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Analyse

Qu’est-ce qu’on fait en Afrique?

Par Nadia SALAH | Edition N°:5166 Le 12/12/2017 | Partager
Des infrastructures et des petits investissements et du qualitatif par-dessus le marché
Démocratie? Pas question d’y renoncer
Comment marier les compétences politiciennes et managériales?
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La dernière revue du Centre, résultat de cinq ans d’investigations et de recherches effectuées par une cinquantaine de personnalités et d’experts. A noter particulièrement le chapitre sur la sécurité et un autre sur le clanisme en politique

La question n’est pas sortie: «Le Maroc ne sur-évalue-t-il pas son ambition continentale?». On attendait avec beaucoup d’intérêt Moulay Hafid Elalamy, car il a parfois lancé des avertissements sur ce thème. Il n’est pas venu. Quoi qu’il en soit, ce n’était pas exactement le sujet.

Le CEPS (voir encadré) avait mis au menu (outre un excellent dîner servi au Doge de Casablanca) un thème à rallonges qu’il fallait traiter densément et sans dévier, sous peine de se faire agrafer par le Délégué général: «Une dynamique de développement engagée et des projets structurants lancés… Où en est l’Afrique?»

D’emblée, d’anciens ministres qui parlent d’expérience, sont d’accord pour prioriser les projets structurants, les grosses infrastructures; mais ajoutent-ils,  à condition de faire marcher avec des «petites choses» pour dire «petits investissements». Des participants vont un peu plus loin: des petites choses, oui bien sûr mais aussi des efforts qualitatifs que seul l’Etat, les administrations de l’Etat peuvent conduire à l’échelle d’un pays: la conduite des projets, la maintenance, l’organisation, le juste à temps…

L’assistance a rapidement tordu le cou à quelques clichés. Non, l’Afrique ne manque pas d’entrepreneurs, elle manque d’actions intelligentes pour protéger et faire grandir ces entrepreneurs comme les célèbres «Mama Benz». Non, il ne faut pas comparer avec le PIB/tête de la Corée des années 1960 (apparemment le Maroc n’est pas le seul à le faire) car 2015 n’a rien à voir avec cette époque.

Non, «il ne faut pas croire que les ministres managers sont meilleurs que les autres», car la «décision collective exige de faire de la politique» dans le bon sens du terme. Un échange un peu vif se fait sur le Rwanda: tout bon ou à nuancer? Un autre sur la mentalité des anglophones plus favorables au développement  et des francophones qui le seraient moins. Et un troisième sur les ONG, anges ou démons?

Un des conférenciers cerne le sujet en expliquant qu’on peut prendre une date charnière: l’an 2000. Avant «les responsables faisaient trop dans l’idéologie et pas assez dans le développement». La recherche de l’efficacité est arrivée après. L’homo economicus a remplacé l’homo politicus.

Un ancien responsable approuve et cite une série d’entités, de secteurs, d’activités dont les Indépendances n’ont pas pris soin. Pourtant, constate-t-il lorsqu’on renverse la tendance, on n’est pas certain de recueillir l’approbation du peuple, et donc pas sûr d’être réélu. Un participant cite «ce port où seules 4 grues sur 24 étaient en état de fonctionner». Il en conclut que la démocratie est «le seul système où on peut dénoncer pour améliorer le fonctionnement». Pas question donc,  de renoncer à la démocratie, même quand elle a des problèmes de compétences.

«Mais comment faire pour marier les compétences et la proximité avec peuple, le savoir-faire dans les meetings populistes et le savoir-faire technique dans les bureaux et sur les chantiers?» lance un participant. Un autre répond indirectement qu’au Maroc on n’a pas vu arriver les nouvelles classes moyennes urbaines (NDLR: qui votent PJD), séduites par la rhétorique au point d’en oublier de réclamer des actes et des comptes.

C’est qui?

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Le CEPS, Centre d’Etude et de Prospective stratégique, agit sur un terrain bien rempli, voire encombré, de centres, instituts, cabinets…. offrant à titre gracieux ou payant des travaux d’études, de stratégie et de prospective. Souvent avec des sujets un peu plus «hard» que la moyenne. Ce Centre est une OING, organisation internationale non-gouvernementale. Il n’est pas le plus grand ni le plus riche. Il se distingue d’abord par son réseau qui fonctionne en dépit d’une cinquantaine de nationalités différentes: un haut vol, pas très nombreux à chaque rencontre,  mais mobilisé. Ensuite, son signe, et sa force sans doute, c’est l’autorité affichée (mais explicative) de son Délégué général, Loic Tribot la Spiere. Il fait marcher son petit monde à la baguette, lequel ne s’en plaint pas puisqu’il y gagne collectivement du temps et de la précision. Ce second point expliquant largement le premier, naturellement.
Le Centre existe depuis 32 ans. Assez récemment, il s’est intéressé à l’Afrique, tâtant l’Afrique du sud, l’Algérie et le Maroc. Un club marocain a été constitué, Confluence, sur l’instigation de Mohamed El Yakhlifi, Associé président d’un bureau d’études basé en France, Boosting Strategy & Performance Partners.
Le CEPS et son Club Confluence ont présenté à Casablanca, en plus de la conférence/réflexion, sa dernière revue, «Afrique que fais-tu de tes talents».

 

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