Politique

Crise existentielle au PJD

Par Mohamed CHAOUI | Edition N°:5153 Le 22/11/2017 | Partager
Le Conseil national prévu le 25 novembre tranchera le point du 3e mandat
Les trois scénarios qui se profilent
Le risque d’implosion n’est pas exclu

Dernière ligne droite pour le 3e mandat de Abdelilah Benkirane à la tête du PJD. Cette question sera au cœur de la réunion extraordinaire de son conseil national, le parlement du parti, le samedi 25 novembre. Le débat promet d’être vif. C’est cette instance qui décidera si Abdelilah Benkirane pourra oui ou non rempiler lors du congrès programmé les 9 et 10 décembre prochain.

Ce point à l’ordre du jour divise cette formation, avec le risque d’implosion. Deux courants, diamétralement opposés, s’affrontent. L’un, favorable au retour de Benkirane comme secrétaire général du PJD, pour un autre mandat, est animé notamment par les parlementaires comme notamment Amina Maâlainine, vice-présidente de la Chambre des représentants et Abdelali Hamiddine, président de la Commission de l’éducation et la culture de la Chambre des conseillers.

Ils considèrent que «Benkirane est le seul capable de conduire le PJD lors des prochaines années». Attention, les statuts du parti ne lui permettent pas un troisième mandat à la tête du parti, à moins d’amender l’article 10. La commission des procédures du PJD, qui s’est déjà réunie, a voté en faveur de cet amendement.

Mais ce résultat, qui a été ressenti comme un choc pour les partisans de l’autre courant, composé du chef du gouvernement Saâdeddine El Othmani et les autres ministres du parti, doit être validé par le conseil national. Dans la foulée, l’article 37 autorisant les ministres à être membres sur titre du secrétariat général du parti sera également modifié.

Ces deux propositions seront soumises au débat et au vote lors du Conseil national de samedi prochain. D’ici là, en interne, la campagne de sensibilisation de chaque courant auprès des membres de cette instance bat son plein. Chaque courant affûte ses armes. Même Benkirane s’y est mis indirectement via le comité central de la jeunesse de son parti où il a exposé «son argumentaire».

En tout cas, ses détracteurs font valoir sa «vision floue des alliances et sur la majorité où il a brillé par ses absences lors de ses différentes  réunions depuis qu’il a été écarté par le Souverain». Ils l’accusent de vouloir sortir le PJD du gouvernement, ce qui pourrait déboucher sur des élections anticipées, avec le risque de pertes des sièges au PJD.

El Othmani souffle le chaud et le froid. Il s’est dit prêt à démissionner de son poste de chef de gouvernement si jamais l’unité du parti se trouve menacée. Parallèlement à cette sortie, il a affirmé qu’il n’était pas au courant que Abdelilah Benkirane brigue un troisième mandat. Dans cette affaire, les anciens dirigeants du Mouvement pour l’unité et la réforme (MUR), le bras idéologique du PJD, sont contre la reconduction de Benkirane à la tête du parti.

Ainsi, Ahmed Raissouni et Mohamed El Hamdaoui ont affiché leur opposition. D’autres membres influents de l’actuelle direction refusent également cette éventualité. L’actuel patron du MUR, Abderrahim Cheikhi, ancien membre du cabinet de Benkirane alors chef de gouvernement, semble favorable au courant d’El Othmani. Cette affaire interne au PJD aura des répercussions au-delà de la formation elle-même.

Elle remettra en question le renouvellement de la classe politique, enclenché par Salaheddine Mezouar et qui devait s’étendre notamment à Mohand Laenser et Abdelilah Benkirane. En tout cas, si Benkirane décroche un 3e mandat, la continuité du gouvernement actuel sera compromise. Déjà, des observateurs considèrent que le remaniement pour remplacer les quatre ministres destitués est retardé à cause notamment du congrès du PJD. L’USFP a également les yeux rivés sur ce congrès.

Driss Lachgar sait pertinemment qu’il «n’est pas la tasse de thé de Benkirane» qui s’était opposé à la participation du parti à l’actuelle majorité. L’USFP a intégré le gouvernement après la mise à l’écart de Benkirane et la nomination d’El Othmani. En outre, le PJD, sous la conduite de Benkirane, n’aura pas une visibilité claire s’il reste au gouvernement ou s’il bascule dans l’opposition. Surtout que ses ministres ne seront pas membres sur titre du Secrétariat général pour empêcher cette tentation. Cette hypothèse ne sera pas acceptée par ses alliés de la majorité. Ce qui mettra le gouvernement en difficulté.

L’autre scénario sur la table est celui du vote contre le 3e mandat de Benkirane. Avec un tel échec personnel, il sortira du Secrétariat général pour faire, en compagnie de ses partisans, de l’opposition à l’intérieur du parti. Ou il se retirera de la scène politique sur la pointe des pieds. Cette hypothèse donnera les coudées franches à El Othmani qui aura la main sur le parti.

Un troisième scénario n’est pas exclu: le vote en faveur du 3e mandat. Mais Benkirane, au lieu d’aller jusqu’au bout, préfère renoncer, en cautionnant un de ses proches comme Slimane Amrani, son adjoint et directeur du parti ou encore Mohamed Mouatassime, maire de Salé et son ancien directeur de cabinet.

Image ternie

Quelle que soit l’issue du vote lors du conseil national sur le 3e mandat, l’image de Benkirane sera ternie. Le consensus dont jouissait le secrétaire général, disparaît pour laisser la place aux divisions dans les rangs de son parti. Cette posture l’affaiblit, surtout que l’ancien chef du gouvernement a déjà fait deux mandats à la tête du PJD, en plus d’une rallonge d’une année et demie. En effet, le congrès devait se tenir l’été 2016. Mais à l’approche des élections législatives du 7 octobre, l’état-major du parti avait décidé de reporter cette échéance pour permettre à Benkirane d’être le chef du gouvernement si son parti arrivait en tête. Ce fut le cas, mais la suite n’a pas été bien calculée.

 

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