Vert», fait valoir El Mahdi Arrifi.

Ces résultats sont le fruit d’une stratégie de développement des produits du terroir élaborée par le ministère de l’Agriculture dans le cadre du Plan Maroc Vert.  Pour tirer profit au maximum des potentialités offertes par ces produits, cette feuille de route est portée par l’ADA. Elle vise à revisiter le mix marketing des produits en apportant des améliorations aux produits, au packaging, à la tarification, à la promotion et à la mise en valeur de la labellisation. Autre objectif: trouver les voies d'accès aux marchés en créant une courroie de transmission entre producteurs et distributeurs tout en ciblant le marché local et l’export.  Et ce, pour mieux pérenniser l’investissement.

Pour ce faire, ladite stratégie s’articule autour de cinq leviers d’intervention prioritaires situés à différents niveaux de la chaîne de valeur. Le premier porte sur le développement et la mise à niveau des groupements de produits de terroir ainsi que le développement de partenariats d’agrégation.

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S’y ajoute la création de plateformes logistiques régionales à proximité des producteurs. L’amélioration de l’accès aux marchés de la distribution moderne au niveau national et à l’international a été identifiée en tant que troisième levier. L’appui aux efforts de labellisation en s’assurant notamment de la reconnaissance des labels et de leur bonne lisibilité par les consommateurs ainsi que la réalisation de campagnes institutionnelles pour assoir la notoriété des produits du terroir auprès du grand public sont autant de mesures portées par cette stratégie. Qu’en est-il de l’état d’avancement de cette stratégie? L’ADA nous livre le détail des programmes et actions mises en place ainsi que le plan d’action 2018. Détails:

■ Mise à niveau et GIE
En 2018, l’ADA compte lancer le quatrième programme de mise à niveau des Groupements d’intérêt économique (GIE). Il cible 50 nouveaux groupements composés de plus de 130 coopératives. Ce programme apporte un soutien et un accompagnement aux producteurs, notamment dans les domaines de la gouvernance, l’organisation, la valorisation, le marketing et le financement. Les bénéficiaires sont formés à tous ces aspects par des experts. Ils se voient également concocter des plans d’affaires répartis sur 5 ans ainsi que des prototypes de propositions de packaging et d’outils de communication (brochures, cartes de visite, sites web…) et ce, afin de pérenniser leurs activités et de réussir leur montée en gamme. Ces groupements sont également appelés à respecter la règlementation en vigueur en matière d’étiquetage.
Les trois programmes de mise à niveau, réalisés à ce jour, ont concerné 130 GIE regroupant plus de 500 coopératives représentant plus de 20 filières de production réparties au niveau des 12 régions.

■ Mise en place de plateformes logistiques et commerciales (PLC)
Après Meknès, Al Hoceïma et Oujda, l’Agence de développement agricole travaille sur la généralisation de la mise en place de plateformes logistiques et commerciales (PLC). L’année 2018 correspond à l’accélération de la mise en œuvre de toute la stratégie. Ce programme a pour objectif de regrouper l’offre des produits du terroir et de massifier les flux. Ces plateformes permettront, entre autres, d’améliorer la qualité du service logistique, de diminuer les coûts liés à la logistique de ces produits et d’acheminer les produits du terroir vers les centres de distribution nationaux et internationaux. Et ce, dans les meilleures conditions permettant ainsi de préserver la qualité organoleptique et sanitaire des produits.
Pour favoriser l’accès aux marchés des produits alimentaires, l’ADA a également créé deux consortiums dédiés à l’argan à Agadir et Essaouira. Un troisième consortium est en cours de création portant sur le cactus d’Aït Baamrane. Ce projet est financé par la Suisse et géré par l’Onudi. Par ailleurs, d’autres consortiums ciblant d’autres filières verront bientôt le jour, notamment ceux de l’huile d’olives et des plantes aromatiques et médicinales.  

■ Accompagnement à l’accès aux circuits de distribution
Ce programme d’accompagnement pour l’accès aux grandes et moyennes surfaces (GMS) a permis de référencer plus de 325 produits du terroir. «Nous avons signé des partenariats avec Marjane et le groupe Label’Vie qui se sont engagés à commercialiser ces produits et leur dédier des espaces exclusifs», a annoncé Khadija Bendriss, directrice de Développement et Marketing de l’ADA. Ainsi, 150 produits ont été sélectionnés par le réseau Marjane qui prône une nouvelle approche régionale. Ces produits seront dispatchés sur quatre zones (Nord, Oriental, Sud et Centre) pour une meilleure équité. Ils ont été choisis à des fins alimentaires (huile d’argan, huile d’olive, miel, couscous, dattes, câpres, plantes aromatiques et médicinales…) ou encore cosmétiques (produits dérivés d’argan, huile de figue de barbarie et dérivés, eaux florales, huiles essentielles…). Aswak Assalam commercialise également ces produits.
Pour booster les ventes, des actions de communication et de promotion sont prévues d’ici la fin de l’année dans les points de vente. D’autres campagnes promotionnelles sont prévues également pendant les périodes de Chaâbane et Ramadan pour familiariser la clientèle avec ces produits et la reconnaissance du label, gage de qualité. Ces actions ont permis de réaliser un chiffre d’affaires de 4 millions de DH en 2013 au sein de ces GMS, 10 millions de DH en 2014 et près de 14 millions de DH en 2015.

