Economie

Rapport de la Cour des comptes: Des pistes pour traiter l’obésité de l’Administration

Par Abdelaziz GHOUIBI | Edition N°:5153 Le 22/11/2017 | Partager
Recrutement: Privilégier le critère du savoir-faire
Créer des passerelles des systèmes de retraite public-privé
12% du PIB vont aux salaires des fonctionnaires
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Le fonctionnaire coûte cher au Maroc. Au regard de la richesse qu’il produit par an (PIB), le pays entretient une administration obèse.  C’est ce que relève la Cour des comptes dont le rapport a été publié lundi. (Voir aussi  L’Economiste  du 9 novembre 2017).

L’institution que pilote l’ancien Premier ministre, Driss Jettou, constate, à travers un benchmark international, que «le niveau de rémunération dans la fonction publique au Maroc est parmi les plus élevés». La rémunération moyenne se situe autour de 3 fois le PIB par habitant, contre environ 2,5 pour la région MENA et 1,5 au niveau mondial. En Espagne et en France, les deux premiers partenaires économiques du Maroc, le rapport du salaire  public au PIB par habitant est en moyenne de 1 à 1,2.
Ce qui est inquiétant, c’est la tendance haussière qu’affiche la masse salariale. Elle devrait représenter 12% du PIB l’année prochaine avant de baisser légèrement en 2019 pour s’établir à 11,5% en 2021. En valeur absolue, la paie des fonctionnaires  avait dépassé les 120 milliards de DH en 2016.

Mais faut-il encore préciser que ces projections ne soient pas remises en cause par quelques évènements imprévus. Elles restent  aussi tributaires d’un taux de croissance  économique  supérieur à 3,5%», prévient la Cour. Au-delà, la rigidité des dépenses salariales découle principalement du niveau élevé des rémunérations. La maîtrise des effectifs permettrait, certes, d’atténuer la progression de ces dépenses, mais l’impact s’en trouve amoindri par l’effet des promotions de grade et d’échelon qui mobilisent, chaque année, une dépense   récurrente: 3,56 milliards de DH (en 2015). 

La Cour qui a émis un ensemble de recommandations pour contenir l’inflation de la fonction publique met surtout l’accent sur la maîtrise de la masse salariale. Elle appelle, en premier lieu, «à une refonte de systèmes de rémunération, d’évaluation et de promotion». Car si l’effectif n’est pas pléthorique par rapport à d’autres pays et que la baisse des niveaux de rémunération est difficile à mettre en œuvre, le seul levier est de s’en tenir aux recrutements vraiment nécessaires. Et le dispositif peut être renforcé par des redéploiements pour pallier les déséquilibres de répartition du personnel.

La Cour recommande également de professionnaliser le recrutement. En s’inspirant des techniques de  gestion de ressources humaines qui ont fait leurs preuves dans le secteur privé et dans d’autres pays. Ceci, notamment via  la limitation de la pondération des conditions académiques  au profit d’autres paramètres liés au savoir-faire par rapport au poste cible. En gros, en finir avec le culte du diplôme, souvent confondu avec la compétence.

Il faut également opérer une rupture du cloisonnement entre  les secteurs public et privé, à travers la reconnaissance des expériences professionnelles et instaurer des passerelles entre les systèmes de retraite public et privé qui faciliteraient la mobilité des deux côtés.  De plus, il faut mettre fin à l’avancement quasi automatique des fonctionnaires. Ces derniers doivent être incités à perfectionner leur savoir-faire et  à développer l’esprit d’initiative et d’innovation.

Tout en associant le système d’avancement et de promotion à des sanctions pour les moins performantes.  A cet effet, il est recommandé  de concevoir au niveau de chaque administration des référentiels d’évaluation qui permettraient de mesurer la performance de chaque fonctionnaire sur la base des tâches qui lui sont assignées.  
D’autres options de réforme du système de rémunération des agents de l’Etat restent aussi ouvertes. A commencer par la composition de la rémunération qui fait une large place aux indemnités par rapport au salaire de base.

«Cher» fonctionnaire

Le benchmark des salaires publics avec d’autres pays ainsi que par rapport au secteur privé fait ressortir le niveau élevé de la rémunération des fonctionnaires  au Maroc. Dans la fonction publique, le salaire mensuel net moyen s’est établi à  7.700 DH en 2016, en hausse de 51,6% par rapport à 2006. Le salaire net minimum s’élève à 3.000 DH, marquant une progression de 89,2% par rapport à 2007. Ces niveaux élevés sont de loin supérieurs aux moyennes du secteur privé où le salaire mensuel net moyen a atteint 4.932 DH et le salaire minimum 2.568 DH en 2015.

 

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