Economie

Pourquoi le groupe CDG et l’AFD veulent aller plus loin

Par Amin RBOUB | Edition N°:5150 Le 17/11/2017 | Partager
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Abdellatif Zaghnoun, DG de la CDG  et  Rémy Rioux, DG de l’AFD ( (Ph. CDG)

Le renforcement du partenariat entre la CDG et l’AFD (Agence française de Développement) constitue l’un des sujets vedettes de la 13e rencontre de haut niveau entre le Maroc et la France. Dans cette interview croisée, Abdellatif Zaghnoun, DG de la CDG et Rémy Rioux, DG de l’AFD(1) , détaillent le contenu de la convention de partenariat qui vient d’être signée entre les deux groupes. Ils expliquent également les effets attendus des nouvelles orientations stratégiques.

- L’Economiste: La CDG et l'AFD renforcent leurs axes de coopération. Quelle est la portée du nouvel accord?
- Abdellatif Zaghnoun:
Nos deux institutions ont l’habitude de travailler ensemble. L’AFD a déjà apporté son concours financier à certaines filiales du groupe CDG chargées de la mise en œuvre de projets emblématiques tels que la station balnéaire de Taghazout, la ville nouvelle de Zenata et les plateformes industrielles intégrées réalisées par notre filiale MedZ. Sans parler de nos actions en commun en faveur du climat, et celles en direction du continent africain. La convention de partenariat stratégique que nous venons de signer ce 16 novembre a une portée plus globale. Elle définit le cadre général et les axes de coopération sur lesquels nous ambitionnons de travailler. Nous avons ainsi retenu quatre axes qui sont en ligne avec les orientations stratégiques du Royaume en matière de développement économique, social et environnemental. Il s’agit de la transition énergétique et écologique, de la transition territoriale en appui à la dynamique de la régionalisation avancée, de l’inclusion sociale et de l’attractivité des territoires.

- Rémy Rioux: Le Maroc est le premier pays d’intervention de l’AFD. Et nous allons amplifier encore notre action. Cela passe notamment par plus de partenariats, avec un nouvel objectif d’engagement annuel de 400 millions d’euros. Nous renouvelons notre partenariat de longue date avec la CDG autour de priorités stratégiques communes comme la valorisation du capital humain et de la cohésion sociale, la promotion de l’attractivité du territoire et le soutien aux transitions énergétique et écologique. Cet accord se traduira par de nouvelles opérations concrètes. A Zenata par exemple, nous allons faire de l’éducation, à travers l’Ecole nationale supérieure d’Arts et Métiers de Paris; nous allons faire également de l’efficacité énergétique, avec un appui à la création d’une Société de Services énergétiques dans le domaine des bâtiments publics. Et du sport aussi.

- La régionalisation avancée est un enjeu stratégique pour le développement du Royaume. Comment voyez-vous l'apport de votre institution dans cette démarche?
- AZ: La CDG vient d’adopter de nouveaux positionnements qui initient une mutation de ses modes d’intervention. Désormais, elle interviendra dans les projets de développement du Royaume soit en tant qu’«Expert» pour le compte de l’Etat et d’acteurs tiers; soit en tant que «Co-financeur» des collectivités territoriales et des PME; soit en tant qu’«Investisseur» stratégique tourné vers le  développement du tissu productif dans des secteurs clés. Avec cette évolution, nous ambitionnons de consolider notre modèle économique et accroître significativement nos capacités d’intervention afin de mieux répondre aux enjeux du Royaume, notamment ceux liés à l’évolution de son modèle de croissance, à la régionalisation avancée, à la transition énergétique et au développement durable.
A cet égard, le partenariat stratégique que nous venons de sceller avec l’AFD est en totale cohérence avec nos nouveaux positionnements. Il permet de démultiplier nos moyens pour apporter des réponses appropriées à différentes préoccupations notamment celles des régions qui constituent, comme l’a rappelé SM Le Roi «le moyen le plus efficace de venir à bout des problèmes locaux et de satisfaire les demandes des populations qui en sont affectées»(2) . Avec l’AFD, nous comptons mettre en place, en faveur des régions, des offres spécifiques, au cas par cas, qui englobent, outre la mise à disposition de l’expertise accumulée par le Groupe et de financements, le renforcement des capacités et l’assistance dans le montage et la structuration des projets.

- RR: Notre valeur ajoutée est d’agir directement sur le terrain, là où se font les politiques publiques, au plus près des populations. 50% des financements de l’Agence concernent déjà des acteurs autres que les Etats. Dans le cadre de sa nouvelle stratégie 2017-2021 au Maroc, l’AFD met l’accent sur l’accompagnement de la dynamique de régionalisation avancée. Nous travaillons déjà avec les sociétés de développement local ou d’aménagement et nous allons travailler demain auprès des collectivités et des régions. Nous allons multiplier les collaborations entre les acteurs des territoires, qu’ils soient français, marocains ou africains.  Les territoires sont l’échelle d’action pertinente pour réaliser notre mandat: l’Afrique, toute l’Afrique, le lien social, la réduction des inégalités, la jeunesse, l’égalité des droits entre les femmes et les hommes, et bien sûr le climat.

