Competences & rh

MBA/Financement: Les cadres obligés de casser leur tirelire

Par Ahlam NAZIH | Edition N°:5147 Le 14/11/2017 | Partager
Le coût du cursus peut aller jusqu’à 325.000 DH
Les écoles offrent des facilités de paiement
Mais très peu négocient des prêts bancaires pour leurs étudiants
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Une étude réalisée par le cabinet Invest RH fin 2010 auprès de 750 sondés (dont plus de 70% de cadres) dans plusieurs villes, avait relevé que seulement 22,1% des candidats bénéficient d’une prise en charge totale de leurs employeurs. Mais depuis, la crise est passée par là. Cette part pourrait être bien moindre aujourd’hui

Pour donner un coup d’accélérateur à leur carrière, beaucoup de cadres sont prêts à miser gros. De plus en plus se paient un MBA en espérant un bon retour sur investissement. Les tarifs varient en fonction de la qualité du diplôme. Les plus cotés peuvent coûter jusqu’à plus de 320.000 DH. Un prix qui s’approche de ceux pratiqués en Europe ou aux Etats-Unis.

Pour financer leur cursus, les cadres comptent d’abord sur eux-mêmes (voir illustration). Peu d’entreprises sont disposées à les accompagner. Mais ce n’est pas la seule raison les poussant à opter pour l’autofinancement. «Les candidats souhaitent, par ailleurs, préserver leur liberté», explique Hassan Sayarh, DG de HEM. En effet, en acceptant la généreuse offre de leur employeur, les cadres s’engagent en général par contrat à ne pas le quitter pour une durée minimum de deux ans. Or, beaucoup souscrivent au programme MBA en vue de changer de fonction et/ou d’entreprise.

HEM propose un MBA Management Général conjointement avec le MBA International Paris, délivré par l’université Paris Dauphine et l’IAE de l’université Paris 1 Sorbonne. La formation, couvrant chaque année une trentaine de personnes, débouche sur une double diplomation. Les cours sont co-animés par des intervenants des deux institutions.

Le MBA de HEM, prisé par les cadres justifiant d’une expérience moyenne de 12 ans (35 ans de moyenne d’âge) est facturé 135.000 DH pour 18 mois. Cette année, 64% de ses candidats ont autofinancé leur formation, contre 57% il y a deux ans. Tandis que 36% ont bénéficié d’un financement, total ou partiel, de leur employeur. 

A celui de l’EHTP, proposé avec l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées (ENPC) depuis vingt ans (1.300 lauréats), c’est la tendance inverse qui est observée. Près de 70% des étudiants bénéficient d’une prise en charge totale ou partielle de leur entreprise. «Cela témoigne de l’intérêt accordé par les entreprises à cet MBA qui s’aligne sur les standards internationaux de qualité», tient à souligner Younès Sekkouri, DG de l’Ecole des Ponts Business School, filiale Afrique.

Le cursus, l’un des plus chers du marché, est facturé à 325.000 DH pour 18 mois. Une quarantaine de candidats, sur une centaine de postulants, y est acceptée chaque année. Des voyages d’études à l’international, dont notamment en Chine et à la Silicon Valley, avec des confrontations avec des chefs d’entreprises et décideurs, y sont programmés.

«La compétence internationale, l’expertise nationale, la diversité des profils et des backgrounds des candidats, ainsi que le développement personnel, à travers des méthodes éprouvées, sont très importants pour nous», insiste Sekkouri. Cette année, l’école introduit un double diplôme classé dans le top 50 mondial, avec la Fox School of Business (Etats-Unis).

L’établissement offre un échelonnement du paiement sur 2 ou 3 échéances. Il propose également, et c’est là un autre point fort de EHTP-ENPC MBA, des prêts bancaires avec des conditions avantageuses, négociés avec des banques.
Dans les autres écoles, la facilité la plus courante, c’est l’échelonnement.

A HEM, par exemple, le règlement est réparti sur 4 fois. Toulouse Business School (TBS), de son côté, permet le paiement en plusieurs tranches. Le MBA de la business school, classé dans le top 100 mondial, est proposé à 160.000 DH. «En France, le prix est de 32.000 euros. Il s’agit du même diplôme et de la même qualité, sauf que nous avons dû nous adapter au pouvoir d’achat du marché marocain. 50% du coût est ainsi subventionné par notre actionnaire principal, la Chambre de commerce de Toulouse», précise Mohamed Derrabi, directeur du campus casablancais. Chaque année, l’école prend 25 étudiants, avec une expérience minimum de 5 ans. Les participants se mélangent 5 semaines avec des promotions d’autres campus de TBS, à Casablanca, Paris, Barcelone et Londres, ce qui permet de maximiser les échanges.

Généralement, les deux tiers des lauréats changent de poste après la formation. A l’EHTP, près de 8 sur 10 décrochent un nouveau job, 57% obtiennent une promotion en interne et 43% en externe. A HEM, aussi, les témoignages abondent dans ce sens. La business school prévoit de lancer une enquête pour un suivi plus poussé de ses lauréats.

Aucune incitation étatique

C’est l’un des points noirs de la formation au Maroc. Il n’existe aucune mesure incitative encourageant le développement des compétences des cadres à travers des formations longues, type MBA ou master. «L’Etat ne met aucun outil en place afin d’inciter les entreprises à financer des formations diplomantes de leurs cadres, ou les cadres à se former», regrette Hassan Sayarh, également élu de l’enseignement supérieur privé. «Or, il en va de la productivité et de la compétitivité des entreprises», ajoute-t-il. Le dispositif de remboursement des frais de la  formation professionnelle courte des employés, lui, est en panne depuis des années.

 

 

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