Société

Don d’organes: Le flou juridique persiste

Par Stéphanie JACOB | Edition N°:5170 Le 18/12/2017 | Partager
Absence de textes de loi, et aussi manque de sensibilisation
Un sujet de santé publique majeur, pourtant négligé par les citoyens
Atteinte à l’intégrité du corps, manque de confiance… les raisons avancées
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Nasser Samkaoui, qui est à la fois président du Comité greffe d’organes et de tissus humains et chef du service réanimation au CHU Mohammed Vl de Marrakech, a répondu à l’appel des étudiants de l’Institut des hautes études paramédicales du Sud, pour présenter les avancées au Maroc sur cette question encore trop négligée et ignorée par les citoyens (Ph. Mokhtari)

Que disent la science, la religion et la loi du don d’organes? Pour parler de ce sujet de santé publique majeur, qui est malheureusement négligé et ignoré par les citoyens, les membres du bureau des étudiants (BDE) de l’Institut des hautes études paramédicales du Sud (IHEPS) ont souhaité organiser une conférence sur ce thème à Marrakech.

En collaboration avec l’Association marocaine de la transplantation cardiaque (AMTC), il s’agissait pour ces jeunes, âgés de 18 à 23 ans, de donner l’exemple à leur génération et de sensibiliser le grand public, encore trop frileux sur cette question. La première transplantation rénale au Maroc date de 1985. Comme l’explique le président du Comité greffe d’organes et de tissus humains et chef du service réanimation au CHU Mohammed Vl de Marrakech, Nasser Samkaoui, «nous sommes arrivés tard au Maroc sur ce sujet.

En cause, l’absence de textes de loi, mais aussi le manque de sensibilisation du public, de coordination et de formation des médecins et du personnel soignant». Aujourd’hui, si les réticences persistent, les avancées chirurgicales sont indéniables. Mais le prélèvement sur une personne en état de mort encéphalique, le premier ayant été fait en 2010 au CHU de Casablanca, reste le cas de conscience.

«Sur les 33 millions de citoyens au Maroc, nous comptons, en 2015, 11 donneurs décédés prélevés, ce qui représente 0,34% de la population», déclare la présidente de l’Association marocaine de don d’organes et de tissus (AMDOT), Samya El Alami.

Ajoutant que «la mauvaise compréhension du sujet, le manque de confiance, les mauvaises conditions d’accueil des patients dans les hôpitaux et surtout le sentiment d’atteinte à l’intégrité du corps sont les principales raisons de ce désengagement».

En effet, sans l’expression de son vivant de l’accord d’une personne à faire don de ses organes auprès du président du tribunal de première instance, c’est à la famille de faire ce choix. Alors 2,6% seulement des patients dialysés sont inscrits sur la liste d’attente pour une greffe rénale.

Pourtant, l’hémodialyse coûte à la société bien plus cher que la greffe. Au terme de la première année, le coût de la greffe rénale est en effet 4 fois moins cher que la dialyse, facturée 850 DH la séance, à raison de 3 séances hebdomadaires, soit 10.200 DH par mois.

Si l’intérêt financier, pour l’Etat comme pour le malade, n’est plus à prouver, le don d’organes est avant tout l’acte médical de la dernière chance. Actuellement, des milliers de personnes, atteintes de maladies pour lesquelles il n’existe aucun traitement efficace, finissent par mourir à défaut de greffe.

L’objectif est donc d’inviter chaque citoyen marocain à prendre position vis-à-vis du don d’organes, puis à faire connaître sa décision à sa famille et à ses proches, pour finalement contribuer à l’extension d’une méthode de soins qui change radicalement la vie des receveurs.

 

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