Tribune

Violences à l’école, violences dans la société: Que faire pour les enfants et leurs parents?

Par Noureddine AYOUCH | Edition N°:5151 Le 20/11/2017 | Partager

Fondateur et président du conseil de surveillance du groupe Shem’s Publicité, Noureddine Ayouch est très engagé dans la société civile. Il a introduit au Maroc le microcrédit puis un an après l’éducation non formelle, un système d’éducation aux résultats opérationnels rapides et performants mais avec une ouverture importante sur les arts et le savoir-être. Entre autres engagements, il est membre du Conseil Supérieur de l’Education et de la Formation (Ph L’Economiste)  

Quelle société voulons-nous construire et quelle jeunesse voulons-nous bâtir? C’est en répondant lucidement et honnêtement à cette question, que nous trouverons les solutions qui s’imposent pour bannir toute forme de violence à l’école, à la maison et dans la rue.

Depuis une trentaine d’années, la violence à l’école venait des enseignants qui malmenaient leurs élèves. La société ne la condamnait que timidement. Beaucoup la comprenaient et allaient jusqu’à la juger «bénéfique pour la bonne éducation de leurs enfants».
Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’enfant qui est maltraité, vilipendé, voire abusé dans sa dignité. L’enseignant est maintenant  bafoué par ses élèves, humilié dans sa profession et jeté publiquement à la vindicte populaire. On vocifère contre cet enseignant qui «a participé à l’échec scolaire de leurs enfants ». Beaucoup lui attribuent le taux élevé de l’abandon scolaire et celui par conséquent du chômage de leurs enfants.

Attention à ne pas tomber dans ce piège que l’on refoule par ignorance. Le mal nous concerne tous, nous sommes tous responsables de ce qui arrive. En tant que parents, nous avons enfanté ces garnements qui n’ont pour objectif que de détruire l’édifice qui est censé bâtir leur avenir.

Les parents ont abandonné l’éducation de leurs enfants. Le temps où le père et la mère se complétaient dans l’amour et l’éducation de valeurs à leurs enfants est fini. Pourtant l’école commence à la maison. L’avenir se construit d’abord autour des parents: Si l’un vous entourait de son amour, l’autre parent vous ouvrait la voie du savoir. Si l’un vous grondait pour votre bien, l’autre vous cajolait par sa tendresse. Quand l’un et l’autre vous offraient l’image d’un couple uni, heureux et attendrissant, leur affection rayonnait sur l’enfant et participait à son équilibre.

Tout cela a disparu. Les parents ont pour beaucoup des problèmes de survie à résoudre, la violence verbale et physique s’est installée dans les foyers, les enfants ont appris à vivre avec, ils n’ont pas le choix. L’école récolte des enfants en manque d’amour, en manque d’épanouissement et sans repères.

Celui qui faillit être prophète…

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La société marocaine pense encore que la violence des maîtres sur l’enfant est une bonne méthode d’apprentissage. Aujourd’hui, la violence s’est étendue: filmée par les autres élèves, des jeunes s’en prennent à leurs enseignants. Il ne faut pas seulement punir pour  la dissuader, il est nécessaire de prévenir. Mais il faut aussi sanctionner sévèrement le jeune qui injurie ou frappe un professeur. La sanction le suivra via son carnet scolaire. Inversement, il faut montrer  en exemple et récompenser symboliquement les enfants qui se comportent le mieux (Capture d’écran privée)

L’enseignant qui a failli être prophète, d’après un hadith, a levé le pied depuis belle lurette. Quelle personne aujourd’hui, la cinquantaine franchie, ne se souvient pas d’un ou de deux enseignants qui ont marqué sa vie? Le regard bienveillant du maître qui nous accueillait à l’entrée de la classe.

On restait debout devant nos tables, attendant ce mot magique «Asseyez-vous». Oui maître, on va s’asseoir pour apprendre et nous enrichir par vos connaissances si profondes et variées, écouter chaque jour vos histoires pleines d’allégories et véhiculant des messages qui nous rendaient heureux et souvent intelligents.

Aujourd’hui, ils arrivent à l’école en bus ou à bicyclette, eux qui conduisaient leur voiture, toute proprette, astiquée avec beaucoup de soins, habillés avec sobriété et élégance, la robe ou le tailleur pour la maîtresse, le costume et la cravate pour le maître. On les enviait, on les admirait, ils étaient nos idoles.

Depuis que sont-ils devenus? Le teint blafard, la chemise ou le pantalon non repassés voire déchirés, la mine endormie, le visage mal rasé parce que leur condition de vie a dégringolé et aussi parce qu’ils sont rejetés par la société. Aujourd’hui, les enfants se permettent de les frapper et les humilier publiquement.

C’est inadmissible et condamnable. Il faut sanctionner sévèrement tout élève injuriant ou frappant un enseignant. Cette sanction sera publiée au tableau comme dans son carnet scolaire et le poursuivra durant sa vie scolaire. Il nous reste à voir ce qu’on peut faire au niveau des pouvoirs publics, le mardi 21 novembre 2017.

Rendre les parents fiers

1- Convoquer les parents trois fois par an en présence de leurs enfants pour les informer sur les faiblesses et les forces de leurs enfants sur le plan de l’éducation et l’hygiène.
2- Assister les parents pour un meilleur accompagnement de leurs enfants par des conseils simples à suivre même s’ils sont analphabètes. Ils pourront se faire aider par un enseignant qui les recevra chaque fois qu’ils en ressentiront le besoin.
3- Honorer les parents par un tableau d’honneur chaque année en présence du directeur de l’école, des enseignants et des enfants. Ils seront ainsi très fiers et prendront au sérieux leur tâche de parents.

Préconisations pour les enseignants

1- Valoriser et honorer les enseignants en leur accordant le titre «Les chevaliers de la nation». Ils seront respectés et considérés par tous les citoyens.
2- Un prix d’honneur avec un montant conséquent sera donné aux meilleurs enseignants qui se sont distingués pour leurs performances exemplaires dans leur classe sur le plan pédagogique et des résultats obtenus par leurs élèves.
3-  Assurer à tous les enseignants une formation continue à distance grâce aux nouvelles technologies à travers des capsules vidéo de courte durée.
4- Sanctionner durement tout enseignant qui frappe ou insulte un enfant.

 

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