■ Marché solidaire Oasis: 21 Millions de DH de chiffre d’affaires
Le premier marché solidaire à Casablanca, lancé au quartier L’Oasis sur deux niveaux, connaît un franc succès. Le chiffre d’affaires réalisé depuis son ouverture à fin novembre dernier porte sur 21 Millions de DH. Pour l’année 2017, la Fondation Mohammed V table sur un chiffre d’affaires de 24 Millions de DH boosté par les cadeaux de fin d’année. A ce jour, l’ADA a référencé 300 produits du terroir. «Nous sommes aussi sollicités par d’autres groupements solidaires issus d’autres régions pour les accompagner dans le processus de référencement de leurs produits», fait valoir la directrice de Développement et Marketing de l’Agence de développement agricole. Pour répondre à une offre assez exhaustive, un autre marché solidaire sera bientôt créé par la Fondation Mohammed V à Salé.

■ Appui aux efforts de labellisation
L’ADA a créé un label collectif Terroir du Maroc enregistré en tant que marque au niveau de l’Ompic et de l’OMPII. L’objectif est de régulariser l’usage de l’image du «made in Morocco». Ce label est renouvelable tous les trois ans pour favoriser le suivi de la qualité. Ce label collectif a été octroyé à 192 produits. L’ADA vise à s’assurer de la reconnaissance des labels et leur bonne lisibilité par les consommateurs.

Promotion et digitalisation

L’ADA mise également sur la digitalisation de la promotion dès 2018. Pour ce faire, elle lancera dès l’année prochaine une trentaine de boutiques en ligne. Celles-ci s’ajouteront aux 20 points de vente existants et opérationnels. Rappelons que l’Agence avait signé une convention avec Barid Al Maghrib pour sécuriser le paiement électronique par carte et la distribution via Al Amana. «Nous avons été approchés par des sites marchands privés désireux de vendre en ligne les produits du terroir. Malheureusement, les discussions n’ont pas abouti sur des accords. L’ADA exige la conclusion de conventions qui garantissent les intérêts du privé et des coopératives. Ce qui ne plaît pas aux sites marchands», argue Khadija Bendriss. D’ailleurs, il est de notoriété publique que les coopératives sont en permanence menacées par l’exploitation des grossistes et des intermédiaires qui récoltent la majorité des bénéfices.
L’année 2018 verra également l’organisation de la troisième édition du concours marocain des produits du terroir, organisé tous les 2 ans. Il est également prévu la remise des médailles lors du Siam 2018 à Meknès. S’y ajoute la réalisation de campagnes institutionnelles pour asseoir la notoriété des produits du terroir auprès d’un large public.

                                                                           

«Nous travaillons sur la diversification de l’offre Maroc»

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 El Mahdi Arrifi, directeur général de l’Agence de développement agricole (Ph. ADA)

- L’Economiste: Vous venez d’être nommé à la tête de l’ADA. Comment se déclinera le plan d’action pour 2018?
- El Mahdi Arrifi:
Les années 2018 et 2019 seront marquée par l’accélération de nos actions. Nous travaillons déjà sur la diversification de l’offre Maroc des produits du terroir. D’abord, toucher d’autres coopératives qui ont besoin d’accompagnement et de mise à niveau. Un deuxième axe concerne le renforcement de l’accès au marché local, à travers les salons nationaux, notamment le salon Siam de Meknès. D’ailleurs, nous avons déjà entamé les préparatifs pour l’édition prochaine. Les différents salons régionaux organisés par les différentes délégations du ministère représentent également une grande opportunité pour les groupements de se faire connaître et de fructifier leur business. Pour les salons internationaux, nous travaillons sur le salon d’Abu Dhabi et celui de Paris (SIAP) ainsi que la semaine verte de Berlin. Notre but est de rassurer davantage sur la qualité de ces produits qui respectent les normes d’hygiène.
- Comment augmenter davantage l'espace alloué et une meilleure rotation des produits?
- Pour améliorer l’accès au marché local, nous sommes actuellement dans une voie de régionalisation des conventions avec les grandes et moyennes surfaces. Nous établissons un référencement de coopératives et de produits par région. A ce jour, plus de 257 coopératives sont référencées GMS. Nous continuerons dans cette voie pour ouvrir plus d’espaces à ces groupements pour commercialiser leurs produits. S’y ajoute le renforcement à l’accès au marché solidaire qui offre de bonnes opportunités aux coopératives. Pour les plateformes logistiques et commerciales, notre ambition est d’élargir cette offre à d’autres régions à proximité des agropoles. Ce qui permettra de réduire les coûts de transports et de packaging. Sur le plan institutionnel, nous visons le renforcement du travail avec l’Onssa sur le plan du contrôle sanitaire. Nous misons également sur les délégations régionales de l’Agriculture pour accompagner davantage de coopératives et de GIE qui n’ont pas encore bénéficié de mise à niveau et d’encadrement. Sachant que le ministère construit et équipe des centres de valorisation de produit du terroir. Depuis le lancement du PMV, plus de 253 unités dédiées aux projets d’agriculture solidaires et des produits du terroir ont été créées.
Propos recueillis par Nadia DREF

 

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