Régions

La ville verte, et puante, de Bouskoura

Par Aziza EL AFFAS | Edition N°:5145 Le 10/11/2017 | Partager
Un collectif de 7 associations alerte sur les effluves de la décharge de Médiouna
Toujours pas de solution pour ce désastre écologique
Les autorités promettent mais n’agissent pas
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2.000 chiffonniers et  des centaines de familles vivotent autour du site de la décharge de Médiouna. Tout un business s’est développé autour de la récupération (fils de cuivre, cannettes en aluminium, plastique…) (Ph. L’Economiste)

«Nous demandons juste le droit de respirer». Ce cri de cœur d’une habitante de la «ville verte» de Bouskoura traduit le désarroi de milliers de Casablancais qui ont opté pour ce site, supposé être un «cadre idyllique» et un «havre de paix», loin du stress et de la pollution de la métropole. Mais c’était compter sans les désagrégements liés à la présence à quelques encablures de l’un des plus gros désastres environnementaux du Maroc: la décharge de Médiouna.

«Matin et soir, nous respirons ses effluves toxiques portés par les vents», s’indigne Hanane Bouzil Souaidi, présidente de l’Association Mamans de Bouskoura et initiatrice d’un collectif qui regroupe à ce jour 7 associations autour de la même cause: la défense de l’environnement. Il s’agit de Mamans de Bouskoura, CGR (Association California Golf Resort), AMAK (Association Al Madina Al Khadra), Al Wifak pour la protection de l’environnement, Save Casablanca, Zerozbel et Association Médiouna.

«Pour nous, habitants de la ville verte, cette décharge représente une souffrance quotidienne, nos bébés, enfants et adultes suffoquent toutes les nuits. Ils ne peuvent plus supporter les émanations de méthane et les odeurs nauséabondes à 20 km à la ronde», poursuit la présidente de l’Association Mamans de Bouskoura. Tous les jours, les incendies instantanés ou provoqués par les chiffonniers (pour récupérer le cuivre des câbles ou l’acier des pneus) propagent des nuages toxiques, très nocifs pour la santé des riverains.

«Nous avons décidé de lancer ce collectif pour unir nos forces et faire entendre notre voix», affirme la fondatrice de ce mouvement. Une charte sera d’ailleurs signée dans les prochains jours par les membres de ce collectif (voir encadré). Parmi ses premières actions initiées figure l’envoi de courriers aux responsables aux niveaux des ministères concernés (l’Intérieur, l’Environnement…), des Conseils de la ville, de la Région… «En cas de non-réponse, nous sommes prêts à passer à la vitesse supérieure», prévient Hanane Bouzil Souaidi, présidente du Collectif. En effet, les membres du Collectif entendent organiser des sit-in pour faire entendre leur voix.

A long terme, ces inhalations de méthane et de gaz toxiques sont nuisibles non seulement pour les habitants de la «ville verte», mais aussi pour ceux des villages et douars relevant des communes de Médiouna et Bouskoura. Les effluves arrivent jusqu’à des quartiers dans le périmètre de Casablanca comme Sbata, Aïn Chok… Sans oublier les dégâts pour la nappe phréatique (par les infiltrations de lixiviat). Ce qui en fait une catastrophe écologique à l’échelle nationale! (25% des déchets du Maroc sont produits dans cette zone).

Lancée en 1986, la décharge sauvage, qui reçoit 6.000 tonnes de déchets divers par jour, a atteint les limites de sa capacité depuis 2010. Mais elle continue d’être exploitée en vertu d’un avenant qui prolonge sa durée de vie de 6 mois à chaque fois. Un rapport accablant de la Cour des comptes l’a d’ailleurs souligné dans son édition 2013 avec une pléthore de manquements et de défaillances (cf. édition du 25 novembre 2015). «Nous en sommes aujourd’hui au 7e ou 8e avenant sans qu’aucune solution ne se profile à l’horizon», s’alarme Houcine Nasrallah, élu de l’opposition au Conseil de la ville de Casablanca. 

Les ordures, qui s’y amoncellent à hauteur de 45 m menacent de s’écrouler à n’importe quel moment. Sans oublier les risques d’explosions liées au méthane. Ce qui fait craindre l’éboulement des montagnes d’ordures à l’instar de ce qui s’est passé en Turquie dans les années 90, en Ethiopie ou en Guinée plus récemment.

Un tsunami d’ordures déferlera alors sur tout l’écosystème qui gravite autour de ce site. En effet, tout un business s’est développé autour de la récupération (fils de cuivre, cannettes en aluminium, plastique…). «Il y a même sur place des gargotes qui proposent des sandwichs», déplore Nasrallah. De surcroît, plus de 2.000 chiffonniers, 20.000 têtes d’ovins et de bovins… y circulent en toute impunité.

Une bonne partie de la viande de ces derniers finit dans les assiettes des Casablancais, notamment pour l’Aïn Al Adha! Ce qui n’est pas sans rappeler le scandale des carcasses putréfiées, qui a éclaté le lendemain de la fête en septembre dernier (cf. édition du 6 septembre 2017).

Revendications

La charte, qui sera bientôt signée par le Collectif de la Protection de l’Environnement (CPE), comporte plusieurs revendications dont le droit constitutionnel de participer à la prise de décision relative à la gestion des sujets d’ordre public structurants pour la région. A ce titre, le CPE demande aux autorités concernées de la Région Casa-Settat de fixer «une date pour la fermeture effective de la décharge sauvage de Médiouna». Le Collectif entend aussi être informé sur le choix de la solution de gestion des déchets la plus optimale ou le redéploiement de la décharge vers un autre site.

 

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