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Comment l’ONCF redimensionne son réseau de gares

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
Des prouesses techniques, architecturales et urbanistiques à la fois
Les gares, espaces de vie et de voyages
L’effet stimulant de la LGV
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La gare Rabat-Ville ne fait pas partie du pack LGV. Cependant, l’ONCF construira une nouvelle gare (voir maquette) et transformera l’ancienne en musée ferroviaire (Source: ONCF)

Avant même sa mise en service commerciale, prévue l’été prochain, la ligne grande vitesse (LGV) commence à produire ses effets. L’un des premiers signaux visibles à l’œil nu porte sur la construction d’une nouvelle génération de gares, qui ont nécessité la mobilisation de 2,49 milliards de DH pour leurs réalisations.

Ce montant comprend également le budget consacré au réaménagement de la gare de Rabat-Ville (630 millions de DH), même si la LGV n’y fait pas escale. Les villes concernées par le train rapide sont Tanger, Kénitra, Rabat-Agdal et Casa-Voyageurs. Les gros œuvres des quatre ouvrages sont terminés. Les gares sont construites avec des sous-sols destinés aux commodités pour les ablutions et lieux de prière et des locaux pour la maintenance de l’ONCF.

A proximité, des parkings souterrains pour le stationnement des véhicules. La billetterie est au rez-de-chaussée, parfois au premier étage. L’état d’avancement du projet global dépasse 70%. Elles seront toutes équipées d’ascenseurs, d’escalators et d’escaliers pour accéder aux étages ou aux sous-sols. Le visiteur est frappé par la prédominance du béton armé (constructions antisismiques) et des charpentes métalliques qui laissent entrevoir le ciel.

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La gare d’Agdal serait la plus grande du Maroc et d’Afrique. Elle est dotée de 10 voies pour recevoir 10 trains à la fois et dimensionnée pour accueillir, à l’horizon 2030, entre 25 et 30 millions de voyageurs par an, contre 7 millions actuellement (Ph. Bziouat)

Elles sont visibles de loin, agrémentées d’un immeuble sous forme de tour. Selon le nouveau concept, toutes ces gares disposent de grandes esplanades à l’entrée. Les sous-sols sont équipés de parkings dont les capacités d’accueil varient en fonction des villes. Les architectes ont voulu que chaque gare développe son cachet particulier. La façade de celle de Kénitra dispose de 8 arches, conçues «sous forme de verrière où tout est transparent», note Badreddine Bertul, responsable des gares LGV (Tanger, Agdal et Kénitra).

Dans sa conception, cette nouvelle génération vise à déclencher un développement urbanistique  et opérer une couture entre les deux rives de la gare. C’est valable pour l’Agdal, Casa-Voyageurs et Kénitra. « Nous disposons de gares bicéphales. C’est bien de déclencher ce nouvel urbanisme surtout pour la rive qui est la moins développée, en lui permettant d’amorçer un nouveau départ», note Mohamed Rabie Khlie, DG de l’ONCF. Dans ces gares, une passerelle est prévue pour les non-voyageurs. Le but est d’assurer la jonction entre les deux parties, permettant ainsi aux citoyens de circuler entre les deux rives.

L’objectif du projet de la LGV, né d’une vision royale, est de relier deux métropoles, le Grand Casablanca et le pôle économique émergent de Tanger, avec des temps de parcours qui permettent de rétrécir la carte du Maroc: Tanger-Casablanca en 2 h 10 min (actuellement plus de 5h), Tanger-Rabat en 1h10 et Tanger-Kénitra en 52 minutes! Incontestablement, les architectes ont visiblement privilégié l’immensité. En effet, à l’intérieur de ces ouvrages, l’impression est celle d’un aéroport international ou une grande gare européenne. Les concepteurs ont dimensionné les lieux pour recevoir des flux croissants de voyageurs au cours des prochaines années.

