Economie

Afrique: La dynamique en perte de vitesse

Par Ali ABJIOU | Edition N°:5145 Le 10/11/2017 | Partager
Le taux de croissance est passé de 5 à 3% en l’espace d’une décennie
Baisse des cours des matières premières, printemps arabe... parmi les causes
Le Maroc maintient sa position malgré un environnement hostile

L’Afrique, après avoir été longtemps considérée comme le continent du désespoir, montre depuis une vingtaine d’années des signes d’une nette et ferme reprise, même si elle est entachée d’accidents de parcours.

Pendant plusieurs décennies, le continent a été le théâtre de guerres fratricides, de coups d’Etat en série et de leurs effets les plus pervers comme la famine et l’insécurité, alors que son sous-sol regorge de grandes richesses en matières premières et que son capital humain est l’un des plus prometteurs avec une forte population des plus jeunes de la planète, une affirmation qui n’a cessé d’être exprimée lors de la dixième édition des Medays, qui se tient à Tanger et qui, depuis quelques années, consacre une grande partie de ses discussions à ce continent.Dès les années 2000, les choses ont commencé à changer comme le précise Moubarak Lo, président de l’Institut Emergence et conseiller spécial à la Primature au Sénégal.

Les pays d’Afrique avaient été maintenus jusqu’alors sous perfusion et traitements de choc dont les plus pernicieux ont été les plans d’ajustement structurels, tant décriés aujourd’hui. Lors de la première décennie du XXIe siècle, les économies du continent ont commencé à croître à une vitesse élevée atteignant 5,5% de croissance moyenne pour l’ensemble du continent, portée par les recettes des matières premières dont celles des hydrocarbures.

En termes de revenu per capita, la Guinée équatoriale avait occupé la première marche du podium lors de cette première décennie, grâce à d’importants gisements d’hydrocarbures dont l’exploitation avait démarré lors des années 90. Mais lors de la 2e décennie, ce pays, qui avait effectué des bonds fantastiques de 20%, s’est retrouvé éjecté du «top ten» suite à la crise mondiale et à la baisse des prix des matières premières dont le pétrole.

Le même scénario se retrouve dans d’autres pays comme l’Algérie qui a vu son produit intérieur brut fondre à cause de la chute du cours du baril de Brent. Les effets ne se sont pas fait attendre et la moyenne de la croissance s’est effondrée à 3,3% pour l’ensemble du continent lors de la décennie en cours (un taux qui reste très honorable, comparé à ceux de l’Europe et des USA).

Plusieurs facteurs ont causé ce fléchissement. C’est le cas du printemps arabe qui a affecté de manière directe les économies de plusieurs pays comme l’Egypte ou encore la Tunisie qui s’est trouvée éjectée du classement des dix économies les plus dynamiques du continent.

Pour Lo, les voies pour s’en sortir passent par la stabilisation des indicateurs macro-économiques, la dynamisation du secteur privé et l’amélioration de l’environnement des affaires, des pistes que le Maroc, véritable économie émergente au sein de l’Afrique, a suivies. De fait, le Royaume a pu maintenir sa position moyenne en matière de PIB. Le pays devrait d’ailleurs passer au-delà des 120 milliards de dollars en 2017.

Les 4 vérités d’Alpha Condé

alpha_conde_045.jpg

Pour Alpha Condé, le Président de la Guinée, le continent ne peut être servi que par soi-même. Le Chef d’Etat, qui intervenait lors de la séance inaugurale du forum Medays, a rappelé les plans d’ajustement structurel imposés par les  institutions financières internationales lors des années 1980 et 1990 et qui ont fait de nombreux dégâts. Avec le recul, les économistes ont reconnu l’échec de ces politiques, mais le mal est fait, indique Condé. C’est aussi le cas de l’intervention internationale en Libye. Avec le recul, l’avis général affirme qu’il s’agissait là d’une belle erreur, qui a créé plus de problèmes qu’elle n’en a résolus. «Mais qui va payer les dégâts?», déplore Condé, qui est aussi Président en exercice de l’Union africaine. Il salue au passage les efforts de l’UA qui a pu, en l’espace de quelques années, ramener la paix et éteindre plusieurs foyers de tension en Afrique.
Le Président a aussi pointé du doigt la double morale des institutions financières internationales qui crient au désastre dès que la dette d’un pays africain atteint les 30%, mais qui ferment les yeux sur les dépassements des pays occidentaux dont le Japon qui a allègrement dépassé les 220%.

Le continent des contrastes

L’UN des plus gros défis en Afrique est la création d’emploi. Le continent affiche un taux de croissance démographique de 2% par an, soit le double de la moyenne mondiale. Actuellement, il accueille 1,2 milliard d’habitants dont une majorité de jeunes. Ce qui fait sa plus grande richesse et en même temps sa plus grosse tare car il est obligé de former et ensuite de créer des emplois pour éviter la fuite des compétences et l’émigration vers les pays du Nord. Sur un autre aspect, le continent dispose à lui seul de près des deux tiers des terres arables du monde, pourtant, il affiche le taux de malnutrition le plus élevé avec 21%. C’est aussi en Afrique où l’on retrouve les gisements les plus importants des matières premières, surtout des minerais, mais c’est aussi le continent qui crée le moins de produits manufacturés. Plus, ses richesses sont exportées sans aucune valeur ajoutée.

 

  • SUIVEZ-NOUS:

  • Assabah
  • Atlantic Radio
  • Eco-Medias
  • Ecoprint
  • Esjc