Economie

FMI: Les diagnostics c’est bien, les réformes c’est mieux!

Par Franck FAGNON | Edition N°:5144 Le 09/11/2017 | Partager
Il ne faut pas trop hésiter pour réviser le régime de change
Le Fonds abaisse à 4,4% sa prévision de croissance pour 2017
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Malgré la diversification, la croissance du PIB reste fortement dépendante des aléas climatiques. Il faudra accélérer les réformes de structure pour rehausser le potentiel de croissance. Le taux de chômage de 10%, dont plus de 40% chez les jeunes, constitue un facteur important de risque

La souscription à la Ligne de précaution et de liquidité (LPL) a resserré le calendrier d’évaluation de l’économie marocaine. Moins de quatre mois après leur dernier passage, les équipes du Fonds monétaire international (FMI) ont bouclé un nouveau diagnostic. Celui-ci aboutit à un abaissement de 0,4 point de la prévision de croissance pour 2017 à 4,4%.

Le gouvernement, lui, table sur une hausse de 4,6% du PIB cette année. L’activité ralentirait aux alentours de 3% en 2018, impacté par la performance des activités agricoles. Tout en gardant un ton diplomatique, le Fonds invite à une accélération des réformes structurelles. «Les réformes essentielles sont placées très haut dans l’agenda du gouvernement. Maintenant, c’est une question de rythme de mise en œuvre», relève Nicolas Blancher, chef de mission du FMI.

L’Education doit rester une priorité absolue. Pour autant, il n’y a pas encore véritablement un schéma directeur. Sous entendu, pas d’action ni de mesure de rupture. L’arrivée de Hassad à la tête de ce département était porteuse d’espoir, mais son limogeage laisse planer beaucoup de doutes. Sans renier les efforts consentis ces dernières années, le FMI relève qu’il reste beaucoup à faire, notamment au niveau de l’environnement des affaires.

Le Doing business constitue un baromètre d’appréciation pour les investisseurs, mais ce type de classement ne reflète pas totalement le vécu des entreprises et des investisseurs. La gangrène dans le climat des affaires aujourd’hui reste les délais de paiement. La situation se dégrade chaque année. «Nous espérons que les choses vont s’accélérer sur ce point. La situation mérite une attention plus poussée», estime Blancher.

L’Etat est certes un peu partout mauvais payeur, même si cela varie selon les pays. Pour les entreprises qui ne vivent que des marchés publics, le contexte est invivable. En même temps, beaucoup  gagneraient à diversifier leur portefeuille pour atténuer la pression sur la trésorerie. Dans certains cas, même la diversification ne protège pas puisque les délais de paiement ne sont pas meilleurs dans le privé. Au contraire, ils y dépassent le raisonnable.

Et très peu de PME ou TPE ont le courage de s’élever face à leurs clients, surtout les grandes entreprises pour réclamer leur argent. Ceux qui parlent requièrent souvent l’anonymat pour éviter les représailles (perte de marché ou blacklisté). Il y a encore des progrès à effectuer en matière de paiement des marchés publics, mais les entreprises privées doivent aussi faire preuve de responsabilité.

Bizarrement, c’est un sujet presque tabou au patronat. Pour relancer l’investissement privé, cela passe par là aussi. Il faudra également renforcer l’effet d’entraînement des investissements publics sur les opérations du privé. Il y a un gisement d’efficacité dans la dépense publique.

Le Maroc a la réputation d’être un grand investisseur, mais aux effets limités sur la croissance. Le gouvernement a sollicité l’assistance technique du FMI pour améliorer l’efficacité des investissements publics. Le rapport de l’assistance technique a été récemment transmis au gouvernement.

Il faut réactiver le Conseil de la concurrence

Le rétropédalage sur la réforme du régime de change continue de susciter des commentaires. Le timing reste une décision souveraine, commente le FMI. En même temps, il ne faut pas laisser cette fenêtre propice se refermer, suggère-t-il: «La situation actuelle continue d’offrir une fenêtre d’opportunité pour entamer cette transition de manière progressive et ordonnée. Il serait donc approprié d’engager ce processus dès que possible».
En cas de statu quo, le Maroc n’encourt pas grand risque à court terme. En revanche, à moyen terme, l’économie pourrait être moins résistante face à un choc externe et sa compétitivité s’éroderait par rapport aux pays concurrents, analyse le FMI. Sur la compétition au niveau du marché domestique lui-même, il est urgent de réveiller le Conseil de la concurrence. Il faudra créer un environnement qui consacre l’égalité des chances, estime le FMI. Cela rend primordial la réforme du Conseil de la concurrence.

 

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