Economie

ALE: Pourquoi il faut réévaluer l’impact

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5155 Le 24/11/2017 | Partager
«Les niveaux bas de l’inflation sont dus aux importations bon marché»
La productivité du Maroc parmi les plus basses
Le diagnostic de Mohamed Berrada, l’ex-ministre des Finances

L’approche systémique doit être au centre de toute réflexion. C’est l’une des principales recommandations de Mohamed Berrada, président du centre Links. L’ex-ministre des Finances qui animait une conférence mercredi 22 novembre(1), a d’ailleurs comparé, à plusieurs reprises, les systèmes économiques au corps humain et les politiques économiques à des traitements.

Cette métaphore peut paraître à première vue bancale, mais elle se situe dans le prolongement du travail de modélisation souhaité par le Souverain. En mobilisant plusieurs disciplines (économie, anatomie, sociologie, histoire, philosophie, sciences de l’éducation…) Berrada a ainsi livré une réflexion qui pose les premiers jalons pour un vrai modèle pour le Maroc.
 
■ Attention au libéralisme, par excès
Dans le monde, la tendance a été à la libéralisation depuis l’échec du Keynésianisme et l’avènement du monétarisme. Comment alors expliquer que des économies pas très libérales, comme la Chine, aient profité de cette aubaine? L’économie chinoise très planifiée a pénétré dans pratiquement tous les marchés, tout en gardant sous les verrous ses marchés locaux. «Ce n’est pas un problème pour les Etats-Unis car il leur suffit d’imprimer les dollars pour financer leurs déficits», indique le professeur. Le Maroc a pris le contrepied de la politique chinoise et s’est complètement ouvert avec des accords de «libre-échange».
Une liberté qui s’est avérée unilatérale par les faits, au profit de l’autre camp. Le Maroc a ouvert son économie sans doter ses entreprises d’une défense adéquate. Résultat: «des importations qui évoluent gravement. Nous importons de tout, de plus en plus de produits de consommation, y compris les produits alimentaires!» s’exclame l’économiste.
Le niveau bas de l’inflation n’est pas dû aux politiques, selon Berrada. «Il est dû aux importations bon marché qui viennent de la Turquie, la Chine…». L’ex-ministre propose donc de réévaluer l’impact des politiques publiques et des accords de libre-échange sur les équilibres commerciaux. Il fait savoir au passage qu’il n’est pas le seul.
Les Etats-Unis revoient actuellement leur position commerciale avec la Chine, et le Royaume-Uni reconsidère son lien avec l’Union Européenne. L’économiste ne prône pas non plus un excès de protectionnisme, mais «une situation raisonnable de libre-échange».

■ La productivité et la compétitivité
La productivité du Maroc est parmi les plus basses au monde. «Huit unités d’investissement créent une unité de croissance au Maroc», indique Berrada, «cette proportion est de 3 pour 1 pour les autres régions du monde». Le Maroc investit beaucoup sans créer de la croissance ou de l’emploi.
Comment donc remédier au problème: Le capital immatériel. «Vous passez devant un restaurant magnifique et bien équipé mais vide, tout près vous trouvez un autre dégueulasse mais plein. La différence entre les deux est le chef cuisinier». «Nous devons investir dans le capital immatériel: Les institutions (l’administration, l’anti-corruption), le capital social (la cohésion sociale est à des niveaux inquiétants), et l’éducation», ajoute-t-il.

La crise de l'école

L'école est en crise, alors que nous y consacrons un tiers de notre budget. «Une des raisons est la rareté du préscolaire et la démotivation des parents dans les couches populaires», analyse Berrada. Il poursuit: «L’intelligence humaine se déploie, biologiquement parlant, entre 2 et 6 ans, c’est au cours de cette période qu’il faut mettre le paquet en matière d’éducation». La soumission pose également un grave problème. Berrada donne l’exemple du Msid, où l’élève baise la main du maître, soumis. «Cet enseignement supprime l’initiative personnelle et l’esprit même de l’entreprise! Nous devons changer la manière avec laquelle nous éduquons nos enfants».

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(1) La conférence intitulée «L’économie marocaine, quelles perspectives?» s’est tenue mercredi 22 novembre au centre Links, à Casablanca.

 

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