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Mission française: Pourquoi les parents s'inquiètent

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5157 Le 28/11/2017 | Partager
La dernière coupe budgétaire leur fait craindre le pire
Gel d’investissements et suppression de postes au menu
Les tarifs ne seront pas touchés dans l’immédiat, mais rien n’est moins sûr…
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Journée école morte hier à Casablanca. Plusieurs associations ont appelé les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l’école, en guise de protestation. Ils se sont regroupés en sit-in durant la matinée, devant le lycée Lyautey. Le même jour, le conseil d’administration de l’AEFE tenait sa réunion (Ph. F.Al Nasser)

33 millions d’euros en moins dans les caisses de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE) en 2018, soit une baisse de près de 10%. Pour les parents d’élèves de la mission française, c’en est trop. Cette coupe budgétaire, annoncée dans le projet de loi de finances français, ce sont eux qui en paieront, au final, les frais. «Nous appréhendons de manière très sérieuse cette situation.

Le contexte est beaucoup plus virulent qu’en 2009, 2012 ou 2015, où les conditions étaient difficiles», s’inquiète Younès Elhimdy, coordonnateur des associations des parents d’élèves affiliées à la FAPEE (Fédération des associations de parents d'élèves des établissements d'enseignement français à l'étranger).

«Les parents d’élèves financent 60% du budget de l’AEFE. Dans n’importe quel autre type de structure, il est inconcevable qu’ils ne soient pas associés à une réflexion de fond sur des réformes budgétaires de l’ampleur de celles qui sont présentées», s’indigne, quant à lui, Xavier Gonon, président de la FAPEE.
Cette ponction sur la subvention de l’Agence se traduira par une suppression de 180 postes d’expatriés et d’enseignants résidants dans plusieurs pays, dès l’année prochaine, et d’environ 160 en 2019. Certains syndicats français parlent de la destruction de 500 postes d’ici 2020. «A Casablanca seulement, 16 postes seront supprimés en 2018», avance Hayat Nasif, présidente de l’Union des conseils des parents d’élèves (UCPE).

«Nous avons payé des augmentations successives pendant des années, afin de financer la construction d’un nouveau collège à Lyautey. Il devait voir le jour en 2019. Puis, l’on nous a dit qu’il n’y a pas d’argent pour faire aboutir ce projet. Aujourd’hui, on nous annonce une coupe budgétaire et des suppressions de postes. Si nous étions en France, je pense que les parents seraient sortis manifester», fustige Nasif.

Les parents craignent surtout une dégradation de la qualité de l’enseignement offert, puisque le personnel français sera remplacé par des contractuels locaux, n’ayant bénéficié d’aucune formation préalable. Les nouveaux entrants dans le système en seront les plus impactés (CP et CE1). «Nous exigeons que cette mesure soit revue, et éventuellement, étalée dans le temps, afin que l’accompagnement nécessaire soit mis en place pour une transition appropriée», relève Elhimdy.

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37.025 élèves poursuivent leurs études dans une quarantaine d’établissements de l’enseignement français au Maroc (60% de Marocains). Plus de la moitié relèvent de l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger. Le réseau marocain fait partie des plus denses au monde

Côté tarifs, un accord est déjà en cours pour limiter la hausse des frais à 750 DH par an. Entré en vigueur en septembre 2017, il s’étale sur 3 ans. Les parents avaient déjà subi une augmentation annuelle de 1.500 DH sur les 3 dernières années. Cependant, dans les circonstances actuelles, rien n’est moins sûr.

«Le Maroc a jusque-là été relativement épargné, car les établissements puisaient dans leurs bénéfices. Mais ils ne pourront pas le faire indéfiniment», souligne Elhimdy. «Les budgets et les tarifs seront décidés en février prochain. Nous nous attendons donc à une guerre à cette date!» ajoute-t-il.

Courriels à l’intention des instances de tutelle, rencontres avec des élus, sénateurs et conseillers consulaires, les associations des parents d’élèves s’activent pour faire entendre leur voix. Une pétition sera, par ailleurs, envoyée au président Emmanuel Macron.

«L’Agence doit être dotée de moyens à la hauteur de ses ambitions. Nous refusons d’être pris en otage dans un système voué à l’échec», insiste la présidente de l’UCPE. Les parents ne comptent pas baisser les bras. Pour commencer, une journée de sit-in a été décrétée par les associations hier, afin de protester contre les coupes budgétaires et soutenir les enseignants dont les postes sont menacés.

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