International

L’énergie, incontournable «combustible» du développement

Par Amine SAHRANE | Edition N°:5154 Le 23/11/2017 | Partager
60% des populations dans les pays les moins avancés n’ont pas accès à l’électricité
Les retours sur investissement trop longs
Une mise à niveau d’ici 2030 mobiliserait entre 12 et 40 milliards de dollars
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Dans les pays les moins développés, 60% de la population en moyenne n’a pas accès à l’électricité. Cette proportion n’est que de 10% dans les pays en développement. Ce taux ne dépasse pas 1% pour le Maroc (Ph. Bziouat)

«Le développement n’est pas seulement une question de croissance économique, mais de transformation structurelle de l’économie», relève un nouveau rapport de la Cnuced sur l’énergie des pays les moins avancés (1). C’est un passage progressif d’une économie faiblement productive, industriellement limitée et où prédominent l’agriculture et les services à faible valeur, à une structure plus industrialisée et productive.

L’accès à une énergie moderne en est un facteur principal, à la fois direct et indirect. Plus d’accès à l’énergie permet d’adopter des technologies de production qui améliorent la productivité. De plus, les entreprises et les individus peuvent travailler plus longtemps en utilisant l’électricité. Le développement énergétique permet aussi de créer des synergies, qui contribuent à développer tous les secteurs.

Or, l’activité de plus de 40% des entreprises dans les pays les moins développés  est freinée par un approvisionnement inadéquat en électricité. Elles subissent chaque mois une moyenne de 10 coupures de courant d’une durée approximative de cinq heures chacune, ce qui leur coûte 7% du chiffre d’affaires. «L’utilisation productive de l’énergie est le facteur qui transforme l’accès à cette énergie en développement économique», indique Mukhisa Kituyi, le secrétaire général de la Cnuced.

Dans les pays les moins développés, 60% de la population en moyenne n’a pas accès à l’électricité. Cette proportion n’est que de 10% dans les pays en développement. Ce taux ne dépasse pas 1% pour le Maroc, même si le raccordement à l’électricité pose encore problème (voir notre édition du 01/11/2017). Le rapport indique qu’une mise à niveau d’ici 2030 devrait coûter entre 12 milliards et 40 milliards de dollars par an.

Ces dépenses seront encore plus importantes pour que l’énergie devienne un vecteur de transformation dans ces régions. Pour cette raison, la Cnuced invite les donateurs à «honorer leurs engagements en matière d’aide». Le Programme d’action d’Istanbul prévoit que les donateurs internationaux y allouent 0,15 à 0,20% de leur revenu national de 2011 à 2020. Les aides actuelles sont inférieures à cet objectif et s’établissent entre 33 et 50 milliards de dollars.

  Le recours à l’investissement privé reste malheureusement inefficace, compte tenu de la situation actuelle. Le développement d’infrastructures électriques comporte des coûts irréversibles élevés, et les retours sur investissement sont lents. De plus, le risque est considéré comme important dans ces régions pour les investisseurs à cause des faibles institutions, de la corruption et des risques géopolitiques. Les produits d’assurance et de garantie permettraient néanmoins d’atténuer le risque et d’améliorer la confiance.

Le marché obligataire intérieur peut également constituer une source de financement, indique la Cnuced, encore faut-il qu’il soit développé. Le Maroc tente de pallier ce problème, notamment avec le développement de projets tels que Casablanca Finance City. L’un des objectifs principaux de cette structure est d’attirer les investissements et les canaliser vers l’Afrique.

Les énergies renouvelables ont également un rôle, et pas des moindres. «Il est essentiel de déployer rapidement des technologies à usage collectif fondées sur les énergies renouvelables», indique la Cnuced. Cet objectif reste difficile à achever. Les pays les moins développés doivent au préalable surmonter d’importants obstacles technologiques, économiques et institutionnels. Ils ne pourront pas y arriver sans des politiques nationales appropriées, ainsi qu’un appui international plus solide.

Les enjeux

Dans les pays les moins avancés, les tarifs de l’électricité appliqués aux entreprises industrielles et non industrielles sont en moyenne deux fois plus élevés que dans les autres pays. L’activité de production est sérieusement entravée par l’accès inadéquat à l’énergie. Ces pays doivent multiplier par 13,5 leur production d’électricité pour subvenir au minimum des besoins modernes. D’un autre côté, les énergies renouvelables deviennent de plus en plus pratiques. Leur coût a sensiblement baissé grâce à l’innovation et à l’effet d’apprentissage. Les panneaux solaires photovoltaïques sont par exemple 85% moins chers par rapport à leurs cours de la décennie écoulée. Les obstacles à l’investissement et au transfert de technologies empêchent cependant les pays les moins développés d’en profiter. Pour réaliser l’accès universel à l’électricité d’ici à 2030, les réseaux doivent desservir 571 millions de personnes de plus, les mini-réseaux 341 millions de personnes de plus, et 114 millions de personnes de plus pour les dispositifs autonomes.

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(1) La Cnuced a publié hier un rapport sur la productivité énergétique dans les pays les moins développés.

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