Société

Jean d’Ormesson: Un géant facétieux

Par Amine BOUSHABA | Edition N°:5162 Le 06/12/2017 | Partager
Il est admis à l’Académie française à l’âge de 48 ans
Chroniqueur, essayiste et écrivain
Il intègre la prestigieuse collection La Pléiade de son vivant
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Jean d’Ormesson avait l’élégance du verbe tout comme celle de la posture. De son ascendance aristocratique, le comte d’Ormesson, gardera cet art si précieux de la conversation (Ph. AFP)

Il avait l’élégance du verbe tout comme celle de la posture. L’académicien et homme de lettres Jean d’Ormesson est mort dans la nuit du 4 au 5 décembre à l’âge de 92 ans. Charmant, charmeur, Jean d’O, pour les intimes, ne s’est jamais départi de cet air espiègle, renforcé par son regard si bleu. Convaincu, qu’il était, que la bonne humeur et la gaité étaient l’un des aspects majeurs de la politesse.

De son ascendance aristocratique, le comte d’Ormesson gardera cet art si précieux de la conversation. Brillant, jamais ennuyeux, parlant vite et bien, il était devenu la coqueluche des plateaux de télévision, suscitant souvent polémiques  et débats enflammés par ses prises de positions politiques autant chez  la gauche française que chez sa famille politique de droite.  Né à Paris le 16 juin 1925, fils d’ambassadeur, Jean d’Ormesson, normalien et agrégé de philosophie, entreprend une carrière de haut fonctionnaire.

Après avoir été membre de délégations françaises à plusieurs conférences internationales (1946-48), il entre à l’Unesco où il est secrétaire général (1950-1992), puis président du Conseil international de philosophie et des sciences humaines. Il appartient parallèlement à plusieurs cabinets ministériels de 1958 à 1965. Collaborateur de plusieurs journaux, Paris-Match, Ouest-France, Nice Matin, il est rédacteur en chef adjoint de la revue de philosophie «Diogène».

Président du directoire de la société de gestion du Figaro et directeur de ce quotidien de 1974 à 1977. Son imposante œuvre littéraire, commencée en 1956, connaîtra diverses fortunes.  Des échecs qui le poussèrent à faire ses adieux à la littérature en publiant «Au revoir et merci», en 1966 (réédité chez Gallimard en 1976).

Un an plus tard, alors qu’un évènement dramatique survient dans sa vie qui l’oblige à vendre le château maternel de Saint-Fargeau, tout change dans sa vie. Il écrit «La Gloire de l’Empire», une chronique d’un empire imaginaire autour d’une aventure romanesque pleine de bruit et de fureur, d'amour et de poésie, publié chez Gallimard. Pour ce livre Jean d’Ormesson reçoit le Grand Prix roman de l’Académie française.

Le succès, ensuite, ne le quittera plus. A 48 ans il intègre la Coupole en occupant le siège de Jules Romain, décédé en 1972. Il est alors le benjamin de l’Académie. Il ne tardera pas à révolutionner la vénérable institution en soutenant fortement l’écrivaine Marguerite Yourcenar, première femme à forcer la porte de l’Académie française. Le chemin fut long. L’idée, à l’époque (1979),  de faire rentrer une dame sous la Coupole paraissait loufoque aux respectables immortels qui font de la résistance.

Et c'est Jean d'Ormesson qui recevra finalement  Yourcenar en 1981, avec ces mots: «Cette œuvre éclatante écrite dans ce style suprême qui rejette dans la préhistoire les fadaises et les mièvreries de la prétendue écriture féminine». Jean d’O  laissera  une œuvre solide, à l'écriture sensible aussi belle que son élocution. Bien qu'il s'en défendît, admirateur qu'il était des grands auteurs.

  Il a poussé ce jeu de modestie jusqu’à écrire un roman intitulé «Presque rien sur presque tout» (Gallimard, 1996). Et c’est un cinglant démenti qu’il recevra en 2015. L’écrivain fera son entrée dans le club ultra fermé de la plus prestigieuse des collections de la littérature française  la  «Bibliothèque de La Pléiade» de Gallimard. Rares ont été ceux qui ont eu le privilège de faire partie de la fine fleur des écrivains français et mondiaux de leur vivant.

En janvier 2016, paraissait  toujours chez Gallimard «Je dirai malgré tout que cette vie fut belle», un roman aux allures de testament de celui qui disait sur France Inter en 2015: «Etre mort, c'est délicieux: plus de chagrin d'amour, plus de contraventions, plus d'impôts…». Mais il disait aussi: «Il y a quelque chose de plus fort que la mort, c'est la présence des absents, dans la mémoire des vivants». Et c’est en immortel, inscrit dans le patrimoine littéraire universel, que Jean d’Ormesson nous a quittés.

 

 

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