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En pleins travaux, le site de la gare Casa-Voyageurs sera l’un des fleurons de la nouvelle offre ONCF (Ph. Bziouat)

Initialement, les nouvelles gares ne figuraient pas dans le périmètre du projet. Toutefois, avec le retour d’expérience des structures développées à Marrakech et à Casa-Port, il a été jugé plus opportun d’engager des études et de lancer des concours à l’international pour le choix des architectes.

Il fallait accompagner le projet de la LGV et permettre un départ d’un nouvel urbanisme autour de ces nouvelles gares qui sont d’une taille importante. Si les gares de Casa-Voyageurs, Kénitra et Tanger sont similaires à Casa-Port, celle de «l’Agdal serait la plus grande gare du Maroc et de l’Afrique. C’est deux fois Casa-Port», précise le DG de l’ONCF.

Le prolongement de la LGV jusqu’à Marrakech est à l’étude. L’accompagnement des Français a été efficace. «A l’avenir, nous n’aurons plus besoin de cette assistance. Les Marocains, qui sont aguerris, s’occuperont de tout», souligne Badreddine Bertul, responsable des gares LGV (Tanger, Agdal et Kénitra). Pour lui, la gare est un acteur urbain qui va faciliter la mobilité et offrir aux voyageurs un cadre de vie. Cette nouvelle génération sera équipée de panneaux photovoltaïques qui vont assurer 20% de la consommation d’énergie.

                                                                                 

La LGV au détriment du réseau classique?

LA greffe de la LGV sur les lignes classiques prendra-t-elle? La crainte de voir un chemin de fer à deux vitesses se fait de plus en plus sentir. Le risque de voir la LGV se développer au détriment des lignes conventionnelles revient avec insistance. Sur cette question, le DG de l’ONCF est formel: «Le projet de train à grande vitesse Tanger-Casablanca ne se fera pas au détriment de la modernisation du réseau actuel. Bien au contraire, il constitue une suite logique et s’inscrit parfaitement dans notre stratégie de développement».

Pour convaincre, Mohamed Rabie Khlie rappelle le doublement du trafic dans le transport ferroviaire en moins d’une décennie, accompagné d’un renforcement considérable de l’offre face à une demande sans cesse croissante. Néanmoins, cette évolution a été confrontée à des contraintes structurelles. En particulier, à la configuration du réseau et à ses capacités, marquées, d’un côté, par  une voie unique sur des axes très sollicités comme Tanger-Kénitra et Settat-Marrakech et, de l’autre, par la saturation de l’axe porteur Casablanca-Rabat-Kénitra.

Face à ces contraintes qui fragilisent l’exploitation des trains, l’ONCF réalise un ambitieux programme d’investissement dont les travaux ont transformé le réseau ferré national en un gigantesque chantier de Tanger à Marrakech. En parallèle, l’Office a fait «le choix volontariste de maintenir l’offre presque au même niveau pour accompagner, malgré l’ampleur des chantiers, l’accroissement de la mobilité des citoyens et des biens», souligne-t-on.

Ce programme concerne, en plus du projet de la LGV Tanger-Casablanca, la modernisation des axes porteurs du réseau existant. Il s’agit du triplement de la voie entre Kénitra et Casablanca, du doublement complet de la ligne Casablanca-Marrakech et du remaniement des équipements ferroviaires au sein de l’agglomération de Casablanca.

A cela s’ajoutent la modernisation et le renforcement des installations de sécurité ainsi que la réhabilitation du tunnel ferroviaire reliant Rabat à Salé et la construction de nouvelles gares ferroviaires,... «Naturellement, la complémentarité entre les deux composantes – réseau classique et LGV – va se traduire par une offre ferroviaire plus attrayante et plus performante. Elle va également permettre d’enregistrer un saut qualitatif et être en phase avec les avancées technologiques que ne cesse d’enregistrer ce mode de transport», indique le DG. «Compte tenu du modèle de gouvernance retenu, le train à grande vitesse constitue un cas d’école et tirera effectivement vers le haut toute l’offre ferroviaire».

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