Société

Les Lions de l’Atlas, la tête dans les étoiles

Par Reda BENOMAR | Edition N°:5146 Le 13/11/2017 | Partager
Belle alchimie entre Fédération, sélectionneur et joueurs
Et maintenant, il faut confirmer en Russie
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Le rôle du 12e homme a été capital pour la qualification des Lions de l’Atlas. Les supporters se sont massivement déplacés pour le match décisif de la sélection. Juste après le sifflet final, Renard ainsi que son capitaine Benatia, ont reçu un coup de fil royal les félicitant pour l’exploit (Ph. Jarfi)

Gervinho et Zaha sèment la zizanie dans la surface marocaine dans un stade Félix-Houphouët Boigny d’Abidjan en feu. Pas de pot pour les Ivoiriens, Nabil Dirar va sacrément pourrir l’ambiance en envoyant son centre vicieux tromper Sylvain Gbohouo. Comme un présage, le ciel d’Abidjan se teinte alors d’une étrange lumière rouge.

Et les lions du Maroc se transforment en impitoyables chasseurs d’éléphants. Sur corner, Benatia, esseulé, envoie à bout portant une galette dans le but adverse et scelle le destin de la sélection nationale. Vingt ans après sa dernière participation à une Coupe du monde, le Maroc composte son billet pour le prochain tournoi organisé en Russie.

Vaincus par l’Égypte lors de la dernière Coupe d’Afrique des Nations au Gabon, les Marocains sont restés soudés sur le long terme en vue du Mondial 2018.  Si cette qualification est devenue possible, c’est avant tout grâce à la confiance donnée par la Fédération, et son président Fouzi Lekjaa, à son sélectionneur, Hervé Renard. Les deux hommes ont su trouver un équilibre. L’illustration parfaite en est l’affaire Ziyech.

Lekjaa a assuré une médiation efficace, alors que Renard a su se remettre en cause et revenir sur certains choix, s’éloignant de son image d’entraîneur intraitable.  Auréolé de deux titres continentaux avec la Zambie et la Côte d’Ivoire, il va ainsi connaître le premier Mondial de sa carrière sur un banc de touche. Un nouveau cap franchi dans la carrière du blond à la chemise blanche, et qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin avec son effectif de qualité.

Il faut aussi admettre qu’il a fait preuve d’un leadership qui lui a permis d’endiguer les guerres d’ego et assainir l’ambiance au sein du vestiaire. Sérénité retrouvée, l’équipe nationale a fait preuve d’un mental de fer et d’une combativité hors norme pendant la phase de qualification. S’octroyant le luxe d’être la seule équipe au monde à n’avoir encaissé aucun but pendant cette phase. Les Lions de l’Atlas ont ainsi fait taire les observateurs qui n’hésitaient pas à commenter le manque d’implication des joueurs binationaux, évoluant dans les championnats européens. Car la qualification en terre africaine demande des qualités autres que celles en Europe.

En Afrique, il faut une équipe soudée, physique, prête à aller au charbon car la technique seule ne suffit pas. Souvent jugés passifs, ne mouillant pas le maillot et pas assez physiques, ce sont bien eux qui viennent d’envoyer le Maroc en CDM. Ce sont aussi ces joueurs qui comblent le vide dû au manque de formation et d’infrastructures, capable de faire briller des talents locaux. Les efforts dans ce sens n’étant pas encore suffisants. L’Académie Mohammed VI est un incubateur de talents à polir et il ne faut pas hésiter à s’en servir. Mais à elle seule, elle ne peut pourvoir la sélection en talents, génération après génération.

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Le FUS et sa progression fulgurante est un cas d’école dont il faudrait s’inspirer. Un projet ambitieux a été lancé en 2008: l’Académie de jeunes joueurs, les infrastructures, le stade, tout a été repensé et construit patiemment. Moins de 10 ans plus tard, le club en récolte les fruits en remportant son  premier championnat national. Les Lions de l’Atlas sont gâtés par une génération dorée, mais il ne faut pas oublier de préparer la suite pour ne pas tomber dans les travers de l’après-1998. Presque une décennie de vide intersidéral parsemé de fulgurance telle que la finale de la CAN en Tunisie. 

Parmi les leaders qui composent l’équipe, Mehdi Benatia est sans doute le plus emblématique de tous. Capitaine de la sélection, le défenseur central de la Juventus a connu la galère lors de son passage à l’OM, où José Anigo avait fini par le «dégoûter du football». Il avait même un temps songé arrêter sa carrière internationale.

Dix ans plus tard, le voici en porte-étendard d’une équipe composée de briscards comme le gardien Mounir Kajoui, Nabil Dirar, Nordin Amrabat ou Younès Belhanda. À la roublardise marocaine, il faut également associer la très jeune génération, dont Achraf Hakimi, latéral droit prometteur du Real Madrid, et Amine Harit, passé chez les Espoirs français, qui sont des diamants à polir avec le plus grand soin.

Sur le plan offensif, le Maroc possède une flopée de cartouches capables de renverser le cours d’un match par une fulgurance technique: Sofiane Boufal, Fayçal Fajr, Oussama Tannane ou Hakim Ziyech, pour ne citer qu’eux. Le sélectionneur va ainsi devoir peaufiner son groupe afin de monopoliser l’attention de tous les joueurs, qu’ils soient titulaires ou remplaçants.

Les choses sérieuses peuvent commencer

Passer l’euphorie de la qualification, Hervé Renard a encore un chantier devant lui et pas des moindres. Mettre en place un système de jeu porté sur l’offensive et les passes courtes tout en conservant les bases défensives acquises tout au long des qualifications (seule équipe au monde à n’avoir pas encaissé de but). L’enjeu est d’éviter de faire comme l’Algérie lors de la Coupe du monde 2010 où il n’y avait pas de projet de jeu ambitieux. Distiller cet esprit de la gagne et ne pas aller en Russie pour subir ou être spectateur. Il faudra désormais se mettre dans une optique de compétitivité car cette équipe a les moyens techniques d’atteindre le dernier carré. «Dans la causerie, je leur ai dit qu’il y avait eu la génération 1980 (Coupe du monde 1986), la génération 1990 (avec les Coupes du monde 1994 et 1998) avec Mustapha Hadji qui est dans le staff, et que maintenant c’était à eux d’écrire l’histoire», confiait Renard aux joueurs, lors de son discours galvanisant d’avant-match.

 

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