- Vous annoncez une volonté de convergence des actions de la CDG et de l'AFD au bénéfice de l'inclusion sociale et financière et de l'attractivité des territoires. Qu'en est-il plus précisément?
- RR: Notre stratégie d’agir aux côtés de nos partenaires pour accélérer la réalisation des Objectifs de Développement durable impose de répondre aux enjeux de cohésion sociale et de renforcement du capital humain, en ciblant particulièrement les jeunes et les femmes. Cette logique d’inclusion sociale sous-tend l’ensemble des actions communes de la CDG et de l’AFD, de l’inclusion financière des TPME aux actions d’aménagement urbain.

- AZ: Comme vous le savez, notre filiale FINEA  joue un rôle central dans la facilitation de l’accès des TPME au financement bancaire. Il est ainsi envisagé de capitaliser sur cette structure au travers de l’appui technique et financier de l’AFD. Par ailleurs, la CDG et l’AFD comptent renforcer et approfondir leurs actions en faveur de l’inclusion financière et des populations les plus défavorisées du Royaume via le fonds JAIDA. Pour rappel, ce fonds, détenu à hauteur de 32% par la CDG et de 9% par l’AFD, a pour principale mission de lutter contre l’exclusion financière et sociale et de promouvoir le développement des micros et petites entreprises créatrices d’emploi. Par ailleurs, les deux parties envisagent de joindre leurs efforts au niveau de l’accompagnement de la ville nouvelle de Zenata, notamment au niveau de son pôle éducation et santé et de poursuivre leurs actions de coopération existantes en termes d’attractivité des territoires, initiées au travers de MedZ et de la Société d’Aménagement et de Promotion de la station de Taghazout.

- La dimension africaine est également évoquée dans votre nouveau partenariat. Quelle importance donnez-vous à ce volet international de votre coopération?
- AZ: La coopération Sud-Sud se trouve au cœur de la politique de coopération internationale du Royaume. Et l’Afrique y occupe une place de choix.  Par ailleurs, la transition énergétique et écologique offre à l’Afrique de formidables opportunités de développement durable. Seulement, dans les flux de financement internationaux consacrés à la lutte contre les changements climatiques, le continent africain ne capte qu’une part insignifiante d’à peine 5%. La CDG et l’AFD, tous deux membres fondateurs du Réseau d’Investisseurs africains pour le Climat (African Investors for Climate Change/AICC Network), comptent déployer leurs meilleurs efforts pour que ce réseau puisse jouer pleinement son rôle.
En effet, ce Réseau a pour objet de contribuer à la mobilisation de l’épargne domestique africaine partant du principe que les financements internationaux ne seront pas suffisants.
- RR: Nous partageons avec la CDG une vision neuve du continent. Notre stratégie «Tout Afrique» cesse de séparer Afrique du Nord et Afrique subsaharienne pour considérer le continent comme un tout. Une façon de décloisonner les approches pour accélérer le développement durable. C'est le rôle des banques de développement de comprendre les évolutions économiques et sociales des territoires et leurs populations. Au sein de l’International Development Finance Club (IDFC), dont la CDG et l'AFD sont des membres fondateurs et dont j’ai pris récemment la présidence, nous voulons surprendre et agir à la bonne échelle. Cette plateforme unique de vingt-trois banques du Nord et du Sud représente, avec 630 milliards de dollars d’engagements annuels, une force considérable à mettre au service du financement international du développement et de la lutte contre le changement climatique.

 Le défi de la transition énergétique

La transition énergétique et écologique du Maroc constitue un axe prioritaire du partenariat CDG/AFD. Le dossier a connu un regain d’intérêt à l’occasion de la COP22; l’AFD a apporté son soutien à la mise en place d’une société de services énergétiques (ESCO), dédiée à l’efficacité énergétique dans les bâtiments et à l’éclairage public, structure que nous sommes en train de créer en partenariat avec l’ONEE et l’AMEE. L’AFD soutient également, aux côtés de la Caisse des Dépôts française, l’initiative prise par la CDG et d’autres caisses de dépôt africaines, visant à créer un réseau d’investisseurs africains pour le climat. «Nous sommes, par ailleurs, tous les deux membres d’un think tank spécialisé dans l’économie et la finance climat (I4CE)» souligne Zaghnoun.

Le domaine de la transition énergétique et écologique occupe ainsi une place importante dans ce nouveau protocole d’accord. CDG et AFD envisagent de travailler ensemble pour mobiliser des financements en faveur des projets d’atténuation et d’adaptation initiés notamment dans les régions. CDG capital, banque d’investissement du groupe CDG vient d’ailleurs d’être accréditée par le Fonds Vert Climat (Green Climate Fund) alors que l’AFD a déjà été accréditée par le même Fonds.
«L’AFD est pionnière dans l’action climatique. Nous avons intégré cette dimension dans nos opérations depuis plus de dix ans. Aujourd'hui, 50% de nos financements ont un effet positif direct pour le climat. Au Maroc, ces co-bénéfices s’élèvent même à deux tiers» indique Rioux.

L’AFD partage avec la CDG des préoccupations communes autour des questions relatives aux énergies renouvelables, à la promotion de transports publics sobres en carbone, à la préservation des ressources en eau, à la formation professionnelle aux métiers de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables, ou encore au financement des investissements verts par le secteur bancaire. «Nous voulons aller plus loin et rendre 100% de nos projets compatibles avec l’Accord de Paris – autrement dit, accompagner des trajectoires de développement bas-carbone de long terme» souligne Rioux.

Propos recueillis par Amin RBOUB

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(1) L’Economiste a publié une interview de Rémy Rioux le 2 novembre 2017.
(2) (discours prononcé devant le parlement, le 13 octobre 2017)

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