Chronique

Les villes et la spéculation pour la transition énergétique!

Par Robert LANQUAR | Edition N°:5162 Le 06/12/2017 | Partager

Né en Algérie de parents séfarade et berbère, Robert Lanquar, après une expérience de journaliste, a été pendant une dizaine d’années  chargé du marketing et des recherches sur les entreprises touristiques, à l’Organisation mondiale du tourisme. Il a été aussi expert auprès de la Banque mondiale et a participé à l’élaboration de nombreux plans de développement touristique dont ceux du Sénégal et des Seychelles. Il fut coordinateur du groupe d’experts du Plan Bleu -Plan d’action pour la Méditerranée- PNUE entre 1986 et 1996, tout en assurant la programmation technique du Europartenariat Middle East 1994-1996 avec la Euro-Arab Chamber of Commerce (Paris), la Euro-Israel  Chamber of Commerce et le Département international de la Chambre de commerce internationale de Paris. Depuis 2000, il assure la coordination du Forum euroméditerranéen de FITUR – Madrid. Il est aussi professeur invité à l’Université de Cracovie (Ph. R.L)  

La transition énergétique vers une économie sobre en carbone signifie des transformations significatives des modes de production et de consommation. Si  la transition résulte de progrès technologiques qui s’accélèrent ces dernières années, des facteurs moteurs comme les prix, la disponibilité des ressources et la volonté politique des gouvernements des Etats, villes et territoires ainsi que la pression de la société civile, y inclus les entreprises, sont déterminants. Des chercheurs américains comme Robert Bell du Brooklyn College (New York), estiment que cette transition pourrait durer tant que la spéculation sur les énergies vertes restera faible.

 Subventions à la pollution

Dans son ouvrage(1) «La Bulle Verte», Bell explique que la priorité doit être donnée à l’investissement pour les énergies renouvelables. Son idée est de faire que l’indicateur IPO (Initial Public Offering – Introduction en Bourse des valeurs) des productions d’énergies renouvelables attire les investisseurs et au contraire que l’indicateur IPO des productions d’énergies non renouvelables les en détourne.

En 2013, il lançait avec la Française Corinne Lepage, ancienne ministre de l’Environnement, le projet d’un «Fonds de régénération intergénérationnel» pour accélérer l’investissement vers la transition énergétique et toucher au fonctionnement des marchés boursiers, tout comme ce qui devrait être pour le marché-carbone.

Cet aspect financier est crucial. Par exemple, les investisseurs nord-américains ont réagi surtout en faveur des énergies renouvelables, contredisant leur président au moment du retrait de l’accord de Paris. Ils délaissent les mines de charbon. Cela ne sera pas suffisant.

Il faudrait réduire les subventions aux énergies fossiles qui s’élèveraient, selon le professeur Raphaël H. Boromand de la City University de Londres, à hauteur de 5.000 milliards de dollars. Pour ce chercheur, c’est à l’Europe de développer une stratégie collective pour réallouer ces subventions aux énergies propres.

Ainsi, comme le soulignent des banquiers suisses, la création de structures financières de type «Yield co» permettrait aux énergies renouvelables de «bénéficier de rendements élevés sans assumer le risque des activités opérationnelles permettant de lever des fonds importants».

Le pouvoir des villes

Quant à la Chine, qui est toujours le premier pollueur mondial, elle se veut aujourd’hui le leader de la transition avec un budget, d’ici 2020, de 360 milliards pour les investissements solaires. Elle aurait dépassé cette année les Etats-Unis pour le

nombre de véhicules électriques ou hybrides et multiplierait les accords avec des firmes comme Manz, Tecent et Tesla.

L’électricité renouvelable devient moins chère que les énergies fossiles. Elle n’aurait plus besoin des subventions gouvernementales que pour multiplier les projets. Ceci change le paradigme. Les territoires, villes et régions, surtout dans les économies émergentes, pourraient être les promoteurs et incitateurs de la transition… Les exemples se multiplient aux Amériques, en Europe, en Asie, ainsi qu’en Afrique.

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Habituels encombrements de circulation à Casablanca, générant d’importantes pollutions.  Si dans le reste du monde les villes sont en train de prendre le pouvoir sur les Etats en matière d’économie verte, Casablanca, comme la majorité des villes du Royaume, reste sur des schémas très arriérés dans tout ce qui concerne l’énergie et les autres formes de transition écologique (Ph. L’Economiste)

Les investisseurs utilisent maintenant le concept de «levelizedcost of energy (LCOE)» pour évaluer le coût global d’un kilowattheure électrique, en intégrant l’investissement initial ainsi que le coût de fonctionnement des nouvelles installations sur toute leur durée de vie.

D’autres économistes restent attachés à l’intervention publique. Les Français Thomas Porcher  et Thomas Piketty estiment que l’on ne doit pas attendre 2030. Il faudrait pour cela des programmes plus globaux se basant sur la définition de projets industriels adaptés aux exigences climatiques. C’est l’exemple de l’Inde avec son objectif 2022 sur la production d’électricité solaire.

Les Etats, les villes et territoires devront investir massivement pour moderniser les infrastructures électriques, c’est-à-dire non seulement la production, mais aussi le stockage. Subséquemment, les implications politiques seront majeures. L’annonce de l’abandon des voitures à essence ou diesel d’ici 2030 ou 2040 par plusieurs pays européens va nécessiter des dizaines de milliards d’euros pour le stockage des batteries des voitures ou celles des habitats pour le chauffage ou la climatisation… Il faudra enfin savoir que les métaux et terres rares dont dépend la transition énergétique pourraient manquer, même s’ils sont beaucoup plus abondants que leur nom ne l’indique. Leur prix explosant, leur exploitation sera alors rentable, dans le monde entier et non seulement en Chine.

A retenir de la COP23

1) Le charbon sera bientôt abandonné.
2) Lors du Sommet mondial sur la santé et le climat durant la COP23, l’OMS (Organisation mondiale de la Santé) a lancé différentes initiatives pour lutter contre les maladies qui se développeront en raison du réchauffement climatique.
3) 125 millions de dollars seront donnés par l’Allemagne pour assurer les personnes pauvres et vulnérables aux évènements météorologiques extrêmes d’ici 2020.
4) 30 millions d’euros sont prévus pour le programme de transition aux énergies propres de l’IEA.
5) La banque HSBC annonce que 100 milliards de dollars seront dédiés aux investissements verts
6) Le Fonds pour le climat africain Blue Orchard financera au moins 100 projets d’infrastructure par 2020 pour lutter contre le changement climatique.
7) Plus de 100 grandes entreprises se joindront au programme Electro-Mobility (E-Mobility) pour assurer la transition énergétique dans les transports.
8) Microsoft annonce réduire ses émissions de carbone de 75% d’ici 2030.
9) La première chaîne de distribution nord-américaine Walmart ne vendra plus de produits agricoles récoltés sur des terres déboisées.
10) Lancement d’un Plan d’action (Gender Action Plan) pour permettre aux femmes de renforcer leur rôle dans la lutte contre le changement climatique.

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(1) La Bulle Verte, Robert Belle, Editions Scali, 2007 (The Green Bubble – Waste Into Wealth. The New Energy Revolution, Abbeville Press, New York, 2007).

 

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