Economie

Les sidérurgistes déterminés à relancer la croissance

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5148 Le 15/11/2017 | Partager
Une étude de perception révèle les forces, les faiblesses et les enjeux du secteur
Soutenu par l’Etat, il est loin d’être compétitif au niveau international

Le secteur de la sidérurgie est stratégique et est amené à jouer un rôle important dans le développement économique du pays. L’industrie connaît un tournant décisif à l’échelle nationale. Mais le coût de revient est fortement impacté par le facteur énergie, la dépendance au secteur du BTP, principal secteur applicatif de la sidérurgie marocaine, et la politique d’approvisionnement tributaire des marchés internationaux.

«Une économie solide doit s’appuyer sur des champions nationaux performants», annonce d’emblée Moulay Hafid Elalamy lors de l’événement Steel Impulse, l’association des sidérurgistes marocains. «Des entreprises comme Maghreb Steel et Sonasid sont des fiertés nationales. L’Etat vous soutiendra tant que vous êtes à la pointe technique et technologique», promet le ministre aux opérateurs.

Mais justement, les investissements sont jugés insuffisants dans la Recherche & Développement par les professionnels du secteur. Un secteur encore trop jeune pour affronter la concurrence internationale (généralement très agressive et soutenue par les Etats).

«La protection est à double tranchant: elle peut aussi bien favoriser l’essor du secteur comme elle peut le confiner à une léthargie économique», confie, sous couvert d’anonymat, le dirigeant d’une entreprise spécialisée. Steel Impulse a mené une étude de perception, en collaboration avec le think tank Radius, auprès des dirigeants du secteur et en a révélé la synthèse.

■ Plus de compétitivité et une meilleure gestion
Une gestion optimisée de la consommation énergétique est salutaire. Selon les opérateurs sondés, il faut exploiter la filière des énergies renouvelables (loi 13-09 d’autoproduction) et utiliser les sources d’énergies alternatives comme combustibles en remplacement du charbon, du fuel et du gaz.  Une gestion moderne de la fonction logistique s’impose. Il faut créer une zone logistique dédiée à l’activité de la sidérurgie avec des installations pour la première transformation. La création d’une  centrale d’achats dédiée au secteur est aussi à l’ordre du jour ainsi que des solutions de rail pour la massification des flux.

■ Plus d’international
L’export est au centre des attentions. L’objectif étant d’élaborer une stratégie d’export agressive, notamment à travers des approches commerciales intégrées (modèle turc). Cela passera par la création tout d’abord d’un cadre réglementaire, fiscal et douanier adapté à l’’export, notamment à travers des conventions-cadres avec les Douanes et l’Administration fiscale. Les professionnels du secteur prévoient aussi de créer un Groupement d’intérêt économique (GIE) ou un cluster dédié aux marchés internationaux. Au niveau continental, l’adhésion du Maroc à la CEDEAO permettra au secteur sidérurgique marocain d’appréhender le marché africain.

■ Plus de qualité et de normes
S’aligner sur la qualité technique et technologique des puissances sidérurgiques internationales est une question de survie pour  le secteur. «Les produits simples sont maitrisés et l’expertise marocaine est reconnue à l’international. Mais en ce qui concerne les produits complexe, ce n’est pas encore totalement le cas», confie Amine Louali, DG délégué de Maghreb Steel. L’un des chantiers prioritaires des sidérurgistes porte sur l’amélioration de la résistance de l’acier marocain à la corrosion. L’amélioration de la qualité de l’acier passera par le renforcement de l’arsenal de contrôle sur le marché et de la traçabilité des produits à travers notamment le marquage. La corporation souhaite faire évoluer la certification NM et la rendre obligatoire pour les produits importés. Elle compte aussi militer pour l’adoption du code de la construction.
■ Plus d’engagements sur la chaîne de valeur
Selon Steel Impulse, le système logistique est inadapté aux évolutions et au poids du secteur. Structurer la filière de récupération de la ferraille pour améliorer l’approvisionnement du secteur est un levier stratégique. L’une des pistes en cours d’étude consiste à organiser les récupérateurs et les accompagner à rejoindre le secteur formel à travers le statut auto-entrepreneur. Dans la foulée, un travail sur la formation est programmé. La signature d’une convention avec  Maroc PME visant à accompagner la formation et la mise à niveau des récupérateurs est également à l’ordre du jour.

Automobile, aéronautique… Plus de diversification

Les sidérurgistes n’ont plus le choix. Ils sont dans l’obligation de se préparer à opérer dans un environnement ultra-concurrentiel. Une diversification accrue pourrait être la réponse. Les cadors du secteur souhaiteraient signer une convention-cadre avec le secteur de l’automobile et investir dans le processus d’homologation des produits qui lui sont destinés. L’aéronautique est aussi aux centres des attentions sans qu’une feuille de route ne soit encore établie.
Autre frein à la diversification du secteur et qui n’est pas du ressort des professionnels: la domination du béton dans les constructions. «Nous avons un héritage latin qui fait que le secteur du BTP marocain utilise plus de béton que d’acier alors que ce dernier offre plus de possibilités architecturales», confie Amine Louali, Directeur délégué de Maghreb Steel. «A nous de créer de l’émulation entre les matériaux de construction dans un cadre de concurrence saine, où l’acier pourrait devenir une alternative à fortes qualités environnementales», poursuit le dirigeant de Maghreb Steel.

Repères

  • Le secteur représente 5.000 emplois directs et près de 12.000 indirects
  • L’activité pèse pour 15 milliards de DH d’investissement
  • Fournisseur de plusieurs secteurs stratégiques avec une capacité de production installée de plus de 5,5 millions de tonnes en laminage et de plus de 2,8 millions de tonnes en aciérie
  • Créateur de valeur ajoutée : 1,1 milliard de DH
  • Chiffre d’affaires de plus de 10 milliards de DH en 2016.

 

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