Economie

En dépit des perceptions, la pauvreté a bel et bien reculé!

Par Mohamed Ali Mrabi | Edition N°:5159 Le 30/11/2017 | Partager
La vulnérabilité en baisse depuis 2001
La croissance décisive, mais pas assez inclusive
La classe moyenne ne décolle pas
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L'étude réalisée par le HCP et la Banque mondiale met l'accent sur une tendance générale à la baisse de la pauvreté, à la fois dans les milieux urbain et rural. Cela s'est traduit par une amélioration sensible du niveau de vie moyen par personne, qui est passé de 8.280 DH en 2001 à 15.876 en 2014

«Malgré l'effort indéniable du secteur public en termes d'investissements, les disparités sociales et spatiales restent élevées». Ce constat, largement partagé, a été de nouveau confirmé par l'étude sur la pauvreté et la prospérité partagée, réalisée par le HCP et la Banque mondiale. Au-delà de certaines conclusions déjà connues, ce travail, présenté mardi dernier à Rabat, offre une véritable base de données au gouvernement.

D'autant que la question de l'efficacité de la lutte contre la pauvreté a été posée avec acuité suite au drame d'Essaouira. Globalement, «les conditions de vie au Maroc se sont améliorées, en particulier pour les plus pauvres, comme en témoigne la réduction continue de la pauvreté et de la vulnérabilité», est-il indiqué.

Pour les responsables de la Banque mondiale et du HCP, le Maroc a atteint de «bons résultats», ayant permis «une amélioration tangible des conditions de vie». Selon le HCP, «entre 2001 et 2014, la progression du niveau de vie, appréhendée par la dépense annuelle moyenne par personne, a profité à l'ensemble des ménages, particulièrement aux catégories modestes et intermédiaires». Concrètement, le niveau de vie moyen par personne est passé de 8.280 DH en 2001 à 11.233 DH en 2007 puis à 15.876 en 2014. Cette amélioration a profité aussi bien aux citadins qu'aux populations rurales.

Toutefois, cette étude a pointé certains griefs qui influencent la courbe de la croissance. Par exemple, «en dépit de son statut de pays à revenu intermédiaire inférieur, la composition sectorielle du Maroc ressemble beaucoup plus à la structure d'un pays à revenu intermédiaire supérieur», explique-t-on. Sauf que cette configuration ne se reflète pas dans la structure d'emploi.

Dans le contexte marocain, celle-ci reste dominée par le travail de faible qualification, en raison de l'absence d'une transformation vers les activités à haut contenu technologique. Globalement, cette étude considère que «le marché du travail au Maroc n'est pas assez inclusif».

Une intervention d'urgence est incontournable, surtout que «la dynamique démographique impose une pression supplémentaire sur la création d'emplois». Idem pour le système de compensation, qui ne sert pas l'objectif de réduction de la pauvreté. Il «profite plutôt à la classe aisée», peut-on lire dans cette étude.

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La réduction de la pauvreté s'est accompagnée d'un recul de la vulnérabilité économique. Sa part est passée de 17,4% à 12,5% au niveau national, entre 2007 et 2014, selon le HCP. Près des deux tiers de cette population sont concentrés dans le monde rural

Par ailleurs, l'économie marocaine «ne croît pas de façon suffisamment rapide et stable pour intégrer le groupe des pays émergents», est-il indiqué. Au rythme actuel, il faudra au Maroc 53 ans pour atteindre le niveau de la France par exemple. D'autres constats, pointés par des rapports précédents, sont aussi réaffirmés. C'est le cas notamment des écarts de développement entre les régions riches et pauvres.

Sur la période 2001-2014, la pauvreté s'est concentrée particulièrement en milieu rural. Entre les deux dates, l'incidence de la pauvreté est passée de 7,6% à 1,6% dans les villes et de 2,5% à 9,5% dans les campagnes.  Autre indicateur à avoir baissé: la vulnérabilité de la classe moyenne. La part des personnes «économiquement vulnérables», est passée de 17,4% à 12,5% entre 2007 et 2014.

Toutefois, cela n'a eu aucun impact sur la taille de la classe moyenne, qui «n'a pas beaucoup changé». En 2014, elle représentait 58,7% de la population, soit 19,7 millions de personnes. En face, la catégorie aisée constitue seulement 10,1%. Le poids économique de la classe moyenne était de 55,7% dans la consommation totale des ménages en 2014, contre 54,4% en 2007.

Le niveau de vie de cette catégorie s'est également amélioré, passant de 4.342 DH à 5.760 DH sur la même période. Le recul de la pauvreté s'est accompagné d'une baisse significative des inégalités, selon l'étude réalisée par le HCP et la Banque mondiale.

«Le déclin des formes monétaires de la pauvreté absolue au Maroc entre 1985 et 2007, a principalement résulté de la croissance économique, alors qu'entre 2007 et 2014, ce déclin a résulté de l'effet conjugué de cette croissance et du recul significatif des inégalités». La dynamique de développement a contribué à la réduction de l'incidence de la pauvreté de 93,3% durant la première période et de 81,9% durant la 2e.

Toutefois, si le taux de pauvreté a enregistré une «baisse notable», la perception des citoyens reste plutôt différente. Une situation qui témoigne d'un «sentiment d'insécurité social diffus dans la société», selon l'étude réalisée par le HCP et la Banque mondiale.

Le taux de la pauvreté subjective a augmenté entre 2007 et 2014, passant de 41,8% à 45,1%. Ce phénomène est plus élevé chez les femmes et les jeunes. Idem, «le sentiment de pauvreté est relativement répandu parmi les catégories inférieures à l'échelle sociale», est-il indiqué.

Pauvreté, analphabétisme: Duo infernal

Ils vivent dans des ménages de grande taille et composés d'un grand nombre d'enfants. C'est le profil dressé par l'étude autour de la pauvreté et la prospérité partagée. Selon ce document, «les personnes en situation de dénuement ont tendance à se regrouper pour minimiser les risques d'exclusion sociale». En 2014, une famille pauvre est composée en moyenne de 7,3 personnes contre 4,7 personnes pour les ménages non pauvres. Plus de la moitié de la population pauvre n'a aucun niveau scolaire. Globalement, «la pauvreté va de pair avec l'analphabétisme et le faible niveau d'éducation et de formation du chef de ménage». L'incidence de la pauvreté est 7 fois plus élevée chez les ménages dont le chef est sans niveau scolaire. Si les pauvres ont tendance à être plus actifs sur le marché du travail, leurs emplois restent toutefois précaires.

Repères

  • Pauvres: 4,8%
  • Relativement vulnérables: 13,8%
  • Vulnérables: 12,5%
  • Classe moyenne: 58,7%
  • Classe aisée: 10,1% o
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