Entreprises

Gestion financière: La LDI se fraie son petit bonhomme de chemin

Par Moulay Ahmed BELGHITI | Edition N°:5163 Le 07/12/2017 | Partager
ouafae_mriouah_063.jpg

Ouafae Mriouah, directeur général adjoint en charge du pôle Investment Management de CDG Capital:«la taille des actifs drainés par les Fonds de retraite et les compagnies d’assurances qui, gèrent à eux seuls, plus de 400 milliards de DH, soit 40% de notre PIB» (Photo CDG Capital)

L'épargne globale y compris celle réglementée (retraites, sécurité sociale...) est un enjeu majeur pour la stabilité sociale, économique et financière du Maroc. Sa gestion doit être guidée avec un grand sens des responsabilités déclinées dans la gouvernance, les stratégies d’investissement, la gestion des risques et les meilleurs standards de transparence, de contrôle et de suivi.  La Liability Driven Investing (LDI) s’avère être une des solutions pour le faire. C’est justement ce qu’explique Ouafae Mriouah directeur général adjoint en charge du pôle Investment Management de CDG Capital.

- L'Economiste: Comment décririez-vous le contexte dans lequel évoluent les investisseurs institutionnels marocains?
- Ouafae Mriouah:
Les investisseurs institutionnels marocains sont des acteurs clés dans le financement de l’économie nationale. En témoigne la taille des actifs drainés par les Fonds de retraite et les compagnies d’assurances qui, gèrent à eux seuls, plus de 400 milliards de DH, soit 40% de notre PIB.
Les investisseurs institutionnels sont confrontés à de nombreux défis. Le premier à mon sens est la pression provenant de leurs engagements inscrits au passif; c’est le cas des fonds de retraite dont l’enjeu d’équilibre financier et pérennité sont aujourd’hui connus de tous, et c’est également le cas des compagnies d’assurances qui devront faire face à des changements réglementaires majeurs à l’avenir. Le second enjeu consiste à dépasser et gérer le manque de profondeur et de liquidité des marchés financiers. Alors que les besoins de placement sont importants, l’offre de titres s’avère insuffisante aussi bien en termes de volumes que de diversité. Enfin, le dernier défi que j’évoquerais est lié à l’inclusion des enjeux de développement durable, dans les politiques de placement et d’investissement des institutionnels. Des engagements forts, fermes, et irréversibles, ont été pris par l’ensemble du secteur financier national lors de la COP22.
- Comment la gestion peut-elle répondre à cette problématique?
- La gestion financière ne peut être la réponse à tous les défis, mais elle peut contribuer à l’articulation de solutions globales et intégrées. De par notre positionnement historique, CDG Capital a toujours été proche des institutionnels marocains, ce qui lui a permis de bien comprendre leurs problématiques et concevoir des solutions adaptées.
Je citerais à titre d’exemple la gestion LDI, ou Liability Driven Investing, qui aide les institutionnels à faire face à une gestion optimale du passif. Nous avons développé chez CDG Capital au fil des années, un modèle de gestion financière stable, soutenable, et responsable.
- En quoi la LDI diffère des autres démarches de gestion?
- Il s’agit d’une démarche de gestion financière, applicable aux portefeuilles institutionnels, mais également tout investisseur ayant des engagements futurs, matérialisés par un passif.
La gestion LDI amène un changement profond de paradigme. Au lieu de piloter leurs portefeuilles dans une optique classique du couple risque/rentabilité focalisée sur l’actif, le LDI définit un objectif de gestion lié au niveau de couverture des engagements du fonds par ses ressources actuelles et futures. C’est ce niveau de couverture mesuré par le «ratio de financement» qui remplace les indicateurs de performance absolue ou relative, utilisés dans le cadre d’une gestion active standard. Cette stratégie s’applique aussi bien aux caisses de retraites, qu’aux compagnies d’assurance, aux mutuelles, et aux fonds institutionnels. Elle commence même à gagner de l’intérêt auprès de personnes physiques, pour la gestion de leur épargne longue en fonction de leurs besoins futurs anticipés, comme la scolarité de leurs enfants.

- La gestion LDI est-elle devenue un standard de marché?
- A l’étranger cela est clairement le cas. Les gestionnaires de fonds de retraite ont, durant plusieurs années, focalisé leurs stratégies autour du couple rendement/risque de l’actif. Dès lors que des inquiétudes sont apparues autour de l’équilibre actif passif au début des années 2000 suite au ralentissement économique, la prise en compte de  la valeur du passif est devenue incontournable.
L’approche LDI est justement basée sur une maîtrise du risque de fluctuation de la valeur marché du passif, liée à des facteurs démographiques comme la longévité mais également à des facteurs de marché comme les taux d’intérêt et l’inflation. Chez plusieurs institutionnels, la crise de 2008 et la mise en péril du service de leur passif qui s’en est suivie, a accéléré la transition vers le LDI. Au Royaume-Uni, pays pionnier en la matière, le LDI est déjà utilisé pour gérer 908 milliards de livres sterling, ce qui représente 42% du passif total du système des fonds de pension.
Au Maroc, quelques modèles de gestion financière chez les institutionnels se basent sur des modèles ALM qui se rapprochent des fondamentaux du LDI, mais ils gagneraient sans aucun doute à être renchéris par la sophistication du modèle LDI tel que nous l’avons développé chez CDG Capital depuis une dizaine d’années.

Acte I

CDG Capital a dernièrement initié l’Investment Management Forum sous le thème «les nouvelles solutions d’investissement face aux défis de la gestion institutionnelle». L’acte I de ce cycle de séminaire s'est penché sur la gestion LDI (Liability Driven Investing). L'occasion pour Hamid Tawfiki, directeur général de CDG Capital de rappeler que «la notion d'acteur responsable est le fondement de la mission» de la banque d’affaires qu’il dirige. «Tiers de confiance est la quiddité de notre raison d'être», ajoute-t-il.

Propos recueillis par Moulay Ahmed BELGHITI

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc