Competences & rh

Talents marocains à l’étranger: Des aspirations salariales très élevées

Par Tilila EL GHOUARI | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
41% des diplômés des écoles françaises visent plus de 30.000 DH comme premier salaire
Or, le marché offre à peine le tiers de cette prétention salariale
Plus de la moitié souhaitent intégrer une multinationale
talents_marocains_066.jpg

La majorité des jeunes marocains étudiants ou lauréats de grandes écoles françaises envisage de retourner au Maroc. Plus de la moitié compte rentrer dans plus d’un an, tandis que 16% prévoient de le faire incessamment

Qu’ils soient issus d’écoles de commerce ou d’ingénierie, pour les séduire, la recette est la même. De hauts salaires et des perspectives d’évolution attractives. Les jeunes Marocains lauréats et étudiants de grandes écoles françaises prétendent à des rémunérations élevées au Maroc.

Selon l’enquête du jobboard et organisateurs du forum des compétences marocaines du monde, «Careers in Morocco», ils sont 41% à lorgner un premier salaire de plus de 30.000 DH net par mois. 13% demandent, pour leur part, plus de 20.000 DH. La même proportion souhaite entre 15.000 et 20.000 DH (voir illustration).

Néanmoins, entre leurs aspirations salariales et les réalités du terrain, le gap est énorme. «Pour des jeunes fraichement diplômés, nous n’accordons pas des salaires aussi élevés. Nous démarrons, généralement, à 12.000 DH pour des ingénieurs formés dans des écoles marocaines, et nous offrons tout juste un peu plus pour ceux formés à l’étranger», précise Imane Loubane, directrice du département recrutement, mobilité et gestion des carrières à LafargeHolcim Maroc.

«Leurs prétentions salariales peuvent être comprises, car ces jeunes ont beaucoup investi dans leurs parcours et se comparent à leur environnement actuel», précise Zakia Hajjaji, DRH chez Orange Maroc. «De notre côté, nous proposons un salaire moyen de 10.000 DH pour les sorties d’école. Cette rémunération varie en fonction des stages qu’ils ont passé durant leurs cursus, et que nous valorisons», poursuit-elle.

Une récente enquête auprès de jeunes diplômés marocains a relevé que les premiers salaires sont généralement très bas. Près du tiers touchent un salaire de 4.000 DH ou moins, alors que seulement 7% décrochent plus de 15.000 DH (voir L’Economiste N°5067 du 18 juillet 2017).
Les domaines d’activité de prédilection de ces jeunes sont le consulting, la banque et finance et les nouvelles technologies. Plus de la moitié souhaitent débuter leur carrière au sein d’une multinationale. Les noms des entreprises qui reviennent le plus sont le cabinet d’audit EY, Orange, Nestlé, Procter&Gamble, Total, Renault, LafargeHolcim, Coca-Cola, Atos, Crédit Agricole, ou encore, IBM.

«En ce moment, nous avons besoin de recruter. Nous sommes à la recherche de talents pour répondre à la demande de nos différents départements, que ce soit en ingénierie, en finance, en marketing, ou encore, en logistique», informe Imane Loubane. «L’an dernier, nous avons embauché 50 personnes, et nous continuons toujours sur cette tendance», précise Rachid Khattate DRH de Nestlé Maghreb.

«Nous recrutons des personnes spécialisées en marketing, gestion de consommateurs, en finance, le plus important pour nous est que les nouvelles recrues soient à même d’apporter leurs savoir-faire et savoir-être dans notre entité», souligne-t-il. Une autre partie des répondants (16%) est attirée par un poste au sein d’une startup.

Ce type de structure, au cœur des débats cette dernière décennie, est considéré comme un Eldorado pour certains. Moins de hiérarchie, souplesse et innovation sont généralement associées à ces entreprises. Elles donnent plus d’autonomie aux collaborateurs, et des perspectives d’évolution attractives. Et c’est ce que recherchent le plus ces jeunes après les hauts salaires.

En revanche, la fonction publique semble perdre des points auprès des Marocains ayant étudié en France. Seulement 13% veulent travailler au sein de l’administration publique. Les petites structures (PME/PMI), elles aussi, n’ont pas vraiment la cote auprès de cette nouvelle génération. Ils sont 12% à vouloir intégrer ce type d’entreprise. Par ailleurs, une minorité d’entre eux (6%) a la fibre sociale, et a pour objectif de travailler dans une ONG.

talents_marocains_etrangers_066.jpg

Seulement 9% des compétences marocaines résidant en France accepteraient un premier salaire entre 10.000 et 15.000 DH net. La génération Z est à la fois exigeante et ambitieuse. Plus de 41% des répondants prétendent à des salaires supérieurs à 30.000 DH

Les objectifs de carrières sont différents pour tout un chacun. Cependant, plus de la moitié s’accordent à dire qu’avoir un bon équilibre vie professionnelle et personnelle est une priorité. Le tiers place la sécurité et la stabilité de l’emploi comme critères prioritaires. Tandis que 10% souhaitent rentrer pour lancer leur propre projet.

«Cette tendance est accentuée par leur volonté d’être indépendants et leur envie de relever de nouveaux défis», indique Hamza Idrissi, fondateur de Careers in Morocco. A peine 3% considèrent le retour au Maroc comme une motivation et objectif de carrière. Cette génération Z, est également soucieuse de la responsabilité et des types de missions qui lui sont confiés (27%). Elle est stimulée par les défis du quotidien et entend donner du sens à son rôle en entreprise. Pour y parvenir, elle recherche davantage de challenges à relever et de responsabilités.

Contre toute attente, la majorité des jeunes sondés prévoit de rentrer prochainement au pays. Ils sont plus de la moitié à envisager un retour dans plus d’une année. Seulement 9% n’ont aucune visibilité sur la durée de leur séjour en France (voir illustration).

«Nous recevons des candidatures des jeunes diplômés des écoles de commerce et d’ingénieurs en France. Mais la majorité des profils que nous traitons n’ont, à leur actif, que quelques années d’expérience à l’étranger», informe la DRH de LafargeHolcim Maroc. Ils sont donc nombreux à vouloir rentrer alors qu’ils sont encore au stade junior.

 Méthodologie

L’enquête a été réalisée entre mars et juillet 2017 auprès d’un échantillon de 500 étudiants et lauréats marocains. Ces jeunes sont issus des plus grandes écoles de commerce et d’ingénierie françaises, à savoir: Polytechnique Paris, Centrale Paris, Mines, Ecole des Ponts, Arts et Métiers, Télécom Paris Tech, Supélec, INSA Lyon, HEC, ESSEC, ESCP et Emlyon. Plus de la moitié des répondants sont âgés de plus de 22 ans, le reste a entre 18 et 22 ans. 58% des jeunes interrogés sont issus des écoles de commerce, tandis que 40% ont suivi une formation en ingénierie. Parmi les jeunes répondants, 78% sont des hommes. L’enquête, que L’Economiste publie en exclusivité, a été réalisée par le jobboard «Careers in Morrocco».

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc