Entreprises

Ascenseurs: Otis parie sur la maintenance

Par Jean Modeste KOUAME | Edition N°:5148 Le 15/11/2017 | Partager
Les trois quarts du chiffre d’affaires sur les appareils neufs et le quart sur le SAV
Le fabricant compte positionner le Maroc en tant que hub logistique du Maghreb
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De plus en plus exigeante, la demande sur le marché pousse les fabricants d’ascenseurs à développer une nouvelle génération de produits : dispositifs connectés, technologie LED, appareils optimisant la consommation d’énergie et d’espace dans les bâtiments, sécurité passive et active, ergonomie… (Ph. Otis).

Le marché de la maintenance des ascenseurs a encore du chemin à faire au Maroc. «Nous sommes à une étape similaire au marché européen, il y a une vingtaine d’années», soutient Patrick Blethon, président Otis Europe, Middle-East and Africa.  «Le problème du marché marocain réside dans la réglementation sur la maintenance, qui n'est pas appliquée! Ou du moins, on ne l’applique pas assez.

Ce n’est pas une histoire de prix. Le vrai sujet est qu’il faut rendre obligatoires les visites de maintenance pour les ascenseurs», explique Blethon. En France, la loi sur la maintenance a été renforcée avec des exigences supplémentaires il y a une quinzaine d’années, lorsqu’il y a eu des accidents d’usagers et de techniciens sur des ascenseurs mal entretenus. Depuis, la nouvelle loi donne plus de place à la sécurité, le contrôle.

Estimé à plus de 30.000 cabines installées, le marché marocain de l’ascenseur est partiellement structuré, avec beaucoup d’informel, notamment dans la co-construction. Sur le terrain, il y a une surenchère au niveau des tarifs du service après-vente. Ce qui est en partie dû à une asymétrie des rapports de force. Surtout après la réception des appartements. Les syndics préfèrent la solution la moins chère et optent plutôt pour le bricolage.

Le coût de la maintenance fait que les usagers préfèrent s'en passer. «Les copropriétaires font des arbitrages à ce niveau et se disent pourquoi ne pas économiser? Mais après, ils peuvent être confrontés à de vrais sujets de sécurité et subir de graves accidents», souligne Otis.

Pour le fabricant, le coût de la maintenance varie en fonction du nombre de niveaux, de la charge de l’appareil, de sa vitesse, la technologie embarquée, la vétusté... Côté maintenance, cette industrie est un peu comme la mécanique auto. Dans un garage automobile, on peut avoir différentes marques de voitures. Grace aux échanges de portefeuilles, ses techniciens sont capables de maintenir plusieurs marques.

A cet effet, l’entreprise a un centre d’expertise à Madrid où ses techniciens se spécialisent sur d’autres marques. Au Maroc, Otis compte plus de 150 techniciens ainsi que plusieurs sous-traitants certifiés. Dans le cadre du développement du segment maintenance, le management d’Otis compte ouvrir localement un dépôt logistique dédié au stockage de pièces de rechange, qui fera aussi office de showroom.

Ce magasin va permettre à la marque de se positionner en tant que distributeur de pièces détachées dans la région et mieux servir la clientèle, contrôler les pièces, la qualité, la sécurité... «Nous avons toute une stratégie long terme de développement avec l’Afrique. Nous réfléchissons à positionner le Maroc en tant que hub du Maghreb, à la fois en termes de produits, services, support engineering et formation. La décision sera prise par le comité exécutif d’ici fin 2018-début 2019», annonce  le manager. Et d’ajouter: «Pour 2018, nous sommes très confiants. Notre carnet de commandes est très fourni jusqu’à 2019 et sommes ouverts à des acquisitions pour densifier l’organisation».

Le fabricant américain affiche clairement une stratégie d’expansion sur le segment service. En termes d’approvisionnement et de disponibilité produits, deux usines vont supporter le marché marocain: Madrid et Gien (France), deux sites importants dans la stratégie. Depuis ses deux usines, il exporte vers le reste du monde.

Le marché marocain est de loin dominé par Otis, devant les fabricants comme Kone, Schindler, Thyssen Krupp... Otis réalise les trois quarts de son chiffre d’affaires sur les appareils neufs (grands projets) et le quart sur le service (maintenance). Toutefois, son activité service est en pleine croissance depuis 4 ans (croissance à 2 chiffres). «Nous avons de plus en plus de demandes de contrats de maintenance, y compris de marques qui ne sont pas les nôtres», précise le management.

Auparavant, l’activité stagnait un peu. Pour relancer le business, l’entreprise investit actuellement dans la construction d’un nouveau siège social, qu’elle compte réceptionner à fin mars 2018. En termes de part de marché, le management revendique son leadership: «Nous sommes de loin le numéro 1, avec une croissance à 2 chiffres, largement devant le numéro 2, qui est aussi un concurrent important. Nous sommes aussi leader mondial et dans tous les pays où nous sommes implantés, nous sommes très souvent en position de leader». En effet, sur le marché local, la marque bénéficie de son ancienneté, sa forte notoriété,  d’un maillage territorial plus important, une logistique et un service client dynamiques.

A l’échelle mondiale, Otis réalise plus de 13 milliards de dollars de chiffre d’affaires. Le management refuse de communiquer ce que vaut le business à l'échelle nationale, mais l'entreprise emploie plus de 150 personnes réparties sur les grandes villes du Maroc.

Au niveau EMEA, Otis opère avec près de 28.000 personnes, dont une forte proportion de techniciens, ingénieurs, experts, de commerciaux et de fonction support. «Nous voulons devenir l’une des 20 premières sociétés reconnues au Maroc en tant qu’employeur, pour attirer les talents locaux», annonce Blethon.

Référence pour les gratte-ciel

Très présent sur le marché des gros projets, Otis a l'ambition de devenir  la référence pour le segment du neuf et les gratte-ciel. D’ailleurs, il développe actuellement une structure «immeubles grande hauteur». «Nous sommes leader dans le monde pour ce genre de bâtiment. Sur les 11 plus hauts gratte-ciel au monde, 10 sont équipés par Otis», fait valoir le management. Otis est présent sur les gares LGV de la ligne Tanger-Casablanca, la tour Maroc Telecom ainsi que l’équipement d’hôtels. «Nous avons décroché récemment de gros contrats avec de grandes chaînes hôtelières», révèle le management.

Informel

«Le mot contrebande est un terme un peu fort. Au fait, il s’agit d’ascenseurs sans marque, fabriqués par de petits artisans. Je sais qu’il en existe sur le marché marocain, qui n’ont pas suivi toute la chaîne de contrôle qualité», tient à préciser Blethon. Et d’ajouter: «Cela peut apparaître simple et pas cher d’acheter des pièces et assembler un ascenseur, mais si vous n’avez pas contrôlé la certification des pièces, vous exposez les usagers à des risques plus graves que les pannes récurrentes, notamment de graves accidents parfois mortels». De très fortes exigences de sécurité s’imposent donc aux fabricants. En effet, l’utilisation d’un ascenseur nécessite une maintenance régulière et rigoureuse pour garantir la sécurité des usagers. Pour le manager, la fréquence des visites de maintenance devrait être de 12 visites/an/ installation, soit environ une visite/mois.

 

 

 

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