Chronique

Corée du Sud: Un modèle de développement qui inspire

Par Jawad KERDOUDI | Edition N°:5154 Le 23/11/2017 | Partager

Jawad Kerdoudi est président de l’Imri (Institut marocain des relations internationales) (Ph. JK) 

C'est un nouveau modèle de développement qu'a préconisé le Roi Mohammed VI le 13 octobre 2017 lors de son discours d’ouverture du Parlement. Tout en tenant compte des spécificités marocaines, il faut étudier les expériences étrangères en la matière, notamment le cas de la Corée du Sud qui avait le même PIB par habitant que le Maroc dans les années 1960, et qui est maintenant dix fois supérieur à celui de notre pays.

C’est l’occasion de présenter la Corée du Sud, petit pays par la surface (99.720 km2) mais grand par la population (50 millions) et par son économie qui le place au 12e rang des puissances économiques mondiales. En effet, ce pays dispose d’un PIB (PPA) de 1.778 milliards de dollars et d’un PIB (PPA) par habitant de 35.277 dollars. Son IDH (indice de développement humain) de 0,89 est le plus élevé d’Asie. La dette publique n’est que de 35,7% du PIB, et le pays bénéficie pratiquement du plein emploi avec un taux de chômage de 3,54%.

Pour comprendre la situation actuelle de la Corée du Sud, il faut se référer à son histoire récente. Après l’occupation japonaise en 1910, le pays fut divisé en 1945 après la Seconde Guerre mondiale en deux zones par les Etats-Unis et l’URSS. En 1948, la péninsule coréenne connût une partition en deux Etats: la Corée du Nord communiste et la Corée du Sud capitaliste sous influence américaine.

S’en est suivie la guerre de Corée (1950-1953) où la Corée du Nord fut soutenue par la Chine, et la Corée du Sud par les Etats-Unis. Après l’armistice, fut instaurée une zone démilitarisée entre les deux Etats autour du 38e parallèle. A aujourd’hui, la guerre n’est pas officiellement terminée et des incidents fréquents ont lieu entre la Corée du Nord et la Corée du Sud.

Après 1953, des gouvernements autocratiques ont pris le pouvoir en Corée du Sud, et ce n’est qu’en 1980 que le premier Président de la République coréenne a été élu dans le cadre de la légitimité démocratique. Valeur aujourd’hui, la Corée du Sud est gouvernée par un président par intérim Hwang Kyo-Ahn.

En effet, la première Présidente de la Corée du Sud Park Geun-hye qui a été élue en décembre 2012 fût destituée le 10 mars 2017 à la suite d’un scandale de corruption de sa confidente, puis arrêtée et emprisonnée le 30 mars 2017. Ces derniers événements montrent la vigueur de la démocratie de la Corée du Sud, qui dispose d’institutions solides qui vont permettre à l’occasion des élections présidentielles du 9 mai 2017 de rétablir une vie politique normale.

Le développement remarquable de l’économie de la Corée du Sud est dû à plusieurs raisons. En effet, il est extraordinaire que ce pays qui avait un PIB de 260 dollars par habitant dans les années soixante, comparable à celui de beaucoup de pays africains, l’a multiplié par huit actuellement.

La première cause du succès de la Corée du Sud est l’éducation, qui a permis dès 2012 d’atteindre un taux d’alphabétisation de 97,9%. Le système éducatif coréen est décentralisé et la scolarisation est obligatoire de 6 à 14 ans. Le budget alloué à l’éducation nationale est de 4,9% du PIB, et une part importante de la scolarité est assurée par le secteur privé qui atteint 80% au niveau universitaire.

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Presque tous les lycéens et collégiens portent l’uniforme de leur école, et avec 50 heures d’études par semaine, les écoliers de la Corée du Sud sont les plus assidus des pays de l’OCDE. La langue anglaise est enseignée dès le primaire et les autres langues étrangères dès le lycée (chinois, japonais, français, espagnol, allemand). Les autorités veillent en permanence à améliorer la compétitivité du système éducatif sous la pression des parents, qui voient dans la réussite scolaire de leurs enfants la clé de l’ascension sociale.

Le second élément de la réussite économique de la Corée du Sud est la priorité accordée à la recherche/développement qui est l’une des plus importantes du monde avec un budget de 4% du PIB. Le troisième élément est la politique économique poursuivie à la fin des années 1980. Elle a consisté dans des liens étroits entre le gouvernement et le milieu des affaires.

Les mesures prises ont consisté à établir un système de crédit dirigé, des restrictions sur les importations, le financement de certaines industries, et l’endettement massif. Le gouvernement a favorisé l’importation des matières premières et des technologies, et a encouragé l’épargne et l’investissement au détriment de la consommation.

Sur le plan social, cette politique a consisté à exiger des ouvriers une très grande quantité de travail avec des bas salaires. Le gouvernement a également encouragé la création des «Chaebols», des groupes familiaux disposant d’un ensemble d’entreprises de domaines variés, entretenant entre elles des participations croisées. Les plus importantes de renommée mondiale sont Samsung, Hyundai, LG Group, Group SK, Posco, GS Group et Lotte. Ces groupes ont dû se transformer en holdings pour assurer une plus grande transparence.

Mondialisation

En un demi-siècle, la Corée du Sud a pu s’ériger en 12e puissance mondiale. Certes chaque pays a ses spécificités et doit chercher son propre modèle de développement. Cependant, l’exemple de la Corée du Sud est intéressant à plusieurs égards. Le Maroc doit s’en inspirer pour parfaire son système éducatif, développer la recherche/développement, restreindre les importations pour assurer son développement industriel, et multiplier les grands groupes qui seuls peuvent faire face à la mondialisation. Il doit en outre se rapprocher davantage de ce pays dynamique pour augmenter les échanges commerciaux et attirer les investissements qui sont actuellement encore faibles.

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