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BNP Paribas: Debrief avec Jean Lemierre

Par Mohamed BENABID | Edition N°:5156 Le 27/11/2017 | Partager
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Jean Lemierre: «Le contexte des taux bas interpelle les modèles économiques. En ce qui nous concerne, nous arrivons à nous adapter à cette situation dans la mesure où nous disposons d’une diversité d’actions dans des géographies différentes. Nous pouvons ainsi être impactés par l’effet taux bas sur certaines activités, mais d’autres activités marchent mieux et rattrapent» (Ph. AFP)

Le président du conseil d’administration du groupe BNP Paribas était en déplacement au Maroc où il a visité notamment la nouvelle structure de BMCI dédiée à l’investment banking et domicilée à la Marina de Casablanca. Jean Lemierre est considéré comme l’un des banquiers européens les plus emblématiques.

Après avoir été directeur du Trésor français entre 1995 et 2000, cet énarque a été président de la BERD (Banque européenne pour la Reconstruction et le Développement) de 2000 à 2008 avant de rejoindre BNP Paribas. D’abord en tant que conseiller à la présidence, ensuite en succédant à Baudouin Prot dont le départ a été précipité par la crise de l’amende américaine (9 milliards de dollars pour avoir violé l’embargo contre l’Iran) infligée au groupe.

Dans une rencontre informelle avec quelques médias, Lemierre a passé en revue quelques dossiers d’actualité. Verbatims.

■ Contexte des taux bas
«Une réponse rapide est de considérer qu’un contexte de taux faibles est défavorable pour les banques, mais favorable au client qui rembourse plus facilement. En réalité, le phénomène est plus compliqué. Il existe certes une perte de revenus, mais en même temps, il est moins nécessaire de provisionner dans la mesure où les clients payent mieux. Ceci dit, les taux bas interpellent les modèles économiques. En ce qui nous concerne, nous arrivons à nous adapter à cette situation dans la mesure où nous disposons d’une diversité d’actions dans des géographies différentes. Nous pouvons ainsi être impactés par l’effet taux bas sur certaines activités, mais d’autres activités marchent mieux et rattrapent».

■ Brexit
«La sortie du Royaume-Uni est un acte absolument majeur. Nous pouvons le regretter, mais le Brexit est inéluctable. Cependant, difficile d’imaginer ce qui va se passer. Les décisions sont prises par les régulateurs et nous ne les connaissons pas. Pourquoi ça n’avance pas beaucoup? La compréhension que nous pouvons avoir c’est que le Royaume-Uni a du mal à définir ce qu’il souhaite. L’arbitrage entre les différentes formes de Brexit, hard Brexit ou soft Brexit, dépend fondamentalement du type de compromis et des négociations sur les principes.  Le Conseil européen doit mesurer l’état d’avancement du dossier en décembre.  Nous sommes prêts à nous positionner pour répondre à des opportunités de création de valeur, à faire grandir nos installations au besoin. Notre devoir est de servir nos clients».

■ Retour de la croissance en Europe
«La croissance a toujours été significative en Allemagne. Elle est repartie en France, en Italie, en Belgique notamment. Les entreprises recommencent à recruter. Cependant, nous nous retrouvons dans une situation de croissance sans inflation. L’explication la plus courante converge vers les réserves de production et d’employés. Tant que ces réserves de production et d’employés n’ont pas été comblées, il n’existera pas de tensions sur les prix. Mon interprétation à moi est différente. En période de crise, le comportement des agents économiques est de favoriser l’emploi. Ils préfèrent protéger leurs emplois plutôt que de demander des hausses de salaire qui les engageraient dans d’éventuelles pertes de compétitivité.  Un deuxième phénomène joue également: le digital. Nous ne savons pas ce qui va en sortir, mais il explique aussi un effet d’anticipation sur les comportements des agents. Si nous constatons une création d’emplois dans un certain nombre de pays, les hausses de salaire en revanche touchent moins de personnes. En Europe, nous n'observons pas d’inflation salariale, ni aux États-Unis, d'ailleurs. Un peu partout, les banques centrales ont pour mandat de contenir l’inflation. Or, la véritable inflation, c’est celle de la hausse de salaire. Elle n'est pas perceptible aujourd'hui, ce qui explique l'absence de hausses des taux d'intérêt. C’est une bonne chose pour les entreprises et les Etats qui peuvent emprunter à des taux intéressants, mais c’est moins bons pour les épargnants».

■ Perception du Maroc
«Le Maroc est perçu comme un pays stable, à forte croissance. C'est un pays qui a la confiance des investisseurs et des institutions robustes. Pour les banques, une institution robuste qui compte, c’est la banque centrale. Elle nous donne beaucoup de sécurité».

■ Transformation digitale
«Ce que demande le client a changé. Le client demande plus de service, plus de renseignements, plus d’informations, plus de conseils et surtout immédiatement. Le jeune qui arrive dans l’agence est étonné de ne pas avoir de réponse tout de suite. Ils ont développé de nouveaux comportements avec Internet, pris l’habitude de chercher sur Wikipédia et d’avoir la réponse tout de suite. C’est une évolution importante à laquelle nous devons nous adapter. Cela suppose avant tout une organisation et des compétences. Le client doit trouver au même endroit les compétences qui lui permettent d’apporter les réponses aux questions qu’il pose. La BMCI est assez avancée sur ces préoccupations. Le centre d’affaires que j’ai visité hier est la parfaite réponse à la première question, avoir des gens disponibles tout le temps. Ceci dit, je reconnais l'existence de services sur lesquels le métier de banquier doit évoluer. Aujourd’hui, les clients demandent de plus en plus d'informations sur les changements de situation lors d'événements lourds de la vie, notamment sur le plan patrimonial. Chaque cas est spécifique. La meilleure réponse à cette transition est de former, beaucoup former».

 

 

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