Régions

Fès: Grand charivari chez les médecins

Par Youness SAAD ALAMI | Edition N°:5146 Le 13/11/2017 | Partager
Les médecins du privé et ceux du public à couteaux tirés
Le SNMSL accuse 69 professeurs du CHU de concurrence déloyale
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Les représentants du Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL) sollicitent une intervention royale pour humaniser la profession et rappeler à l’ordre les médecins du secteur public qui abusent… (Ph. YSA)

A Fès, même le secteur de la santé est touché par la crise. Rien ne va plus entre le Syndicat national des médecins du secteur libéral (SNMSL) de Fès-Meknès et quelque 69 médecins professeurs du CHU Hassan II de Fès. Après un sit-in devant le siège de leur Conseil régional, fin octobre, les médecins du privé haussent le ton.

Lors d’une conférence de presse, tenue jeudi 9 novembre, ces derniers ont évoqué ce qu’ils qualifient de «dépassements flagrants» de leurs confrères du public. «Nous avons constaté qu’il y a 69 médecins professeurs qui désertent l’hôpital pour opérer dans le privé. Pire encore, ils s’affichent publiquement dans les listes des médecins des cliniques.

Et certains y sont même des associés», martèle Abdelmajid El Boudali, président du SNMSL (Fès-Meknès) et SG du Syndicat des cliniques privées. Selon lui, «l’un de ces professeurs aurait exercé, en juillet, 42 opérations chirurgicales dans une clinique privée, empochant plus de 500.000 DH. Ce même médecin n’avait pas déclaré d’impôts à la date du 10 août».

Même son de cloche auprès de Omar Bouzbiba, secrétaire général du Syndicat régional des médecins du secteur libéral (Fès-Meknès), pour qui «le «Hirak» des médecins privés devra s’accentuer afin de lutter contre ces «contrevenants»». «Nous ne nous arrêterons pas là. Une plainte a été déposée devant le tribunal.

Nous nous mobiliserons pour un sit-in devant le siège du SNMSL et chasserons les médecins qui font du malheur des gens un fonds de commerce, s’enrichissent illégalement et nuisent à l’image de la profession», renchérit-il. D’autres médecins privés accusent leurs confrères de faire du chantage, en connivence avec la direction du CHU.

«Ils ont développé des circuits au sein des services hospitaliers où leurs collaborateurs orientent les malades impatients vers les cliniques privées. Pour les malades n’ayant pas les moyens, ils reçoivent des rendez-vous sur 2 ans, voire même plus. Certains meurent bien avant…», déplorent-ils.

Munis des textes de loi, circulaires ministériels et plusieurs courriers échangés avec la tutelle, la Primature, ainsi qu’un rapport de la Cour des comptes, les médecins du privé ont désigné un «détective privé» pour confirmer les «dépassements flagrants» constatés par les médecins spécialistes dans le cadre du Temps partiel aménagé (TPA).

Aussi, ils tiennent régulièrement des planques devant les cliniques et chassent les médecins du public à des heures tardives ou très tôt le matin (à 6 heures). Car, pour eux, les 69 médecins spécialistes du public, dont il est question, ne respectent pas les conditions d’exercice du TPA convenu avec le ministère. «Ainsi, nous assistons à une concurrence déloyale de la part des enseignants-chercheurs qui exercent dans le secteur public. Résultat: plusieurs spécialistes privés risquent de mettre la clé sous la paillasson».

Pour y remédier, les médecins du secteur privé sollicitent une intervention royale. «Car, le ministère de la Santé n’a pas actionné le contrôle demandé. Il fallait également sanctionner les médecins contrevenants. Mais rien n’y fait», disent-ils. Leur souhait est d’humaniser la profession et corriger les lacunes. «Nous sommes prêts à opérer les patients du Ramed gratuitement. Nous proposons aussi notre soutien aux médecins en formation. Car nous avons constaté qu’ils sont livrés à leur propre sort», souligne El Boudali.

La réponse des médecins du CHU

De son côté, le Syndicat national de l’enseignement supérieur au Maroc (SNESup-Maroc) botte en touche les accusations du privé. Au CHU Hassan II de Fès, Mohamed Khatouf, secrétaire général du SNESup, affirme que «le CHU travaille pleinement avec un taux d’occupation qui varie entre 80 et 105% selon les services». «Aussi, le TPA est autorisé et c’est au ministère de la Santé d’intervenir et non aux médecins privés de le faire», explique-t-il.
La loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine, indique Khatouf, a été élaborée pour répondre au cahier revendicatif des médecins du secteur public afin de faciliter leur mission. «Selon cette loi, les médecins du secteur public peuvent intervenir dans les structures privées de santé et ce, selon les mêmes règles que celles fixées par la décision conjointe N°14876 du 7 septembre 2015 signée par le Ministère de la Santé et les médecins/enseignants-chercheurs», souligne Khatouf. Ainsi, il y a une extension du régime du TPA à l’ensemble des médecins du secteur public qui pourront ainsi travailler deux demi-journées par semaine dans les structures privées de santé.

De notre correspondant,
Youness SAAD ALAMI

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